- En 2016, le projet régional d'appui aux peuples autochtones, soutenu par « Land is Life », a lancé une initiative participative et inclusive au Burundi visant l’autonomisation des communautés Batwa, face à la dégradation de la réserve naturelle dont ils dépendaient. Cette démarche a ouvert des perspectives de développement durable, renforçant ainsi leur autonomie économique, grâce à une gestion responsable de cet écosystème du sud du pays.
- Aujourd'hui, les résultats sont remarquables : les Batwa, recrutés comme agents de conservation avec salaire et épargne bancaire, vivent une vraie transformation. Leur implication totale a révolutionné leur quotidien.
- Le plan de gestion de la réserve forestière de Bururi sert d’exemple, comme l’attestent les résultats de l'évaluation IMET. L’Office burundais pour la protection de l'environnement l'applique déjà dans d'autres parcs nationaux, avec des Batwa également impliqués dans le processus.
Sur les collines surplombant la réserve forestière de Bururi, est érigée une centaine de maisons en dur, couvertes de tôles ondulées. Identiques, ces maisons de trois chambres et un salon sont construites sur des parcelles d’au moins 900 mètres carrés.
Matilde Irambona, une mère Twa, vit désormais dans l’une de ces maisons avec ses six enfants. « Je suis si heureuse de vous montrer notre nouvelle maison. Nous l’avons construite nous-mêmes avec l’argent reçu des travaux dans la réserve. Avant, nous n’avions pas de maison. Nous vivions dans la forêt dans une hutte en paille, mais maintenant, c’est tellement mieux. Nous sommes protégés de la pluie », dit-elle avec une immense joie.
Comme elle, Epimaque Ntabiha, père de sept enfants, se réjouit aussi d’avoir un toit. « Avant, nous dormions tous ensemble dans une hutte. Mais grâce à l’argent que nous avons gagné en travaillant dans la réserve, ma femme et moi, nous nous sommes construits une maison. Présentement, les enfants et les parents ont chacun leur espace, et nous sommes à l’abri des aléas climatiques. C’est un véritable changement de vie pour nous ».
Irambona et Ntabiha possèdent aujourd’hui leur propre maison grâce au plan ambitieux (2016-2026) d’autonomisation des communautés autochtones Batwa visant à concilier la conservation de la réserve forestière de Bururi et le développement local approuvé par le gouvernement du Burundi et le Fonds mondial pour l’environnement, dans le cadre du programme régional en faveur des autochtones du Kenya, de la Tanzanie et du Burundi, avec le soutien de l’initiative mondiale des autochtones « Land is Life ».

Dans ce sillage, la mise en œuvre du Projet d’aménagement durable des zones caféicoles (PADZOC), incluant la réserve forestière de Bururi, a permis d’impliquer activement les communautés dans la gestion de la réserve, tout en les incitant à repenser leurs modes de vie traditionnels.
Le but du projet était de réduire la dépendance aux forêts des communautés Batwa, de reconnaître leurs droits fonciers et de promouvoir une cohabitation pacifique entre toutes les communautés vivant autour de cette réserve forestière s’étendant sur plus de 33 000 hectares, et abritant des espèces fauniques menacées.
Il s’agit aussi de réduire l’insécurité foncière de ces communautés n’ayant pas accès ou ayant un accès limité aux terres, contraintes de puiser les ressources dont elles ont besoin dans la réserve.
3000 membres des Batwa en âge de travailler, installés à la lisière de la réserve, ont profité d’un investissement de 77 000USD dans l’aménagement et la restauration de la réserve, ainsi que dans le développement de l’épargne solidaire des communautés autochtones. Chaque personne recevait une rémunération de 2 USD par jour de travail.
« La meilleure façon d’accompagner les communautés Batwa est de garantir la préservation de nos forêts. Les impliquer dans la protection des forêts nécessite de prendre en compte leurs besoins et leurs droits, tout en reconnaissant leur lien étroit avec la forêt. C’est pourquoi on leur a donné du travail de conservation qui leur a permis de quitter la forêt pour une vie sédentaire », a expliqué Leonidas Nzigiyimpa, fondateur de l’organisation Conservation et communauté de changement (3C), point focal du PDZOC à Bururi situé au sud du Burundi.
Les Batwa embauchés ont décidé de répartir leur rémunération quotidienne, en utilisant une partie pour leurs besoins immédiats et en épargnant le reste sur un compte bancaire commun géré par un comité élu par l’ensemble des employés. Trois ans après, la communauté a réussi à épargner 54 millions de francs burundais (soit 27 000 USD). Cette somme a permis l’achat de 30 hectares de terrain, qui ont été répartis équitablement entre les membres. Le reste des fonds a servi à construire des maisons décentes en briques et en tôles, et à installer une ligne d’adduction d’eau potable.
Juvénal Keza, conseiller social de la commune, reconnaît que les travaux rémunérés ont transformé la vie des Batwa de Bururi, puisque 95 % d’entre eux vivent désormais dans des maisons décentes.
Pierre Nahimana, un leader de la communauté, se réjouit. « Je suis fier de travailler dans la réserve et d’avoir un salaire qui m’a permis d’acheter une vache et des chèvres. Je peux ainsi avoir du fumier et du lait. Nous protégeons la nature et améliorons notre quotidien grâce à ce travail ».
Même son de cloche chez Jean-Marie Ntafatiro, père de six enfants. « Avant, nous étions privés de terre et vivions dans des conditions précaires. Aujourd’hui, nous avons une maison décente, et je peux subvenir aux besoins de ma famille. La terre nous permet de nourrir nos enfants et de nous affranchir de la dépendance à la réserve ».
Les Batwa ont aussi été sensibilisés à la mise en place des activités garantisant leur autonomie.

L’autonomie retrouvée
Les conditions de vie des Batwa de Kiganda ont également été transformées par la création de potagers familiaux, de parcelles fourragères et de formations pratiques. Autour des maisons, des cultures s’étendent avec des arbres fruitiers, de la canne à sucre et des légumineuses, témoignant de la stabilité de cette communauté jadis nomade.
« Grâce à ces jardins, nous avons retrouvé notre autonomie », déclare Pauline Habaimana, responsable communautaire de la Ligue des femmes Batwa.
La formation en agro-écologie a permis aux communautés de prendre en main leur production alimentaire et de s’inscrire dans une dynamique de développement durable, selon Ncamurwanko Eliezer, chef de village de Kiganda.
Evelyne Harimenshi, 26 ans, incarne cette transformation. « Avant, je vivais de l’extraction d’argile et de la coupe d’herbes dans la réserve. Aujourd’hui, ma plus grande fierté est d’être propriétaire d’un terrain. Je cultive maintenant mes propres terres, grâce au projet. Avant, je travaillais pour les autres, mais maintenant, je travaille pour moi-même J’ai planté des bananes et des haricots, et je vais bientôt les récolter. C’est une grande différence », dit Habonimana.
Les Batwa ont également créé un groupe de tailleurs qui cousent les habits et les vendent au marché local. Ils ont également créé une coopérative d’épargne qui leur assure une stabilité financière, et leur permet de planifier leur avenir en toute sérénité.
Claver Mugisha, un membre du groupe, déclare à Mongabay. « Je suis fier de pouvoir contribuer au revenu familial grâce à cet atelier de couture. Nous sommes capables de nous organiser et de prendre notre destin en main. Nous avons créé un comité de gestion pour gérer nos affaires et nous sommes fiers de ce que nous avons accompli. Nous sommes désormais capables de gérer nos finances de manière autonome et de prendre des décisions qui améliorent notre quotidien ».

Grâce au projet, les enfants Batwa ont eu l’opportunité d’aller à l’école. Sophie Manayo, une jeune fille, témoigne. « Avant, je ne pouvais pas aller à l’école, parce que je devais accompagner ma mère, afin d’avoir de quoi manger en mendiant. Maintenant, j’ai réussi au concours national et je peux concrétiser mes rêves ».
Les Batwa ont également changé leur perception d’eux-mêmes. « Avant, nous étions considérés comme des citoyens de seconde classe », explique Sébastien Minani. Maintenant, nous avons des maisons, des emplois et des enfants qui vont à l’école comme les autres. Nous avons compris que nous sommes capables et que nous méritons le respect au même titre que les autres ethnies ».
Juvénal Keza, conseiller social du gouverneur, reconnaît que les travaux rémunérés des Batwa de Bururi sont un exemple de réussite montrant que les communautés marginalisées peuvent prendre leur destin en main et améliorer leur vie de manière significative, avec un peu d’aide et de soutien.
Un impact positif sur la réserve forestière
L’implication des communautés a contribué à réduire de manière significative les menaces qui pesaient sur cet écosystème. Aujourd’hui, plus de 174 hectares de forêt ont été restaurés, et 78 hectares de micro-boisements ont été plantés dans les exploitations de 424 ménages des communautés riveraines, et des corridors de 26,6 kilomètres ont été créés pour relier la réserve à la vallée, favorisant la biodiversité.
Nzigiyimpa se réjouit de constater que même les riverains, qui fréquentent la réserve, se limitent à ramasser du bois de chauffage mort, témoignant d’une prise de conscience écologique. Pour lui, l’acquisition de nouvelles propriétés a également contribué à résoudre les conflits entre les Batwa et leurs voisins.

Un succès écologique et collaboratif
Les éco-gardes constatent que les chimpanzés sont désormais plus habitués à la présence humaine. Un rapport d’évaluation de 2015 montre que des infractions, liées aux piégeages des animaux sauvages et au sciage des essences de valeur, sont en passe d’être complètement maitrisées.
Jérôme Nishishikare, directeur de la réserve, considère que sa gouvernance a évolué. Elle est aujourd’hui un réservoir de faune sauvage, abritant une population de chimpanzés (Pan Troglodytes), une espèce de grands primates menacée en Afrique.
Ce succès a convaincu les autorités à rapatrier les chimpanzés burundais gardés au Kenya, pour les réinsérer dans la réserve de Bururi.
Cette expérience de gestion participative est en cours de réplication dans les parcs de Kibira et Ruvubu. Belchmas Hatungimana, directeur de l’Office burundais pour la protection de l’environnement (OBPE), indique que 1781 ménages Batwa autour de Kibira et 45 autour de Ruvubu sont désormais impliqués dans des activités similaires.
Image de bannière : Les membres des communautés autochtones travaillant dans la réserve tiennent des plants d’arbres à planter pour restaurer le site. Image de Dieudonné Ndanezerewe pour Mongabay.
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