- S'étendant sur six pays d'Afrique centrale et couvrant 228 millions d'hectares (563 millions d'acres), le bassin du Congo est le deuxième plus grand puits de carbone de la planète, avec un stock d’environ 65 gigatonnes de carbone.
- Une étude récente a examiné l'impact de quatre facteurs clés sur le cycle du carbone du bassin du Congo : le changement climatique, les changements d'affectation des terres (dont la déforestation et la dégradation), les modifications de la fixation du carbone par les plantes lorsque les concentrations de carbone atmosphérique sont plus élevées, ainsi que les effets persistants des bouleversements climatiques et anthropiques passés.
- Les stocks de carbone diminuent lorsque les forêts subissent des hausses de température à long terme et une augmentation de la fréquence des sécheresses. La perte et la dégradation des forêts contribuent également à la diminution des stocks de carbone, indique l'étude. Cependant, l'impact des changements durables des précipitations est moins clair, tout comme l'effet de la « fertilisation carbonée ».
- La prise en compte de l'ensemble de ces facteurs (et de leurs interactions) dresse un tableau plus complexe. Les auteurs de l'étude ont souligné la nécessité d’« intensifier les mesures et la surveillance, et de mener davantage d'études observationnelles et de modélisation, afin de comprendre les mécanismes régissant le cycle du carbone et son évolution future ».
Avec l’augmentation des températures moyennes mondiales et les trois dernières années – 2023, 2024 et 2025 – ayant été les plus chaudes jamais enregistrées, la capacité des forêts à stocker le carbone suscite une inquiétude croissante. Une étude récente, portant sur le bassin du Congo, la deuxième plus grande forêt tropicale humide après l’Amazonie, a examiné les facteurs, qui influencent les flux de carbone au sein de cet écosystème, et leur impact sur sa capacité à stocker le carbone atmosphérique.
S’étendant sur six pays d’Afrique centrale et couvrant 228 millions d’hectares (563 millions d’acres), le bassin du Congo comprend une grande diversité d’écosystèmes, des tourbières aux mangroves côtières. Il constitue également le deuxième plus grand puits de carbone de la planète (après le bassin amazonien), avec un stock d’environ 65 gigatonnes de carbone.
« Nous étudions comment le carbone est stocké dans le bassin du Congo et comment il circule au sein des écosystèmes, notamment à travers les flux de carbone – c’est-à-dire l’équilibre entre le carbone absorbé par l’écosystème et celui rejeté dans l’atmosphère », a expliqué Sarah Worden, auteure principale de l’étude et chercheuse postdoctorale à la NASA, à Mongabay par courriel.
Si les scientifiques s’inquiètent de l’impact de la disparition et de la transformation de ces zones forestières sur le changement climatique, il est indéniable que l’évolution du climat affecte également ces écosystèmes. Des chercheurs ont constaté que des conditions de sécheresse extrême ont perturbé le cycle du carbone dans la forêt amazonienne, certaines parties de la forêt agissant comme des sources de carbone pendant quelques mois, en 2023.
« Les forêts du bassin du Congo sont restées un puits de carbone net ces dernières décennies, ce qui signifie qu’elles ont absorbé plus de carbone qu’elles n’en ont rejeté », a précisé Worden.

Leurs recherches ont examiné l’impact de quatre facteurs clés sur le cycle du carbone dans le bassin du Congo : le changement climatique, les changements d’affectation des terres (notamment la déforestation et la dégradation des forêts), les modifications des mécanismes de fixation du carbone par les plantes en fonction de la concentration de carbone atmosphérique, ainsi que les effets persistants des bouleversements climatiques et anthropiques passés.
L’étude, publiée dans la revue Global Change Biology, a passé en revue les recherches disponibles sur les variations de précipitations et de température dans différentes zones de la sous-région et leurs impacts sur les écosystèmes forestiers et le cycle du carbone.
L’équipe a constaté que les stocks de carbone diminuent lorsque les forêts subissent une hausse des températures à long terme et une augmentation de la fréquence des sécheresses. L’étude a également révélé que les variations de précipitations à long terme n’ont pas d’impact significatif sur les réservoirs de carbone.
La perte et la dégradation des forêts, principalement dues à l’agriculture itinérante et à l’exploitation forestière dans le bassin du Congo, épuisent les stocks de carbone, indique l’étude. Les auteurs précisent que les recherches disponibles montrent que les forêts du bassin du Congo attirent l’humidité au-delà du simple stockage de carbone, alimentant ainsi les précipitations dans le bassin et dans les zones situées sous le vent.
Selon les auteurs de l’étude, le bassin du Congo demeure vital pour sa biodiversité, notamment en raison de son stock de carbone et des services écosystémiques qu’il fournit, essentiels aux moyens de subsistance des communautés locales. Cependant, l’assèchement progressif menace le cycle de l’eau lié à la forêt, indispensable à l’hydrologie et aux ressources en eau de la région.
L’augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique due, au réchauffement climatique, peut, dans certains cas, accroître la capacité des plantes à absorber et à stocker davantage de carbone, un phénomène connu sous le nom de « fertilisation carbonée ». Toutefois, une analyse récente a révélé que l’impact de ce processus sur le stockage du carbone à long terme reste incertain.

Les chercheurs ont souligné que ces facteurs n’agissent pas isolément, mais interagissent entre eux ; par exemple, les plantes pourraient absorber davantage de carbone en raison de l’augmentation des niveaux de carbone atmosphérique. Malgré cela, les facteurs de stress climatiques pourraient empêcher la transformation d’une vaste forêt en un puits de carbone plus efficace.
Ces interactions ajoutent une couche d’incertitudes supplémentaires à la quantification des flux et du stockage du carbone.
Les changements climatiques passés et les impacts humains survenus au cours de milliers d’années, affectent également le cycle actuel du carbone dans le bassin du Congo, principalement par le biais des modifications de la structure et du fonctionnement de la végétation. Les auteurs ont examiné des changements majeurs survenus au cours des 5 000 dernières années, comme, par exemple, une nette transition vers des climats plus secs, il y a environ 5 000 à 2 000 ans, ayant accéléré la dégradation des tourbières en République du Congo. Cependant, les scientifiques ne peuvent pas affirmer avec certitude comment ces facteurs hérités du passé influencent le cycle du carbone aujourd’hui.
Denis Sonwa, co-auteur de l’étude et directeur de la recherche, des données et de l’impact pour l’Afrique au World Resources Institute (WRI), a déclaré qu’il existe également des incertitudes, quant à la quantité de carbone présente dans les sols du bassin du Congo.
Il se pose par ailleurs la question des lacunes dans nos connaissances concernant les éléments essentiels composant le bassin. Julius Manyala, chercheur et enseignant à l’Université des sciences et technologies Karamogi Oginga Odinga, au Kenya, souligne la nécessité d’élargir notre champ d’étude au-delà des forêts. « Les lacs du bassin du Congo jouent un rôle crucial dans le cycle du carbone, mais leur importance est parfois sous-estimée », a-t-il déclaré à Mongabay.
« Face aux pressions climatiques et à l’activité humaine, des incertitudes persistent, quant à la trajectoire du cycle du carbone dans le bassin du Congo », a indiqué Worden à Mongabay.
« Nous avons besoin de mesures et d’un suivi accru, ainsi que davantage d’études observationnelles et de modélisation, pour comprendre les facteurs qui régissent ce cycle du carbone et comment il pourrait évoluer à l’avenir, l’écosystème réagissant à diverses perturbations », a-t-elle souligné.
Image de bannière : Vue du bassin du Congo en République centrafricaine. Image de Peter Prokosch via Flickr (CC BY-SA 2.0.).
Citation :
Worden, S., Fu, R., Bloom et al. (2026). Congo Basin Carbon Cycle Responses to Global change. Global Change Biology, 32(1), e70688. https://doi.org/10.1111/gcb.70688
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