- Selon un récent rapport, l’oryx algazelle fait partie des sept espèces inscrites aux annexes de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), ayant vu leur statut s’améliorer depuis 2022.
- Il est passé du statut de « éteint à l’état sauvage » à « en danger », sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.
- Ce changement de statut est le fruit d’une réintroduction en cours au Tchad depuis 2016, conduit par l’ONG Sahara Conservation, dans la Réserve de faune de Ouadi Rimé–Ouadi Achim, la plus vaste aire protégée située au centre du pays.
- Au Tchad, la population d’Oryx algazelle est désormais estimée à environ 700 individus, ce qui en fait la plus importante colonie de l’espèce dans le monde.
Au cœur de la Réserve faunique de Ouadi Rimé–Ouadi Achim, une aire protégée située au centre du Tchad, d’une superficie de 78 000 m² et faisant deux fois la taille de la Belgique, des troupeaux d’oryx algazelle (Oryx Dammah) sont visibles par centaine.
Dix ans après la première réintroduction de cette espèce de gazelle saharienne avec 25 sujets dans ce parc, on en dénombre aujourd’hui près de 700 individus vivant à l’état sauvage, selon l’ONG internationale Sahara Conservation.
Cette organisation américaine à but non lucratif, dédiée à la conservation de la faune sauvage et des écosystèmes du désert du Sahara, conduit, depuis 2016, un projet de réintroduction de l’Oryx algazelle dans la Réserve de faune de Ouadi Rimé–Ouadi Achim avec un succès remarquable.

L’oryx algazelle, qui avait disparu du Tchad à la fin des années 1980, et déclaré « éteint à l’état sauvage » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2000, a vu son statut de conservation évoluer à la faveur de ce projet, s’anoblissant désormais du statut « en danger » sur la Liste rouge de l’UICN.
« Le reclassement de l’espèce en catégorie « En danger » en 2023 signifie que des populations reproductrices et autonomes existent à nouveau à l’état sauvage », dit John Newby, Fondateur de Sahara Conservation, dans un courriel à Mongabay.
Il explique en outre qu’aucune », population viable ne subsistait dans son habitat naturel, lorsque l’espèce a été classée « éteinte à l’état sauvage. L’Oryx algazelle ne survivait que dans des populations captives, principalement dans des parcs zoologiques et des collections privées.
Le projet, soutenu par le gouvernement du Tchad et l’Agence pour l’environnement d’Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis, a favorisé le transfert, en 2016, de 355 Oryx algazelle dans la Réserve de faune de Ouadi Rimé–Ouadi Achim, en provenance d’Abu Dhabi. Grâce à leur reproduction dans la nature, la population sauvage y atteint aujourd’hui près de 700 individus.
Braconnage, changement climatique, alimentation…, les défis du projet
Outre le bécasseau roussâtre (Calidris subruficollis) ou le phoque-moine méditerranéen (Monachus monachus), l’Oryx algazelle fait partie des sept espèces inscrites aux annexes de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS), ayant vu leur statut s’améliorer depuis 2022, selon le rapport intérimaire 2026 de cette organisation, publié début mars 2026, à la veille de la 15e Conférence des Parties à la CMS (COP15) au Brésil.
Pour Kelly Malsch, Responsable de la conservation au Centre mondial de surveillance de la conservation du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP-WCMC, sigle en anglais), « l’idéal serait que cette espèce continue à se rétablir, à voir ses populations s’étendre et à passer des catégories de menaces mondiales (en danger critique d’extinction, en danger, vulnérable) à quasi menacée, puis finalement à préoccupation mineure », indique-t-elle dans un courriel à Mongabay. « Le statut idéal pour toute espèce est d’être considéré comme préoccupation mineure, ce qui signifie que la population mondiale est exposée au risque d’extinction le plus faible », ajoute-t-elle.

La belle odyssée de l’Oryx Dammah dans la Réserve faunique de Ouadi Rimé–Ouadi Achim, devenue par ailleurs le plus grand repaire de l’espèce dans le monde, à en croire Sahara Conservation, n’est pas exempte d’embûches. Pour garantir un succès total du projet, l’ONG dit faire face à d’innombrables challenges et assurer une survie irréversible de l’animal dans ce paysage.
L’immensité et l’isolement de la réserve couvrant plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés, dans une région extrêmement reculée, est un véritable défi pour Sahara Conservation, ayant la charge de la gestion de la réserve. Ces animaux sont également confrontés aux conditions climatiques difficiles, avec des sécheresses prolongées ; la variabilité des ressources en pâturage et les changements climatiques peuvent influencer la dynamique des populations, d’après Sahara Conservation.
« Il est essentiel de mettre en place un suivi rapproché et une gestion adaptative des populations réintroduites et sauvages, pour faire face aux épisodes de maladies et à la prédation naturelle sur les jeunes, éviter le braconnage et préserver l’intégrité de l’aire protégée », souligne Newby.

Ce dernier évoque également les feux de brousse parmi les menaces pesant sur l’existence de l’oryx algazelle dans la réserve tchadienne, mais aussi la compétition pour le pâturage avec le cheptel domestique.
Il pense surtout que maintenir un financement stable sur la durée, pour un programme de réintroduction de cette ampleur, reste un défi majeur dont la réussite dépend précisément de l’engagement dans le temps, de la gouvernance partagée avec l’État tchadien et de la confiance construite avec les communautés locales.
D’après Sahara Conservation, l’oryx algazelle est un grand herbivore emblématique des écosystèmes saharo-sahéliens. Il contribue à la régulation de la végétation par le pâturage, contribuant à maintenir la structure des savanes sahéliennes. Il participe à la dispersion de graines, facilitant la régénération de certaines plantes. Il contribue aux chaînes trophiques, en participant au fonctionnement global de l’écosystème. Il est enfin une espèce parapluie, dont la conservation bénéficie à de nombreuses autres espèces du désert et du Sahel, à l’instar de l’addax (Addax nasomaculatus) ou de l’autruche d’Afrique du Nord (Struthio camelus camelus), que l’on retrouve également au sein de la réserve tchadienne.
Image de bannière : Réintroduction d’une vague d’Oryx algazelle dans la réserve de faune de Ouadi Rimé–Ouadi Achim au Tchad, en provenance d’Abu Dhabi en novembre 2024. Image de John Newby, fournie par Julie Martin, Responsable de la Communication au sein de l’ONG Sahara Conservation, avec son aimable autorisation.
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.