- Les forêts dégradées et abandonnées, sans perturbation du sol, peuvent renaître rapidement si les sols demeurent intacts.
- C’est ce qu’indique une étude menée dans l’écosystème de miombo, au sud-est de la République démocratique du Congo, où les chercheurs établissent des similarités de l’ordre de 76,6 % avec les forêts intactes et dégradées.
- Dans les jachères suivant l’exploitation agricole, la similarité s’établit à seulement 56 %.
- Selon l’un des auteurs de cette étude, la forêt de miombo a une forte capacité de régénération, à condition qu’il s’agisse de la dégradation et non de la perte de végétation suivie d’une transformation des sols.
Les forêts dégradées, c’est-à-dire celles ayant été soumises au déboisement sans d’autres activités perturbatrices, ont une forte capacité naturelle de régénération. C’est ce qu’indique l’étude « Floristic Diversity and Natural Regeneration of Miombo Woodlands in the Rural Area of Lubumbashi, D.R. Congo », menée par des chercheurs de l’université de Lubumbashi, en République Démocratique du Congo.
Cette étude a été réalisée à Lwisha, village situé aux environs de Lubumbashi, au sud-est de la RDC, où la déforestation est forte, faute d’électricité suffisante dans les localités vosines. Pour évaluer la capacité de régénération de la forêt de miombo, le plus grand écosystème forestier sec au monde, dominé par les arbres de type Brachystegia, Julbernardia et Isoberlinia, les chercheurs se sont penchés sur la structure et la diversité floristiques.
Ils ont examiné, pour cette raison, trois habitats distincts : les forêts intactes, dégradées par la production de charbon (sans d’autres activités sur le sol) et les jachères post-culturales. Dans ces strates, ils se sont penchés sur les plantules inférieures à 1cm, les gaules de 1 à 10 cm et les adultes supérieurs ou égaux à 10 cm sur des espaces variant entre 500 m et 5 cm.
Les résultats indiquent que les forêts non exploitées et dégradées, d’une importante richesse floristique où dominent les Fabacées (Fabaceae) et les Phyllanthacées (Phyllanthaceae), affichent une densité plus élevée, soit 1 099 individus adultes, 60 espèces, 40 genres et 25 familles.
S’agissant de la régénération naturelle, elle est plus élevée dans les forêts dégradées, soient 23 052 individus inventoriés, dont 70 % des individus sont en régénération. Les espèces Brachystegia wangermeeana (musamba, nom local), Isoberlinia angolensis (mutondo, nom local), Albizia spp (arbres à soie) y sont les plus adaptées. Dans les jachères post-culturales, en revanche, la régénération est plus faible, selon la même étude.
Les auteurs pensent que la forte capacité de renouvellement des forêts dégradées résulte de trois facteurs : plus de lumière et plus d’espaces, faible compétition entre individus en croissance et résilience écologique des espèces de miombo.
Selon Hériter Khoji, professeur d’agronomie à l’université de Lubumbashi, spécialiste de la forêt de miombo et co-auteur de cette étude, cette forêt peut se restaurer seule et reprendre pleinement ses fonctions climatiques et écologiques entre 15 et 20. Mais, selon lui, il faut que les sols n’aient pas été transformés en même temps que la dégradation forestière.
Mongabay vous propose cette interview accordée sur cette étude.

Mongabay : A la lecture de votre article sur la restauration de la forêt dégradée, on constate que la forêt de miombo a une forte capacité de régénération. Confirmez-vous cela ?
Héritier Khoji : Je confirme effectivement que la forêt de miombo dégradée a une forte capacité de régénération dans des conditions où cette forêt est abandonnée ou n’est plus soumise à des pressions humaines.
Mongabay : Nous sommes donc dans le cas du déboisement et non de la perturbation de l’architecture de la forêt elle-même ?
Héritier Khoji : Je vais utiliser deux termes plus techniques, à savoir la dégradation et la déforestation. La déforestation est la conversion de la forêt en une autre occupation (champ, bâti). On change l’affectation des terres. Dans la dégradation, la forêt reste, mais elle perd ses capacités à produire des biens et services. Par exemple, on coupe les arbres pour le charbon de bois, mais on ne transforme pas la zone en champ. La zone abandonnée peut alors se reconstituer avec le temps : là, on parle de dégradation, mais le processus de reconstitution est ce qu’on appelle la régénération.
Mongabay : Quel est le problème écologique central identifié par l’étude concernant les miombo dans la région rurale de Lubumbashi ?
Héritier Khoji : L’étude a identifié l’agriculture comme un facteur qui ne permet pas la régénération facile du miombo. Les zones agricoles sont exposées aux engrais chimiques. Les anciens n’utilisaient pas ce genre de produit. L’utilisation d’engrais chimiques dégrade ou « stérilise » le sol, lequel perd finalement ses éléments nutritifs naturels. Souvent, ces zones abandonnées deviennent des savanes, où l’herbe pousse plutôt que les arbres. Mais pour que les arbres poussent, il faut que les graines y arrivent.
Un autre problème est l’éloignement des « arbres-mères ». Pour qu’il y ait une régénération naturelle, il faut des parents qui envoient des graines. L’agriculture sur de grandes superficies limite le déplacement de ces graines.
C’est cela le cœur de cette étude : les inventaires ont été réalisés dans des zones post-culturales, dans des zones dégradées. Les résultats montrent que c’est dans la zone dégradée, c’est-à-dire où il y avait une forêt et les arbres ont été coupés, qui ont enregistré une forte capacité de régénération. Pourquoi ? Parce qu’il y a effectivement les conditions propices à la reconstitution d’une forêt. Notamment, il y a certains arbres qui ne sont pas très loin et qui envoient leurs graines avec le vent, et ces graines vont trouver un sol qui n’a pas été transformé, ayant encore les propriétés physiques chimiques.
Mongabay : Et qu’en est-il du feu de brousse ? Est-ce une cause de dégradation ou plutôt un facteur de régénération ?
Héritier Khoji : C’est contradictoire. Le miombo est ce qu’on appelle « pyroclimax », c’est-à-dire un écosystème dépendant du feu pour se développer, mais dont le stade optimum est régulé par lui.
Certaines espèces sont tolérantes et ne se régénèrent qu’après le passage du feu : le feu précoce, qui arrive quand la végétation est encore fraiche. Les graines, dans le sol, poussent après son passage. Cependant, si le feu est trop intense, il brûle les jeunes plants. C’est pourquoi on interdit les « feux tardifs » à la fin de la saison sèche, car ils sont dévastateurs. Le feu limite aussi la croissance en hauteur et en diamètre des arbres. En parlant de la régénération, on parle de certaines espèces qui se sont adaptées à la présence du feu, au point qu’elles ne se régénèrent pas sans la présence de feu. Les feux tardifs ont un effet très dévastateur.

Mongabay : Quels habitats présentent les meilleures valeurs de densité ou de diamètre ?
Héritier Khoji : Ce sont les forêts non exploitées, car les conditions y sont plus équilibrées. Dans les forêts dégradées, on trouve des individus « héliophiles », qui recherchent la lumière : ils sont longs, mais avec un diamètre plus petit. C’est dans les zones dégradées (où le sol n’a pas été transformé chimiquement et où l’ouverture permet au soleil de pénétrer) que l’on enregistre la plus forte capacité de régénération.
Mongabay : Quelles mesures prioritaires devraient être mises en œuvre pour favoriser cette régénération ?
Héritier Khoji : La mesure la plus importante est la « mise en défense » des zones dégradées abandonnées. Cela veut dire qu’il faut clôturer ces zones pour créer de petits parcs, où aucune activité humaine ne serait permise. En 15 ou 20 ans, ces zones se revégétaliser ont complètement. Un exemple parfait est le site de Mikembo sur la route Kasenga [à environ 30 km de Lubumbashi]. Sans protection, l’homme revient couper le bois dès qu’il repousse ou y pratique une agriculture itinérante.
Ceci doit être accompagné avec des mesures des textes légaux qui peuvent accompagner la gestion de ces espaces. Mais après, ce sont des espaces qui peuvent être utilisés comme des espaces de récréation. On peut y mettre des animaux. Et l’on peut venir visiter, ça peut augmenter le secteur touristique surtout pour la ville de Lubumbashi. Donc, on peut créer aussi de l’emploi.
Mongabay : Cela est-il réalisable en RDC, sachant que protéger ces espaces demande des moyens ?
Héritier Khoji : Pour être réaliste, il faut un plan d’aménagement du territoire. La bonne nouvelle, c’est qu’une loi a d’ailleurs été votée à l’Assemblée nationale. Ce plan doit définir nationalement et localement les zones dédiées aux mines, aux champs et à la conservation. Si l’on suit l’esprit de cette loi sur l’aménagement du territoire, ma proposition est possible.
Image de bannière : L’écosystème de miombo, au sud-est de la République démocratique du Congo. Image de Didier Makal.
Citation :
N’tambwe Nghonda, Khoji H., Waselin S. et al. (2024). « Floristic Diversity and Natural Regeneration of Miombo Woodlands in the Rural Area of Lubumbashi, D.R. Congo », in Diversity, 16, 405, URL : https://www.mdpi.com/1424-2818/16/7/405.
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