- Plusieurs cas de vautours, tués par empoisonnement, ont été documentés au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, ou encore au Cameroun, ces derniers mois.
- Les scientifiques présentent le Bénin et le Nigeria comme des destinations privilégiées du trafic de ces rapaces pour des rites magico-religieux.
- Au Tchad, l’ONG Sahara Conservation déploie un système de surveillance et de suivi GPS, pour assurer la protection des vautours.
- La plupart des vautours qu’on retrouve en Afrique sont classés en danger critique d’extinction, sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).
Sous le soleil brûlant de Dori, à environ 250 kilomètres de Ouagadougou, au nord-est du Burkina Faso, un après-midi de janvier 2026, les cadavres d’une vingtaine de vautours charognards (Necrosyrtes monachus) jonchent le sol. Ils ont été retrouvés morts, victimes d’un empoisonnement volontaire, a déclaré Dramane Fogo, Directeur régional de l’Environnement du Sahel, aux médias locaux.
Au cours du même mois de janvier, dans la partie septentrionale du Cameroun, une zone caractérisée par un climat tropical sahélien, une cinquantaine de vautours africains à dos blanc (Gyps africanus) ont également été retrouvés morts sur le site d’un projet minier. L’enquête administrative, ouverte à cet effet, a conclu à un empoisonnement de ces oiseaux pour alimenter un réseau local de trafics pour des pratiques magico-religieuses.
Durant l’année 2025, au Tchad, l’ONG Sahara Conservation a recensé jusqu’à 111 vautours tués également par empoisonnement, la plupart avec des têtes sectionnées. « Le fait que la plupart des têtes (106 sur 111 carcasses retrouvées) aient été sectionnées laisse à penser qu’il s’agit de cas d’empoisonnement pour une utilisation dans des pratiques traditionnelles, étant donné qu’il s’agit d’une partie très prisée d’après les informations collectées sur le terrain », a dit Violeta Barrios, Directrice des opérations au sein de cette ONG, par courriel à Mongabay.
Empoisonnement et fétichisme
Ces découvertes de macchabés de vautours, aussi bien en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique centrale, dans des aires géographiques bien distinctes, ne sont peut-être pas étroitement liées, mais elles révèlent un mode opératoire et une finalité quasi-identiques : l’empoisonnement à des fins de fétichisme.
L’ornithologue camerounaise, Irène Blondelle Kenfack, chercheure affiliée à l’université de Dschang, à l’ouest du Cameroun, explique à Mongabay au téléphone que « l’empoisonnement est la principale menace (contre les vautours) ». « Il peut être accidentel, mais il est le plus souvent intentionnel pour des raisons variées. Le fétichisme et les croyances traditionnelles alimentent fortement les cas d’empoisonnement intentionnel observés », ajoute-t-elle.

Pour comprendre l’ampleur du massacre des vautours au Burkina Faso, Mongabay est allé à la rencontre de l’enseignant-chercheur Clément Daboné du Laboratoire de biologie et d’écologie animale de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, la capitale burkinabè. Depuis 2013, il a participé à diverses enquêtes sur les menaces qui pèsent sur les vautours. L’une d’elles, menée dans 44 localités du pays et publiée en juillet 2022, dans la revue Bird Conservation International, montre une situation très préoccupante pour les vautours, victimes d’empoisonnement massif à travers le pays.
L’étude intitulée « Commerce de parties de vautours en Afrique de l’Ouest : le Burkina Faso pourrait être l’une des principales sources de carcasses de vautours », révèle qu’entre 2010 et 2016, au moins 879 vautours ont été tués dans le pays. Elle indique que « 96 % des vautours sont tués lors d’empoisonnement intentionnel », avec un déclin plus prononcé des vautours charognards vivant près des habitations humaines.
« Les vautours sont une espèce emblématique pour le Burkina Faso. Mais, on a constaté qu’ils ont commencé à disparaitre de la ville, des marchés et des lieux publics où on les retrouve », a dit Daboné.
Ce dernier souligne que les vautours, tués au Burkina Faso, sont généralement destinés à l’exportation vers d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest, précisément le Nigéria et le Bénin, où la demande est plus croissante.
« Lors de nos recherches, nous avons vu que dans la grande majorité des cas où les vautours sont empoisonnés intentionnellement au Burkina Faso pour le trafic, ce sont des ressortissants des pays comme le Bénin et le Nigéria qui s’entendent avec la population locale à qui ils proposent certaines sommes d’argent », explique-t-il.
Bénin, épicentre du trafic des vautours ?
Une étude publiée en mai 2025, dans la revue Bird Conservation International, souligne qu’au Bénin, les vautours charognards sont commercialisés librement dans plusieurs marchés dans le sud du pays. Cette étude, menée durant quatre mois dans neuf des douze marchés identifiés, a permis de recenser 522 vautours à tête blanche exposés sur les étals dans les marchés, qu’ils soient vivants ou morts. Un quart des vautours à capuchon proposés sur les marchés de vente de produits pour fétiches provenaient du Bénin et près de 60 % provenaient du Ghana, du Burkina Faso, du Nigéria et du Niger. Un plus petit nombre de vautours mis en vente était importés du Cameroun ou de la Côte d’Ivoire.
« Le Bénin est le lieu de destination des vautours. Des Béninois s’approvisionnent dans des pays comme le Burkina Faso, le Nigéria, le Togo. Ces pays jouent un rôle de fournisseur et le Bénin, avec ses marchés, joue le rôle de consommateur », souligne Abiola Sylvestre Chaffra, l’un des co-auteurs de l’étude publiée, en mai 2025, dans Bird Conservation International, joint par Mongabay au téléphone.
Selon l’étude, le Nigéria est également l’une des destinations privilégiées des carcasses de vautours en Afrique de l’Ouest. En décembre 2011, à Bogandé, une ville de l’Est du Burkina Faso, un réseau de trafiquants a été arrêté en possession de 71 vautours à capuchon morts, destinés à l’exportation vers le Nigéria. La même étude renseigne qu’au Bénin, les vautours sont utilisés dans des rituels « vodun », et que les adeptes de ce rite magico-religieux croient que la consommation régulière de la viande de vautour rend invulnérable aux pratiques de la sorcellerie, et que les prescriptions incluant des vautours promettent des bienfaits, tels que gagner à la loterie ou réussir dans les affaires ou en politique.

D’après l’ornithologue burkinabè, Mohamed Moulma, en service au sein de l’ONG Naturama, spécialisée dans la protection de la faune, « le vautour charognard est très apprécié des tradipraticiens. Ils en tirent d’importants revenus et sont prêts à tout pour l’acquérir ».
La disparition des vautours, classés en danger critique d’extinction sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), ne menace pas seulement la biodiversité. Ces oiseaux jouent un rôle écologique essentiel de nettoyeurs de la nature en consommant les carcasses d’animaux morts. Leur disparition pourrait favoriser des risques de propagation de zoonoses, dit Daboné.
« Le vautour est un agent qui assainit gratuitement notre environnement. Il permet de limiter la propagation de certaines maladies. Lorsqu’un animal malade meurt, sa carcasse peut contenir des bactéries et des virus qui se propagent dans l’environnement. Grâce aux vautours, la carcasse est rapidement éliminée, souvent en deux jours, ce qui réduit fortement la diffusion des maladies », précise-t-il.
Au Tchad, l’ONG Sahara Conservation s’investit depuis 2023, avec la Direction de la faune et des aires protégées du ministère tchadien de l’Environnement, dans un programme de suivi des vautours au sein de la Réserve de faune de Ouadi Rimé-Ouadi Achim, la plus vaste aire protégée située au centre du pays. Il consiste à équiper les vautours d’émetteurs GPS pour pouvoir identifier les menaces auxquelles ils font face, afin de mieux orienter les priorités de conservation.
En 2026, cette ONG prévoit de renforcer le suivi en étendant le monitoring des populations de vautours, à travers le déploiement de nouvelles balises GPS, dans le but d’une détection plus rapide des mortalités et une meilleure identification des zones à risque. Aussi, la sensibilisation des communautés locales et des acteurs concernés permettra de renforcer la connaissance des vautours au niveau de la population, de réduire les pratiques à risque (comme l’empoisonnement et le commerce illégal) et d’encourager le signalement des incidents.
Image de bannière : Des carcasses de vautours exposées dans un marché de fétiche au Bénin, et photographiées lors d’une étude publiée dans la revue scientifique Bird Conservation International sur le commerce illégal de vautours à capuchon. Image fournie par Abiola Sylvestre Chaffra, avec son aimable autorisation.
Citation :
Chaffra, A. S., Arcilla, N., Yabi, B.F. Et al. Conservation implications of the illegal trade in Hooded Vultures Necrosyrtes monachus for belief-based use in Benin, West Africa. Bird Conservation International. 2025 ; 35 : e14. doi:10.1017/S0959270925000073
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