- Madagascar a annoncé la création de 21 nouvelles aires protégées couvrant 1,8 million d’hectares, relançant l’expansion de son réseau après plus d’une décennie, et réaffirmant son engagement envers l’objectif mondial « 30×30 ».
- Si les recherches montrent que les aires protégées réduisent la déforestation, leur efficacité reste inégale et difficile à mesurer à partir des seuls indicateurs classiques de gestion.
- Les études soulignent des défis persistants liés au financement de la conservation, notamment des cycles de financement à court terme et des difficultés à couvrir les coûts opérationnels essentiels.
- Les experts estiment que l’expansion des aires protégées doit s’accompagner d’un renforcement institutionnel à long terme et d’approches équitables, afin d’assurer des résultats durables.
Le gouvernement de transition malgache a récemment annoncé la création de 21 nouvelles aires protégées couvrant environ 1,8 million d’hectares, ainsi que 10 nouvelles délégations de gestion.
L’annonce a été officialisée lors d’une cérémonie officielle de remise des arrêtés et décisions aux nouveaux gestionnaires, le 5 février 2026.
Ces nouvelles aires protégées, actuellement mises sous protection temporaire, se situent dans 12 régions de Madagascar, dont 15 terrestres, 5 marines et 2 mixtes.
Il s’agit de la première expansion d’envergure du réseau national depuis plus d’une décennie. Cette décision réaffirme l’engagement du pays envers l’objectif « 30×30 » du cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, visant à protéger 30 % des terres et des mers d’ici à 2030.
Avant cette annonce, les aires protégées terrestres couvraient environ 10,8 % du territoire national, tandis que les aires protégées marines représentaient près de 11,8 % des eaux côtières.
Le ministère de l’Environnement et du développement durable a positionné la conservation comme un pilier central de la politique nationale, estimant que la destruction de l’environnement n’est plus compatible avec la trajectoire de développement du pays. « La conservation durable est un choix conscient, stratégique et irréversible », ont-ils affirmé dans leur communiqué de presse.
La cérémonie a réuni des organisations internationales et nationales de conservation, des gestionnaires d’aires protégées, des bailleurs et de hauts responsables malgaches — un signal de la continuité de l’engagement international malgré la transition politique en cours depuis octobre 2025, dans le pays.
Cette annonce intervient également dans le sillage d’une déclaration de la Commission de sauvegarde des espèces (SSC) de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), soutenue par plus de 40 organisations de conservation. Les signataires appellent le nouveau gouvernement à consolider le réseau d’aires protégées existant, à renforcer la législation sur la biodiversité, à confirmer son engagement envers l’objectif 30×30 et à développer un écotourisme fondé sur la richesse biologique du pays comme levier de développement national.
Peu de pays concentrent autant d’enjeux de biodiversité que Madagascar. Avec un taux d’endémisme parmi les plus élevés au monde, chaque fragment de forêt intacte y revêt une importance planétaire.
« Chaque fragment de forêt intacte restant à Madagascar n’est pas seulement une priorité nationale, mais aussi une véritable priorité mondiale », a dit Russell Mittermeier, membre de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN et président exécutif de Rewild. « Chaque fois que nous perdons une parcelle de forêt, nous perdons presque certainement des espèces, dont beaucoup auraient pu être nouvelles pour la science ».

Efficacité de la gestion des aires protégées
« Alors que Madagascar progresse dans la mise en œuvre du cadre mondial pour la biodiversité, l’expansion des aires protégées et la garantie de l’efficacité de leur gestion sont toutes deux essentielles à l’efficacité des efforts de conservation », a dit, à Mongabay, Johanna Eklund, professeure associée à l’université d’Helsinki, en Finlande, spécialisée depuis plus de dix ans dans la gestion des aires protégées et le financement de la biodiversité à Madagascar.
Ses recherches ont montré que l’efficacité des aires protégées varie fortement, et qu’il n’existe pas de consensus clair sur les éléments de gestion contribuant le plus à la réduction de la déforestation.
Cependant, ses travaux indiquent que les aires protégées à Madagascar réduisent généralement la déforestation par rapport à des zones comparables non protégées. Même lorsque des pertes forestières sont observées à l’intérieur des aires protégées, elles seraient probablement plus importantes en l’absence de protection.
Une autre récente recherche, publiée en 2025, dans Nature communications, a montré que les aires protégées gérées par Madagascar National Parks étaient plus efficaces pour atténuer les pressions de la déforestation que les forêts sous gestion communautaire, en particulier durant et après les périodes de crise politique.
« Les performances plus faibles observées dans les forêts communautaires pourraient refléter un manque d’appui financier centralisé, pour aider les communautés à protéger les forêts », a déclaré Eklund. « Cela montre que le renforcement des capacités et de l’allocation adéquate des ressources sont essentiels pour l’expansion des aires protégées, dans le cadre de l’objectif 30×30 ».
Pour soutenir ce renforcement des capacités, une étude publiée en 2025, dans Madagascar Conservation and Development, rapporte que les gestionnaires d’aires protégées souhaitent améliorer leurs compétences en management, tandis que les techniciens identifient le besoin de mieux intégrer les interactions avec les communautés locales, dans leurs missions.

Construire des institutions, pas seulement des projets
La manière, dont les ressources limitées sont allouées, pourrait s’avérer décisive pour la réussite des nouvelles aires protégées à Madagascar comme ailleurs.
Contrairement aux crises politiques précédentes, le financement international de la conservation, qui domine le secteur à Madagascar, s’est largement maintenu pendant la transition actuelle. « L’un des principaux défis, mis en évidence par les recherches récentes, est la prédominance des cycles de financement à court terme, qui privilégient de nouvelles initiatives, au détriment des efforts de gestion soutenus », a souligné Eklund.
Son étude, publiée en 2025, dans Conservation Biology, sur l’influence des tendances de financement et des intérêts des bailleurs, montre que de nombreux acteurs de la conservation se sentent contraints d’adapter leurs projets aux priorités changeantes des donateurs, tout en ayant des difficultés à financer les coûts opérationnels essentiels, comme les salaires des gardes, l’équipement ou le suivi écologique.
Elle estime que « des cycles de financement plus longs et un soutien aux actions de gestion continues renforceraient considérablement la durabilité des efforts de conservation ».
Au-delà des cycles budgétaires, l’enjeu est avant tout structurel, dit Eklund. Une conservation durable passe par des institutions publiques capables de gérer et de protéger leur biodiversité de manière autonome, en intégrant à la fois ses dimensions écologiques et sociales.
« En investissant dans les capacités institutionnelles, les bailleurs peuvent jeter les bases d’un succès à long terme », affirme Eklund. « L’expansion des aires protégées doit [également] s’accompagner d’approches équitables respectant les droits et les moyens de subsistance des populations vivant dans ces zones et autour d’elles ».
Image de bannière : Mer d’Émeraude, dans la Région de Diana, au Nord de Madagascar. Il s’agit de l’une des nouvelles aires protégées marines bénéficiant actuellement d’une mise en protection temporaire. Image de Krishna Naudin via Flickr (CC BY-SA 2.0).
Citations :
Eklund, J., Coad, L., Geldmann, J., & Cabeza, M. (2019). What constitutes a useful measure of protected area effectiveness? A case study of management inputs and protected area impacts in Madagascar. Conservation Science and Practice, 1(10), e107. doi.org/10.1111/csp2.107
Eklund, J., Vuola, M., Määttänen, S., Nakamura, K., Brooks, J., & Miller, D. C. (2025). Influence of funding fads and donor interests on international aid for conservation in Madagascar. Conservation Biology, 39(6), e70122. doi.org/10.1111/cobi.70122
Neugarten, R. A., Rasolofoson, R. A., Barrett, C. B., Vieilledent, G., & Rodewald, A. D. (2024). The effect of a political crisis on performance of community forests and protected areas in Madagascar. Nature Communications, 15(1), 2963. doi.org/10.1038/s41467-024-47318-0
Rakotobe, D., Andrianarimisa, A., Rakotoarisoa, J., & Stevens, N. (2025). Preparing the next generation of protected area managers in Madagascar: addressing competency gaps to advance the 30×30 target. Madagascar Conservation & Development, 20(1), 15-21.
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