- Diverses opérations récentes ont conduit à d’importantes saisies d’ivoire, d’écailles de pangolin et d’autres produits issus d’espèces protégées.
- Pour les experts, une augmentation en nombre des saisies peut refléter à la fois une amélioration des opérations de lutte et un niveau élevé d’activité criminelle.
- Ces experts pensent aussi que la lutte contre le trafic d’espèces sauvages doit dépasser les seules saisies et reposer sur une approche globale incluant le démantèlement des réseaux et le soutien aux communautés locales.
Le service de la faune du Kenya a annoncé le 31 janvier 2026 la saisie de 42 kilogrammes d’ivoire d’éléphant, ainsi que de peaux de léopards et de pythons. Elle a eu lieu lors d’une opération policière qui a abouti à l’arrestation d’au moins trois personnes. Les éléments saisis proviennent d’espèces dont la capture, la détention et la commercialisation sont interdites par le droit kényan et par les conventions internationales auxquelles le Kenya est partie, à l’exemple de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).
Cette intervention ne constitue pas un cas isolé. Le 30 janvier 2026, à Namanga, une localité à la frontière entre le Kenya et la Tanzanie, une autre opération des services d’enquête criminelle kényans a permis la saisie de 20 pièces de défenses d’éléphants, d’un poids total de 110 kg, estimé à 11 millions de shillings kényans, soit environ 71 000 USD. Selon l’agence de presse kenyane qui donne l’information, les services de police ont déclaré que l’ivoire pourrait provenir du Malawi et être lié à un réseau régional structuré.
Le 26 janvier 2026, à Kinshasa, en République démocratique du Congo, une opération de lutte contre le trafic illégal d’espèces sauvages menée par l’Institut congolais pour la conservation de la nature, la police judiciaire congolaise et l’ONG Conserv Congo a conduit à la saisie de 1 054 kilogrammes d’écailles de pangolin ainsi que d’un crâne de lion. Selon les estimations scientifiques citées par Conserv Congo et rapportées par Mongabay, ce volume d’écailles correspondrait à la mise à mort d’environ 2 500 à 3 000 pangolins. Une opération menée entre septembre et octobre 2025 par Interpol a conduit à la saisie de près de 30 000 animaux vivants, ainsi que près de 1 900 pièces d’ivoire et de plus de 7 tonnes d’écailles de pangolins. Cette opération, selon les auteurs, avait mis en évidence une augmentation du commerce illégal de viande d’animaux sauvages provenant notamment des zones tropicales.

Narcisse Kameni est un expert camerounais en biodiversité faunique. Il pense que cette multiplication de saisies indique que les mécanismes de détection, d’enquête et d’interception fonctionnent. « Les saisies d’ivoire, d’écailles de pangolin et de peaux d’espèces protégées supposent l’existence de renseignements, de contrôles ciblés et de capacités opérationnelles suffisantes pour identifier et arrêter des acteurs impliqués dans le trafic. Sans ces dispositifs, ces cargaisons auraient probablement poursuivi leur route vers les marchés de destination », dit-il à Mongabay par téléphone.
Il ajoute que la fréquence et le volume des saisies mettent en évidence la structuration des réseaux de trafic. « Le braconnage et le commerce illégal de produits issus de la faune sauvage reposent sur des chaînes organisées, depuis les zones de prélèvement jusqu’aux circuits d’exportation, avec des acteurs spécialisés à chaque étape. « Lorsque plusieurs saisies surviennent sur une courte période, cela suggère que ces réseaux opèrent de manière continue », ajoute-t-il.
Espèces le plus souvent citées
Les éléphants de savane (Loxodonta africana) et de forêt (Loxodonta cyclotis) sont ciblés par le braconnage principalement pour leurs défenses en ivoire, un produit qui alimente depuis plusieurs décennies un trafic international documenté. Martin Tchamba est l’un des experts camerounais de l’éléphant les plus connus, ayant élaboré des programmes de formation de référence en gouvernance forestière pour plusieurs institutions africaines. Professeur titulaire de biologie de la conservation à l’université de Dschang au Cameroun et chef de département de foresterie dans la même université, il explique à Mongabay que ce commerce illégal a contribué à des déclins marqués des populations, particulièrement chez l’éléphant de forêt, dont l’aire de répartition couvre une grande partie de l’Afrique centrale.

« En raison de l’importance du trafic international d’ivoire, les éléphants d’Afrique font l’objet de dispositifs spécifiques de régulation au sein de la CITES, notamment à travers des mécanismes de suivi du braconnage et du commerce de l’ivoire. Au plan national, plusieurs pays africains ont adopté des plans d’action en lien avec ces engagements », dit-il à Mongabay.
« Les éléphants de forêt d’Afrique sont aujourd’hui estimés à environ 135 690 individus, alors que les estimations précédentes les situaient souvent sous la barre des 100 000. Cette différence ne traduit toutefois pas une augmentation récente de leurs effectifs, mais résulte surtout de méthodes de comptage plus précises et d’une meilleure couverture des zones forestières », ajoute Tchamba.
Les pangolins sont considérés comme les mammifères les plus trafiqués au monde, principalement pour leurs écailles et, dans certaines cultures, pour leur viande. Les huit espèces de pangolins reconnues sont inscrites sur l’annexe I de la CITES, ce qui signifie que le commerce international est interdit sauf dérogations très strictes. La demande, selon les experts, est alimentée par des croyances en des vertus médicinales des écailles, notamment dans certains pays d’Asie, malgré l’absence de preuves scientifiques attestant de leur efficacité thérapeutique. Les peaux et autres parties de grands félins et d’autres animaux sauvages sont également trafiquées, souvent pour des usages culturels, décoratifs ou médicinaux.
Pour faire face au braconnage et au trafic d’espèces, plusieurs États africains ont mis en place différentes mesures telles que le renforcement des lois, la coopération internationale, les contrôles et saisies. Pour Kameni, la réponse au trafic d’espèces ne peut pas se limiter à multiplier les opérations et les saisies. « Il faut s’attaquer aux réseaux organisés et à leurs financements, renforcer les poursuites judiciaires et réduire la demande internationale qui rend ce commerce rentable. À plus long terme, l’efficacité de la lutte dépend aussi du soutien aux communautés locales, de la coopération transfrontalière et de la capacité à mesurer les progrès non pas au nombre de saisies, mais à la baisse durable du braconnage et des flux illégaux », dit-il.
Image de bannière : Des employés du parc national de Garamba en RDC examinent la carcasse d’un éléphant braconné. Image Nuria Ortega/African Parks Network via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
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