- En République démocratique du Congo, plus de deux cents personnes ont trouvé la mort dans les éboulements survenus dans une carrière artisanale de coltan, à Rubaya, dans l’Est du pays.
- Au plan sécuritaire, les conditions d’exploitation minière artisanale dans lesquelles opèrent des milliers de « creuseurs » congolais, ne sont pas rassurantes.
- D’après un expert joint par Mongabay, les mesures sécuritaires ne sont pas généralement respectées dans ces mines artisanales.
Plus de 200 personnes ont trouvé la mort dans deux éboulements successifs, les mercredi 28 et jeudi 29 janvier 2026, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les victimes sont des exploitants artisanaux appelés « creuseurs ». L’accident s’est produit sur le site minier de Luwowo, à Gasasa, dans le périmètre minier de Rubaya, territoire de Masisi, dans le Nord-Kivu.
Cette zone est contrôlée, depuis avril 2024, par le M23, le groupe armé le plus important sur le territoire congolais, soutenu par le Rwanda, d’après l’Organisation des Nations unies.
L’accident est survenu à la suite d’activités successives à risque sur le relief accidenté et instable, propice aux glissements de terrain. Avant sa survenue, de fortes pluies se sont abattues sur la région, jusqu‘au mardi 27 janvier, la veille. Le mercredi 28 janvier, survient le premier éboulement, d’après les explications de Ignace Tusali, journaliste à la radio communautaire Amani de Rubaya, joint par Mongabay, le 1er février 2026. Cet éboulement sera suivi d’un autre glissement de terrain, le jeudi.
Un drame écologique
Les « creuseurs » travaillent à la pioche. Ils plongent dans de longs tunnels qu’ils creusent à la recherche du coltan, un minerai essentiel dans la fabrication de diverses technologies de pointe telles que les téléphones portables. Ces tunnels ne respectent souvent pas les mesures de sécurité telles que la distance entre les « creuseurs » pour assurer la stabilité du sol. A l’intérieur, comme c’est aussi le cas dans le Katanga, où sont exploités artisanalement le cuivre et le cobalt, les parois ne sont soutenues que par des morceaux de bois.
Autour de la colline de Luwowo, s’étaient installés de petits commerces alimentant les exploitants artisanaux. Ces commerces se sont rapprochés des carrières, des entrées des tunnels qui, pour la plupart, pointaient vers le centre de la colline. Ces creusements avaient fini par fragiliser le massif avant les dernières pluies fatales, souligne Tusali.
« C’est toute la colline qui s’est cassée : après la pluie, la terre a cédé et l’éboulement a tout emporté, y compris le marché qui se trouvait au pied de la colline », explique Tusali.
Cette version des faits corrobore la déclaration du gouverneur du Nord-Kivu investi par le M23, Eraston Bahati, qui s’est rendu sur le lieu du drame. Selon son porte-parole, Lumumba Kayembe Muyisa, rapporté par le média congolais Actualite.cd, le bilan est de 226 morts.
Mais, explique Tusani, « on ignore jusqu’ici le bilan exact de l’accident. Il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas retrouvées, et des familles cherchent encore leurs proches ».

Une exploitation à haut risque, non encadrée
Le 31 janvier, le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole, Patrick Muyaya, a, dans un communiqué diffusé sur le compte X (ancien Twitter) du ministère de la Communication, indiqué que « cet accident est la conséquence directe de l’occupation armée et du pillage illégal des ressources naturelles » de la RDC. Ce communiqué souligne par ailleurs que le ministre congolais des Mines a classé la mine de Rubaya dans la zone rouge, rappelant ainsi la nécessité d’une certification des minerais issus de cette mine actuellement sous la gestion du M23.
D’après le rapport de l’ONU datant de décembre 2024, le Rwanda est la destination des minerais 3T extraits en RDC, dans la région occupée par le M23. Selon International tin supply chain initiative (ITSCI), un organisme spécialisé dans le suivi de la chaîne d’approvisionnement des minerais 3T en zones de conflits et à hauts risques, les exportations rwandaises de tantale ont anormalement augmenté jusqu’à atteindre 213 %, entre janvier et juin 2025.
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Pour Emmanuel Umpulwa, leader de l’Observatoire africain des ressources naturelles (AFREWATCH), une ONG congolaise spécialisée notamment dans les mines, ce drame, comme d’autres accidents analogues survenus précédemment dans la région et ailleurs comme au Katanga, traduit un déficit administratif. L’activité minière artisanale est informelle et aux mains des intérêts étrangers, alors que la loi la réserve aux seuls nationaux. Il note par ailleurs que les mesures de sécurité ne sont ni imposées ni contrôlées.
« Après chaque accident, on n’identifie ni les responsabilités ni les leçons à tirer. Tant qu’on privilégiera l’extraction maximale au détriment des conditions de travail, ces drames continueront », souligne Umpulwa.
Si l’exploitation artisanale à Rubaya donne l’impression d’un pillage effréné au mépris des conditions sécuritaires des exploitants, selon Umpulwa, elle relève tout de même d’un échec institutionnel et d’une faillite de la régulation publique. Puisque les mines artisanales posent un problème de sécurité et de respect des normes écologiques en vigueur dans le pays.
Image de bannière : Mine de coltan de Luwowo près de Rubaya, Nord-Kivu, le 18 mars 2014. Image de de MONUSCO/Sylvain Liechti via Flickr (CC BY-SA 2.0).
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