- Depuis 2022, le gouvernement gabonais a adopté les clôtures électriques comme solution face au conflit homme-éléphant.
- Plus de 2000 barrières électriques ont déjà été installées dans le pays, grâce à un partenariat avec l’ONG kényane Space for Giants, au grand bonheur des paysans.
- Pour cette organisation, les clôtures électriques mobiles ont prouvé leur efficacité, quant à l’éloignement des éléphants des champs agricoles à 94 %.
- Le Gabon abrite plus de 60 % de la population des éléphants de forêt, en Afrique.
Le village Latta, situé à une vingtaine de kilomètres de Makokou, dans la province de l’Ogooué-Ivindo, au nord-est du Gabon, s’est repeuplé progressivement au cours des trois dernières années. Les populations, qui avaient déserté la contrée en raison des attaques répétées des éléphants ayant même causé la mort d’un villageois, sont retournées sur leurs terres.
Martin Indjemboué, âgé de 55 ans, est l’un des habitants de ce village, que Mongabay a joint au téléphone, mi-février 2026. Il dit que cette crise les a poussés à vivre loin de leur village pendant trois longues années, dans une situation inéluctable d’insécurité alimentaire.
Les villageois avaient opté pour quelques solutions endogènes visant à repousser les éléphants, mais sans véritable succès. Ils avaient eu recours aux abeilles en s’investissant dans l’apiculture, et en brûlant également du piment dans de vieux pneus de voiture recyclés, sans résultats probants.
La solution est finalement venue des clôtures électriques, explique Indjemboué. « Nous avons aménagé un champ de 7 hectares (17 acres) pour la production de manioc, et nous avons obtenu des barrières électriques grâce au concours d’une ONG locale. Ce qui a permis d’atténuer un peu le conflit avec les éléphants ».
Il précise d’ailleurs que les éléphants ne se sont plus introduits dans leurs champs avec la mise en place de ces barrières, et que le village a retrouvé un brin de sérénité.
De l’efficacité des clôtures électriques mobiles
Selon une récente étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Gabon abrite plus de 95 000 éléphants de forêt, représentant plus de 70 % de la population mondiale de cette espèce. On les retrouve d’ailleurs disséminés sur plus de 80 % du territoire gabonais, à en croire Gaspard Abitsi, Directeur du programme de Wildlife Conservation Society (WCS), au Gabon.
« À partir du moment où on a des éléphants sur l’ensemble du territoire et que le Gabon abrite la population la plus importante, naturellement, ça pose des problèmes de cohabitation », dit-il à Mongabay, en 2024.
Pour répondre à cette problématique cruciale et trouver le juste équilibre entre la protection de la biodiversité et le développement humain, le gouvernement gabonais a adopté la solution des clôtures électriques mobiles. Depuis 2022, il a signé un accord avec l’organisation non-gouvernementale kényane Space for Giants, ayant introduit dans le pays ces installations, qui semblent plutôt bien fonctionner.
Space for Giants indique qu’elle a installé, au 31 décembre 2025, 2130 clôtures électriques mobiles, avec des répercussions sur la vie de 33 489 personnes, à travers le pays. Selon elle, ces clôtures ont prouvé leur efficacité, à travers l’éloignement des éléphants tentant de dévaster les champs agricoles, à 94 %.
Eric Chehoski, Directeur de Space for Giants au Gabon, explique à Mongabay, par courriel, qu’une étude menée par son organisation en 2025, auprès de 913 personnes touchées par les clôtures électriques, révèle que 80 % des agriculteurs interrogés déclarent que les attaques d’éléphants sur les cultures ont fortement augmenté au cours des trois dernières années.
« Par ailleurs, 92 % des répondants déclarent qu’aucune autre méthode n’était efficace avant l’installation des clôtures électriques mobiles et que 81 % déclarent désormais vendre au moins une partie de leur récolte, depuis l’installation des clôtures électriques mobiles », précise-t-il.

Le pari de la maintenance des clôtures
En dépit de l’efficacité vantée des clôtures électriques attestée par la réduction du conflit entre les éléphants et les humains au Gabon, certains acteurs dénoncent les attaques récurrentes des pachydermes dans le pays, y compris à des endroits, où ces clôtures sont érigées.
Ce que confirme en partie le président du Réseau national des acteurs de l’agriculture biologique du Gabon, le militant écologiste Dieudonné Biloussa, « Dans certaines régions, par exemple à Tchibanga dans la province de la Nyanga (au sud-ouest du Gabon), après que le ministère des Eaux et forêts ait installé des barrières électriques autour des champs, les éléphants ont trouvé le moyen de renverser intelligemment les barrières pour s’infiltrer dans les champs », souligne-t-il, joint au téléphone par Mongabay, nuançant tout de même sa déclaration. « On ne sait pas si ça relève de l’inefficacité des barrières, ou alors si les barrières ont été mal installées », dit-il.
Cette situation pourrait résulter d’un défaut de maintenance, car l’installation d’une clôture nécessite conséquemment un suivi de la part du bénéficiaire, pour garantir son plein fonctionnement, selon un protocole d’accord signé entre celui-ci, le ministère des Eaux et forêts et Space for Giants, au moment de l’acquisition de l’outil.
« Ledit document mentionne que l’entretien de la clôture est de la responsabilité du bénéficiaire. Par entretien, nous entendons le fait de nettoyer ou de défricher régulièrement le pourtour de leur champ. En effet, si le layon du champ n’est pas entretenu, cela entraînerait une chute de la tension électrique, car le fil électrifié serait au contact de la végétation », explique Chehoski.
Il souligne que son organisation a mis en place des verbalisations formelles mentionnant une date butoir de remise en état de l’outil, et qu’en cas de non-respect de l’entretien, la clôture lui sera retirée. Il ajoute qu’un taux de 2,25 % des clôtures ont été retirées pour manque d’entretien, entre mars 2022 et décembre 2025.
Craintes pour l’insécurité alimentaire
Au demeurant, les attaques des éléphants se multiplient chaque semaine dans le pays. À ce sujet, Biloussa pense que « si l’État ne prend pas des dispositions, c’est un problème qui va engendrer la famine au Gabon plus tard, parce que la colonie des éléphants se multiplient au fil des ans ».
À Makouké, dans la province du Moyen-Ogooué, située au centre-ouest du Gabon, selon la presse locale, des agriculteurs ont porté plainte, début janvier 2026, contre les éléphants auprès de la direction provinciale des Eaux et forêts, pour destruction de leurs cultures. Ces agriculteurs exigent des réparations de la part des autorités locales et plaident pour que celles-ci les dotent de clôtures électriques, pour protéger leurs plantations. En 2023, l’État gabonais a dépensé jusqu’à 4 milliards de FCFA (6,5 millions USD), au titre des compensations financières versées aux victimes des conflits homme-faune.
Le gouvernement gabonais est par ailleurs engagé, avec ses partenaires WCS et Space for Giants, depuis mars 2025, dans la mise en œuvre d’un projet de coexistence pacifique entre l’homme et l’éléphant, financé à hauteur de 10 millions USD par l’Initiative pour les forêts de l’Afrique centrale (CAFI, sigle en anglais). L’objectif dudit projet est de promouvoir une cohabitation harmonieuse entre les communautés locales et les éléphants, et de protéger les cultures vivrières.
Image de bannière : Une barrière électrique contre les attaques des animaux sauvages au Camp de Tamboti, à l’Est d’Orpen, au Parc national Kruger, à Mpumalanga, en Afrique du Sud. Image de Bernard DUPONT via Wikimédia Commons (CC BY-SA 2.0).
Citation :
Maisels, F., Thouless, C. R., Mayienda, R., Yahya, M., Hart, J., Frederick, H., Breuer, T., Renn, C. T., Slotow, R., & Okita-Ouma, B. (2025). African forest elephant (Loxodonta cyclotis) status report 2024 : An update from the African Elephant Database (Occasional Paper of the IUCN Species Survival Commission No. 67). IUCN. https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/SSC-OP-067-En.pdf
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.