- Le Parc national des Kundelungu, situé dans la province du Haut-Katanga, au sud-est de la République démocratique du Congo, subit de constantes pressions de la ville de Lubumbashi.
- Entre fabrication de charbon de bois et productions agricoles, cette aire protégée se situe aussi dans une région sous la pression des projets miniers.
- Ce parc a perdu 10 % de ses forêts en 21 ans, d’après l’étude d’un groupe de chercheurs de l’université de Lubumbashi.
Principale ville de la région du Katanga, Lubumbashi a une population sans cesse croissante depuis l’indépendance de la République démocratique du Congo en 1960, et précisément depuis l’accélération de l’exploitation du cuivre et du cobalt dans la région. On estime cette population entre 2,5 et 6 millions d’habitants. Sans électricité suffisante pour la majeure partie de ses habitants, cette ville exerce une pression permanente sur le Parc national des Kundelungu voisin, situé au nord-est de cette dernière.
Entre 2001 et 2022, par exemple, Kundelungu a perdu 10 % de ses forêts du fait des activités agricoles, mais surtout de la fabrication du charbon de bois, principal combustible pour de nombreux ménages de Lubumbashi et de Likasi, villes les plus proches de l’aire protégée. Mais son importance écologique va au-delà du sud-est de la RDC, son système hydrographique allant jusqu’en Zambie voisine, connectant au moins 50 000 personnes.
Cette proximité avec les milieux urbains aurait pu profiter au parc à travers des activités touristiques. Puisque Kundelungu abrite une importante faune constituée d’antilopes, d’hippopotames, de buffles, de diverses espèces d’oiseaux et de sites touristiques tels que les chutes de Lofoï, les plus hautes de l’Afrique (340 m). Mais les routes du groupe armé May-May Baka-Katanga, qui le traversent, inspirent parfois la peur à certains touristes.
Surtout, longtemps sans financements conséquents, cette aire protégée se bat pour maintenir intactes ses limites face aux pressions minières et agricoles permanentes, souligne Edmond Nkulu, chef de site au Parc national des Kundelungu, ayant accordé cette interview à Mongabay. En 2025 African Parks a signé un accord avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), service public responsable des aires protégées en RDC, en vue de restaurer le parc.
À l’œuvre dans la conservation depuis ses 30 ans d’âge, après sa formation à l’École de faune au Cameroun, Edmond Nkulu a travaillé dans sept des neuf parcs nationaux congolais, cumulant une expérience professionnelle de 35 ans. « Cette expérience m’a permis de comprendre les différentes réalités de la conservation », dit-il à Mongabay.
Voici l’entretien qu’il a accordé à l’occasion d’un atelier organisé à Lubumbashi, en février 2025, sur la gestion des forêts de miombo et l’exploitation minière.

Mongabay : Comment se présente aujourd’hui le Parc national des Kundelungu ?
Edmond Nkulu : Depuis deux ans, le parc bénéficie d’un financement d’African Parks Network. Le contrat a été signé le 3 octobre 2025, et les activités devraient être relancées à un rythme acceptable. Il y a les fonds propres d’African Parks, mais aussi un financement de la Banque allemande de développement KfW. Cela va nous permettre de relancer la conservation.
Mongabay : Le parc se trouve dans une région où circulent parfois des groupes armés. Quelle est la situation sécuritaire ?
Edmond Nkulu : Dans le territoire de Kasenga, la population est paisible, et nous n’avons pas de groupes armés installés dans la zone. Les Maï-Maï passent parfois par les plateaux de Kundelungu, car c’est un passage entre le nord du Katanga et le sud [de cette région]. Et qui parle de Kudelungu parle aussi de sa proximité très forte avec Lubumbashi.
En mai 2025, un groupe a été neutralisé par l’armée congolaise et le calme est revenu. Je peux vous le confirmer et vous l’assurer.
Mongabay : La proximité avec Lubumbashi représente-t-elle une menace pour le parc ?
Edmond Nkulu : Le parc se trouve à environ 90 kilomètres de Lubumbashi. Avec la croissance de la population, beaucoup de personnes venant de Lubumbashi s’installent autour du parc. Certaines exploitent le bois pour la fabrication de planches ou pour la carbonisation.
Une autre pression vient des grandes concessions agricoles. L’agriculture mécanisée occupe de grandes surfaces, ce qui réduit les terres disponibles pour les communautés. Les populations se tournent alors vers le parc pour leurs activités agricoles. Il faut les contrer avec le temps. Là, il faut beaucoup de stratégies.

Mongabay : Comment faire face à cette pression ?
Edmond Nkulu : Nous menons un travail de sensibilisation, d’abord auprès des autorités locales et du gouvernement provincial à Lubumbashi. Le parc est une institution de l’État, ses limites sont fixées par ordonnance et doivent être respectées par tous.
Il faut, par exemple, accompagner les agriculteurs par des conseils, des apports comme les outils de travail, un financement quelconque. Il y a les couches faibles comme les femmes et les jeunes qu’on doit accompagner avec les microcrédits pour les petits commerces, etc.
Mongabay : Cette proximité avec Lubumbashi peut-elle aussi être une opportunité ?
Edmond Nkulu : Oui. Le site se trouve à environ 180 kilomètres de Lubumbashi. Avec un bon véhicule, on peut rejoindre le parc en quatre heures. Cela peut favoriser le tourisme. Mais pendant longtemps, le parc a souffert d’un manque de financement, ce qui a freiné son développement touristique.
Mongabay : Certains proposent de privatiser la gestion des parcs pour les rendre rentables. Qu’en pensez-vous ?
Edmond Nkulu : Le modèle actuel repose sur un partenariat public-privé. Les responsabilités sont partagées entre l’État et les partenaires. Nous travaillons conjointement pour la gestion du parc.
Mongabay : Vous évoquez souvent la « gestion intégrée ». Que signifie ce concept ?
Edmond Nkulu : La gestion intégrée consiste à prendre en compte plusieurs aspects de la gestion, afin de protéger la biodiversité. Les populations riveraines sont des parties prenantes importantes.
Il faut les sensibiliser et leur proposer des activités alternatives pour qu’elles se détournent des activités détruisant la nature. Par exemple, l’agriculture accompagnée en dehors du parc, ou des microcrédits pour les femmes, afin de développer de petits commerces.
Mongabay : Les communautés participent-elles aux décisions concernant le parc ?
Edmond Nkulu : Oui. Il existe une structure appelée COCOSI, le Comité de coordination du site. Lorsque nous planifions nos activités, les représentants des communautés sont invités à y participer.
Mongabay : Comment appliquer la gestion intégrée dans les parcs transfrontaliers ?
Edmond Nkulu : Dans les parcs transfrontaliers, il faut une coordination entre les pays. Les animaux n’ont pas de frontières. Ils peuvent passer d’un pays à un autre. C’est pourquoi il faut organiser une surveillance et une gestion communes entre les États concernés.
J’étais au Burkina-Faso. J’ai vu une structure qui coordonne même la surveillance des parcs contigus, transfrontaliers. Là, il faut travailler en synergie ; il faut une collaboration sincère.
À propos du Parc national des Virunga, par exemple, à certains moments, les animaux sont allés jusqu’au Rwanda. Même quand les animaux vont ailleurs, vous devez les suivre avec les voisins qui sont de l’autre côté. Cela demande justement une collaboration, une coordination.
Mongabay : Existe-t-il des pressions minières sur le parc ?
Edmond Nkulu : Oui, il y a eu des tentatives d’exploitation dans une zone annexe du parc, du côté du territoire de Kasenga. Avec l’appui des autorités militaires, ces activités ont été stoppées. Les limites du parc sont fixées par la loi et doivent être respectées.
Image de bannière : À la réserve ornithologique de Tshangalele contiguë au parc de Kundelungu. Image de Didier Makal, 2017.
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