- Le braconnage des lions pour des parties de leur corps s’accroit fortement en Afrique. Au Mozambique, par exemple, le nombre d’incidents connus a été multiplié par sept, passant d’environ un cas par an entre 2010 et 2017, à près de sept cas par an entre 2018 et 2023.
- Dans le Parc national Kruger, en Afrique du Sud, la population de lions a chuté d’environ 63 % en 18 ans, un déclin attribué en partie au braconnage pour certaines parties de leur corps.
- Les auteurs d’une récente étude appellent les institutions, les décideurs politiques et les communautés à agir ensemble plutôt que de manière isolée. Autrement, les lions risqueraient des déclins rapides et des disparitions locales.
Le braconnage ciblé pour certaines parties du corps des lions (Panthera leo) augmente sous l’effet d’une demande provenant de marchés africains et asiatiques, selon une étude. Celle-ci précise que les braconniers s’attaquent désormais même aux lions vivant dans des aires protégées, les tuent, enlèvent les parties recherchées et abandonnent finalement leurs carcasses sur le site.
Publiée en janvier 2026 dans la revue scientifique Conservation Letters, l’étude montre que le braconnage ciblé des lions augmente et se structure à l’échelle du continent.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs, issus de 20 affiliations institutionnelles différentes et basés en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord, ont croisé des informations et des données sur le braconnage, la mortalité de lions, des saisies de parties animales, des enquêtes de marchés et des études génétiques, provenant d’ONG, d’autorités et de publications scientifiques.

Au Mozambique, par exemple, révèle l’étude, environ un cas par an de lions tués spécifiquement pour des parties de leur corps entre 2010 et 2017, est passé à environ sept cas par an entre 2018 et 2023, soit une multiplication par sept des incidents connus. Sur la période 2010-2023, près de 25 % des mortalités de lions causées par des activités humaines dans ce pays étaient liées au prélèvement intentionnel de certaines parties de leur corps. L’étude souligne que ces chiffres sont probablement sous-estimés, car tous les cas ne sont pas détectés ou signalés, mais suffisent à montrer une « augmentation rapide, mesurable et récente » du phénomène dans le pays.
Dans le Parc national Kruger, en Afrique du Sud, l’étude fait état d’une augmentation récente des actes de braconnage ciblé, en particulier dans la partie nord du parc. En juin 2025, par exemple, des lions ont été attirés par des appâts, puis empoisonnés ou pris au piège, avant le prélèvement de certaines parties de leur corps. Selon les chercheurs, la population de lions du nord de Kruger a décliné d’environ 63 % sur une période de 18 ans, une baisse attribuée à la fois au braconnage ciblé pour les parties du corps des félins et aux mortalités accidentelles liées au piégeage. L’étude souligne que ces faits sont particulièrement préoccupants, car ils se produisent au sein d’un parc national parmi les mieux protégés d’Afrique, indiquant que les lions ne sont plus à l’abri, même dans des aires protégées bien gérées.
Sur la même période, les chercheurs ont documenté des cas similaires au Botswana, au Zimbabwé et en Ouganda, témoignant, selon eux, d’une extension géographique du phénomène ne se limitant plus aux cas isolés observés par le passé. Ils soulignent également le recours croissant à des méthodes telles que l’empoisonnement et l’utilisation d’appâts, permettant de tuer « plusieurs lions au cours d’une même opération ».
Par ailleurs, l’étude met en évidence des saisies de grande ampleur qui illustrent l’intégration du commerce des parties de lion, dans des réseaux de trafic multi-espèces : une caractéristique de la criminalité organisée transnationale. En 2023, à Maputo au Mozambique, par exemple, les autorités ont saisi plus de 300 kg de parties de lion, dans une cargaison qui comprenait également « des parties provenant de nombreuses autres espèces sauvages ».
Des usages divers
En Afrique, les peaux sont, selon l’étude, utilisées dans des rites culturels et comme symboles associés au pouvoir, à l’autorité, à la protection ou à la royauté. Les griffes, les dents et les fragments d’os entrent dans la fabrication des amu¬lettes, des talismans et des objets rituels. Les graisses et les huiles sont employées dans certaines pratiques médicinales ou spirituelles traditionnelles.

Les chercheurs documentent cette demande dans de nombreux pays, y compris là où les lions ont presque disparu, comme au Sénégal présenté comme un « pôle de consommation majeure » de parties de lion. Ici, selon l’étude, la population de lions à l’état sauvage est estimée à « environ 35 à 45 individus seulement ». Malgré cette rareté, une forte demande pour certaines parties de lion existe, en particulier pour les peaux. Des enquêtes de marché menées à Dakar, la capitale du pays, montrent la disponibilité des produits issus de lions, souvent vendus de manière ouverte. Selon les estimations des auteurs de l’étude, « l’équivalent de 32 à 169 lions par an » serait nécessaire pour satisfaire la demande domestique au Sénégal. Des analyses génétiques réalisées sur des peaux saisies en 2019, ont révélé qu’elles provenaient du Complexe de la Bénoué, au Cameroun, mettant en évidence l’existence d’un approvisionnement transfrontalier.
Joint par Mongabay, Mohamadou Mody N’diaye, spécialiste de la conservation des lions en service à Panthera, une organisation non gouvernementale internationale de conservation, spécialisée dans la protection des félins sauvages, affirme : « Ce problème est général et très préoccupant. Le trafic est très large. Au Sénégal, par exemple, c’est très facile de se procurer des parties de faune sauvage et particulièrement du lion ».
Pour cet expert sénégalais, n’ayant pas pris part à l’étude, « sans un bon plan de suivi des populations de lions et une protection affinée, ce problème peut perdurer jusqu’à ce qu’on ne voie plus de lions. Dans beaucoup de pays, les peines ne sont pas suffisamment dissuasives contre les braconniers et les trafiquants : elles sont faibles ».
Quant aux auteurs de l’étude, ils recommandent aux institutions, aux décideurs politiques et aux communautés d’agir ensemble plutôt que de manière isolée autour de six axes principaux : le renforcement de la protection sur le terrain, l’implication des communautés locales, une meilleure compréhension des filières de trafic, le démantèlement des réseaux de commerce illégal, le renforcement des cadres juridiques et judiciaires, et la réduction de la demande des parties de lion.
Image de bannière : Un lion au parc national de Hwange, Zimbabwe. Photo Vince O’Sullivan via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
Citation :
Lindsey, P., Nicholson, S. K., Coals, P. G. R., Taylor, W. A., Becker, M., Rademeyer, K., Briers-Louw, W. D., Almeida, J., Chase, M., Dore, A., Henschel, P., Kwiyega, J. L., Loveridge, A., Mandisodza-Chikerema, R. L., Mandinyenya, B., Nampindo, S., Roodbol, M., Whittington-Jones, G., Uiseb, K., Naude, V. N., & Williams, V. L. (2026). Increasing targeted poaching of lions for trade has the potential to pose an existential threat to the species in Africa. Conservation Letters, 19(1), e70014. https://doi.org/10.1111/con4.70014
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