- Face aux effets du changement climatique, les activités agricoles sont perturbées dans plusieurs régions, notamment dans l’Ituri en République Démocratique du Congo, où le calendrier agricole est perturbé, ce qui ne permet pas une bonne production agricole.
- Les paysans ont adopté quelques pratiques agricoles, pour adapter leurs cultures à ces perturbations des saisons.
- Les nouvelles stratégies visent à augmenter le rendement ayant chuté, dans le but de répondre à l’insécurité alimentaire dans cette partie Est de la RDC en proie aux affres de la guerre.
À Mukasila, localité située dans la chefferie des Walese Vokutu, dans le territoire d’Irumu, dans l’Ituri, en République Démocratique du Congo, une multitude de personnes venues des provinces voisines ont érigé leurs champs. Entre les cultures pérennes, saisonnières et les légumineuses, la vie reprend son cours normal.
Parallèlement, les perturbations des saisons agricoles ruinent l’activité des paysans. Les conséquences sont visibles depuis quelques années : sécheresse prolongée, irrégularités des pluies, développement des ravageurs et des maladies des cultures. Presque ignorant de la problématique du changement climatique, George Katembo, agriculteur à Mukasila, n’a pu mener ses activités champêtres.
« L’an dernier, vers mars, nous avons attendu la pluie en vain, au point où j’ai consommé mes semences. Alors qu’on voulait semer en mars, c’est finalement en mai que nous avons vu la pluie consistante pour le sol », dit-il d’une voix en détresse.
Actuellement, les agriculteurs ne plantent pas selon le calendrier agricole précédent, mais font attention au temps marqué par la perturbation des saisons agricoles, avant de planter. John Kihimba, un agriculteur de Mukasila, indique qu’il plantait selon le calendrier fixe, et que les rendements étaient toujours bons, contrairement à la situation actuelle catastrophique.
« Aujourd’hui, j’attends jusqu’aux premières pluies de la saison, et j’évalue si le sol est vraiment humide pour planter », confie-t-il à Mongabay.
De son côté, Dieudonné Combé, un autre habitant de Bandiboli, à 10 kilomètres de Mukasila, dans la chefferie de Walese Vonkutu, proche de Bandiboli, indique avoir diminué la quantité de semences et l’espace de ses champs, pour des cultures vivrières adaptées à la zone, par crainte de possibles ratées dues aux effets du changement climatique.
« Avant, le temps des semis était presque fixe. Par exemple pour la saison agricole B, on semait les arachides et le soja vers le 15 février. Quant au maïs, on pouvait le semer dans un sol un peu humide à la même période, et ces cultures nous donnaient de bons rendements, et on gagnait aussi beaucoup d’argent ; car, à cette période-là, l’arachide, le soja, le maïs étaient recherchés par la population. Mais aujourd’hui, il n’y a pas une précision concernant des plantes et le temps correspondant aux bons rendements, car bien que vous ayez décidé de respecter le calendrier des semis, vous le verrez-vous conduire au néant, et c’est vraiment triste ; nous faisons maintenant le hasard », dit Combé.
Au-delà de cette difficulté, les cultures sont menacées par des ravageurs comme les cochenilles ; des maladies de cultures se développent aussi. Certains agriculteurs recourent à des pesticides chimiques pour remédier au problème.

Dans la région de Gety, une autre zone densément peuplée de la province du l’Ituri où l’agriculture est la principale activité des habitants, les aléas climatiques ont chamboulé des cultures depuis quelques années. Ce qui décourage un bon nombre de jeunes à s’investir dans le secteur agricole, au profit d’autres activités comme l’exploitation minière.
« Beaucoup de jeunes ne se donnent plus actuellement aux activités champêtres, craignant des pertes permanentes à cause des perturbations des saisons », dit Christophe Matchi, un notable de la chefferie des Walendu Bindi, dont Gety est le chef-lieu.
Matchi indique qu’il ne tient pas compte des saisons agricoles et des rendements de son champ, suite aux perturbations des saisons car il est fatigué des calculs et des analyses sur les bons moments pour planter et récolter.
« Moi, je continue à exercer mes activités agricoles sans tenir compte des saisons, car si je reste à observer les saisons, je risque de me décourager. Donc, je plante ; si ça produit, tant mieux ; si ça ne produit pas, je ne m’inquiète pas, car je n’ai pas une autre activité de subsistance autre que l’agriculture », dit Matchi.
Dans cette partie de la RDC, la saison des pluies, comme la saison sèche, concordait avec la saison agricole. Dans ce cas, les semis ont lieu en septembre ou en octobre, et les cultures comme le maïs, le haricot, le riz, l’arachide sont semées entre décembre et février. Quant à la saison agricole B, elle va de février à mars, de juin à juillet, avec des pluies secondaires. Ce qui permet des semis en février ou en mars, et les récoltes des cultures courantes comme le haricot, le maïs, le riz, les légumineuses entre mai et juillet.
Matchi ajoute que le changement climatique a accentué le développement des ravageurs et d’autres maladies de plantes, comme celles appelées localement « mosaïques », qui détruisent les champs de maïs. De l’autre côté, les boutures de manioc en souffrent également, alors que le manioc représente la culture de base dans la région.

Des solutions : agroforesterie, sol en jachère, cultures en bas-fonds …
« Les agriculteurs de chez nous doivent d’abord s’adapter au changement climatique et chercher à atténuer les risques de ce phénomène. Par exemple, ils doivent pratiquer l’agriculture d’insertion d’arbres dans leurs champs, limiter l’agriculture sur brûlis et recourir aux agronomes, aux ONG, et, éventuellement, à des regroupements, pour les accompagner dans leurs activités », souligne John Lufukaribu Toly, expert en question environnementales, dans l’Ituri, à la faveur d’une interview accordée à Mongabay.
Face aux perturbations des saisons agricoles devenant permanentes depuis quelques années, les agriculteurs ont trouvé des techniques, pour adapter leurs cultures à ces problèmes.
La saison sèche étant de longue durée et imprévisible, les cultures en souffrent. De ce fait, John Kihimba a jugé bon de planter des arbres dans son champ pour réguler la température et préserver un climat favorable aux cultures. C’est notamment dans des champs de cacao ou de papaye, les cultures pérennes les plus répandues dans la région, et même dans les champs de maïs et de manioc.
« Dans mon champ, j’ai planté des arbres pour protéger le sol, conserver l’humidité. Ils luttent contre les eaux de pluie (érosion) et améliorent la fertilité du sol et le microclimat agricole », ajoute Kihimba.
Dans la chefferie des Walendu Bindi, Christophe Matchi irrigue ses cultures à partir d’un ruisseau situé à quelques mètres de son champ. Son but est de remédier à une période assez longe de saison sèche ayant asséché le sol, dans cette partie du territoire d’Irumu, dans l’Ituri, à l’Est de la RDC.
« Je fais la culture des légumes, alors ils ont besoin d’eau dans le sol ; voilà pourquoi je fais un peu ce travail pour amener l’eau dans le champ, afin d’espérer une production », a confié Matchi.
À Boga, une région agricole dans l’Extrême-Sud de Gety, les agriculteurs sont en quête d’une alternative possible pour contrecarrer les effets du changement climatique sur les cultures, car l’agriculture reste leur activité de rente et de subsistance.
Dans cette région, les cultivateurs ont arrêté sensiblement l’abattage excessif des arbres, selon Steeve Amooti, un agronome du milieu. La pratique de la culture sur brûlis aussi. Loin de là, les champs sont laissés en jachère, pendant deux à trois ans, pour permettre la régénération du sol et des éléments nutritifs.
« Mais aujourd’hui, nous sommes obligés de rentrer dans des champs, même après moins de deux ans ailleurs, par manque d’autres endroits à cultiver », dit Masumbuko, cultivateur à Boga.
Masumbuko indique que ses voisins et lui utilisent « le fumier ou le compost pour apporter une valeur ajoutée aux engrais biologiques naturels du sol ».

Rotation des cultures
À Boga, l’agronome Amooti dit avoir initié les agriculteurs à la rotation des cultures pour préserver le sol. « Chez nous par exemple, si nous plantons le maïs une année durant, nous préférons mettre le manioc et/ou l’arachide l’année prochaine, cela se fait aussi par saison », dit cet agronome.
Par ailleurs, Asaba Mugenyi, un agriculteur de Boga a choisi de faire son champ de légumes dans un bas-fond, à côté d’un ruisseau, pour apporter facilement l’eau aux plantes. « Partout, là où je fais des légumes, il y a une sécheresse prolongée et mes plantes sont séchées par le soleil. Je compte les mettre ici pour espérer une bonne production », indique-t-il à Mongabay, tout en ajoutant qu’il procède parfois à l’arrosage pendant la journée.
Ces techniques agricoles, face aux défis liés au réchauffement climatique, permettent d’avoir une production pour compenser les périodes difficiles de réduction des récoltes, sur fond de famine dans la région, aggravées par les conflits empêchant le travail de la terre. Avec les dernières guerres ayant éclaté dans cette province depuis 2017, le Programme alimentaire mondial (PAM) a fait état d’une insécurité alimentaire ayant affecté plus d’un million d’Ituriens, en 2024.
Cette situation a provoqué, depuis environ 4 ans, une hausse du prix des produits agricoles sur plusieurs marchés de l’Ituri. Au centre de Kasenyi, vers le littoral du lac Albert par exemple, des commerçantes parlent d’une hausse sensible du prix des légumes verts, allant de 1 000 francs congolais à 5 000 francs congolais (2 USD), aujourd’hui. Il en est de même du haricot, aliment de base à Bunia, à Irumu, à Djugu et à Mahagi, dont la mesure est passée, en mai 2025, de 35 000 voire 45 000 à 50 000 francs congolais (20 USD), sur le marché.
Image de bannière : Masumbuko, appliquant le fumier dans son champ de choux. Image de Moïse Ulang’u pour Mongabay.
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.