- Les États-Unis ont organisé, début février 2026, un sommet sur les minerais critiques, l’occasion pour l’administration Trump de signer des accords avec des pays africains, pour réduire sa dépendance à la Chine pour ce qui est de ces minerais.
- La Guinée et le Maroc ont conclu des accords avec les États-Unis lors de ce sommet, alors même qu'un accord antérieur avec la République démocratique du Congo, signé en décembre 2025, fait l'objet de suspicions de la part de la société civile congolaise.
- Détenant plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt, la RDC devient, par voie de conséquence, un partenaire clé pour les États-Unis. Mais un groupe d’acteurs de la société civile congolaise avertit que ce nouvel accord sur les minerais priorise la géopolitique plutôt que les droits de l’homme, la protection de l’environnement et la transparence.
- Le conflit persistant dans l’Est de la RDC met en doute la capacité de l’approche Trumpienne, liant accord de paix aux accords commerciaux, à stabiliser la région.
Le 4 février, à Washington, s’est tenue la Critical Minerals Ministerial, un sommet réunissant des délégations de plus de 50 pays, dont sept pays africains, dans le but de sécuriser l’accès aux minerais critiques utilisés dans la transition énergétique.
Parmi les participants à ce sommet organisé par les États-Unis, la Guinée, un pays d’Afrique de l’Ouest riche en bauxite et en fer, dont le ministre des Mines, Bouna Sylla, a signé un protocole d’accord, le 5 février, avec les États-Unis. Ce protocole fait d’elle le troisième pays à signer un tel accord, après la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda en décembre 2025. Dans ce registre, le Maroc a également signé un protocole d’accord avec les États-Unis, lors du sommet.
Ces accords traduisent une intensification des efforts américains pour accéder aux minerais critiques et les exploiter, une industrie jusque-là dominée par la Chine. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en 2024, la majorité du cuivre, du lithium, du cobalt, du graphite et des gisements de terres rares a été transformée par la Chine.
Sans nommer la Chine, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a déclaré, lors d’une conférence de presse, le 4 février, que l’approvisionnement en minerais critiques était « fortement concentré entre les mains d’un pays. Et cela peut, dans le pire des cas, être utilisé comme un levier géopolitique ». En amont de la rencontre, le président Donald Trump a lancé le projet Vault, visant à assurer une réserve stratégique américaine de minerais critiques soutenue par un premier paquet de financement de 10 milliards USD de l’agence bancaire nationale, dédiée à l’import-export, la Banque EXIM.
« Je pense qu’il y a une prise de conscience mondiale croissante que nous devons avoir des chaînes d’approvisionnement pour les minerais critiques qui sont fiables et diversifiés dans le monde entier », a-t-il souligné.

À Washington, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, et sa délégation, ont rencontré, entre autres, des membres du Sénat américain, mais aussi le président de l’EXIM Bank. Avec plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt attestées, la RDC est un acteur clé dans la transition énergétique mondiale. Selon son ministère des Mines, plus de 90 % du potentiel minier du pays reste inexploité, avec une valeur estimée dépassant 25 milliards USD. Selon le bureau du président congolais, les discussions ont porté sur la commercialisation des minerais critiques du pays, le traitement local et les projets liés au corridor de Lobito en Angola, un couloir ferroviaire et infrastructurel reliant le port atlantique de Lobito en Angola à la province du Katanga, riche en cuivre et en cobalt en RDC, et à la Zambie.
Fin janvier, la RDC a envoyé à Washington une liste d’actifs miniers à examiner dans le cadre du partenariat sur les minéraux, selon Reuters.
Le déplacement du président Tshisekedi à Washington s’inscrit dans la continuité de l’accord stratégique bilatéral signé par les États-Unis et la RDC, en décembre dernier. Cet accord donne aux États-Unis un meilleur accès aux minerais qui y sont extraits, et facilite l’augmentation des investissements des entreprises américaines dans le secteur minier de la RDC. D’importance économique, il avait été conclu parallèlement à l’accord de paix négocié par les États-Unis entre la RDC et le gouvernement rwandais.
Cependant, depuis février 2025, certaines parties de l’Est de la RDC, en particulier la province du Nord-Kivu, sont sous le contrôle du M23, un groupe armé soutenu, selon les Nations Unies, par le Rwanda, une escalade majeure d’un conflit qui dure depuis plus de 30 ans. En réponse, le président Tshisekedi a sollicité l’aide de son homologue américain, celui-ci ayant négociées les Accords de Washington pour la paix entre les deux pays.
« Aujourd’hui, avec le Congo et le Rwanda, les États-Unis signent également des accords bilatéraux qui leur ouvriront de nouvelles opportunités d’accès à des minerais critiques et fourniront des avantages économiques à nos différentes parties », a déclaré le président Trump, lors de la cérémonie de signature de l’accord de paix en décembre.
Cependant, cette volonté américaine de lier politique étrangère et paix, dans la région, suscite des craintes au sein de la société civile.

En signe de protestation, en janvier 2026, un groupe d’avocats et de défenseurs des droits humains a saisi la Cour constitutionnelle par une requête, soulignant que cet accord nécessite en amont l’approbation du parlement de la RDC ou un référendum, étant donné qu’il pourrait affecter les lois nationales. Selon eux, puisque ce processus n’a pas été suivi, la signature de cet accord constitue une violation de la Constitution congolaise.
D’autres soutiennent que l’accord offre peu de garanties en matière de droits humains et de droit de l’environnement.
« Les États africains et tous les pays ayant des minerais sont les grands perdants, parce qu’aucune promesse n’a été faite sur les droits humains. Aucune. Les droits de l’homme, la justice et la protection de l’environnement restent dans des angles morts », a déclaré Jean-Claude Mputu, porte-parole d’une coalition d’organisations de la société civile appelée « Le Congo n’est pas à vendre ».
Malgré la signature de l’accord de paix, les hostilités se sont poursuivies dans l’Est de la RDC et les attaques ont commencé à se propager à d’autres provinces. Entre le 31 janvier et le 2 février, l’aéroport de Bangboka près de Kisangani, la capitale de la province de la Tshopo, a été touché par de multiples attaques de drones explosifs. Ce qu’a revendiqué le M23.
« Dans sa volonté d’assurer la sécurité de la RDC, le gouvernement a décidé de céder ses ressources minières sans retenue, en échange d’une protection américaine. C’est un pari qu’il a fait. Maintenant, nous verrons si ce pari va payer ou pas », a-t-il poursuivi.
Contactés par Mongabay pour plus d’informations, le ministère des Mines de la RDC, le Département d’État des États-Unis et l’ambassade américaine à Kinshasa n’ont donné aucune suite.
Image de bannière : Mineurs de cobalt en RDC. Image de The International Institute for Environment and Development (IIED) via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
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