- De nouvelles mesures visant à renforcer la protection de l’environnement sont contenues dans la loi de finances 2026 du Cameroun. Celles-ci prennent effet dès janvier 2026.
- Ces mesures intègrent notamment une taxe environnementale sur les produits à forte empreinte écologique et l’instauration d’un certificat d’inspection, pour les navires de pêche industrielle.
- Les recettes de l’État pourraient être boostées la protection de l’environnement renforcée. Mais, le consommateur pourrait également affronter une augmentation du prix des produits touchés par ces taxes.
Le 8 décembre 2025, le Cameroun a adopté sa loi de finances pour l’exercice 2026. A l’instar des précédentes, ces nouvelles lignes définissant les ressources et les charges de l’Etat camerounais, pour la nouvelle année, contiennent de nombreuses mesures environnementales. Elles ont, pour objectif principal, le renforcement de la protection de l’environnement et l’élargissement de l’assiette fiscale.
Ce nouveau texte législatif prévoit, entre autres, l’abattement de la Redevance forestière annuelle (RFA) à hauteur de 25 %, pour les entreprises titulaires de titres d’exploitation forestière en cours de validité.
Et pour les entreprises qui, en plus de ce titre d’exploitation, justifient d’une certification en gestion durable des forêts, une réduction de 35 % est accordée. « Si en 2025, les entreprises forestières paient par exemple 100 000 USD par an, pour exploiter un espace forestier, l’abattement de 25 % est appliqué en 2026. Ceci signifie que ces entreprises paieront désormais 75 000 USD pour le premier groupe [les titulaires d’un titre d’exploitation forestière en cours de validité, Ndlr] et 65 000 USD pour le deuxième groupe [les titulaires d’un titre d’exploitation forestière en cours de validité et d’une certification en gestion durable des forêts, Ndlr]», explique Dr Erick Deffo, enseignant d’économie à l’université de Yaoundé 2.
Une autre mesure environnementale contenue dans cette loi de finances 2026 est l’instauration d’une taxe environnementale sur les produits à forte empreinte écologique. Il s’agit du ciment, du fer à béton, ces carreaux et céramiques, des emballages non retournables et des produits en plastique. L’Etat camerounais entend également initier un certificat d’inspection pour les navires de pêche industrielle.

Un abattement de la RFA pour promouvoir une gestion durable des forêts
Les nouvelles mesures environnementales prises par le gouvernement camerounais, dans la loi de finances 2026, visent à promouvoir la gestion durable des ressources naturelles et la protection de l’environnement.
L’abattement de la Redevance forestière annuelle devrait, selon cette loi, « inciter les entreprises à adopter des pratiques forestières durables ». Un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), intitulé « Evaluation à mi-parcours du projet Gestion durable des forêts placées sous l’autorité des communes camerounaises », publié en 2020, indique que « les pratiques forestières durables visent à gérer les forêts de manière à préserver leur intégrité écologique, tout en répondant aux besoins économiques et sociaux des communautés locales ». Ceci fait appel à la gestion sélective des arbres, au reboisement et la régénération, à la protection des zones sensibles et à une bonne gestion des déchets et des résidus entre autres.
Or, au Cameroun, les entreprises d’exploitation forestière semblent ne pas respecter ces recommandations. Selon un rapport de la Banque mondiale, le Cameroun a perdu 1,2 million d’hectares de forêts entre 2001 et 2021, conséquence d’une surexploitation forestière par les entreprises du bois.
Pire, le même rapport indique que très peu parmi ces entreprises s’investissent dans le reboisement et la gestion sélective des arbres. De son côté, l’Etat du Cameroun, dans les lois de finances précédentes, notamment celles de 2021 et 2022, a instauré des réglementations pour encadrer l’exploitation forestière, afin de corriger ce déséquilibre existant entre l’exploitation et la régénération.
Pour ce faire, il a notamment institué la certification forestière et la création des plans d’aménagement à travers la Loi N° 2011/008 du 6 mai 2011.
Cependant, ces mesures semblent ne pas porter leurs fruits, au regard des différents rapports alarmants, produits par la Banque mondiale et d’autres organisations comme l’Institut national de la statistique (INS).
Cette dernière, dans un rapport de 2021 sur la production forestière au Cameroun, indique que cette exploitation est sur une courbe ascendante chaque année ; elle souligne par ailleurs la nécessité d’une gestion plus durable des forêts.
Cette nouvelle mesure, entrant en vigueur dès 2026, devrait renforcer la gestion durable des forêts au Cameroun. « Une taxe élevée peut inciter les entreprises à augmenter leur production pour compenser la perte des revenus. Les forêts sont donc susceptibles d’être surexploitées, avec les conséquences négatives que cela pourrait avoir sur l’environnement et la biodiversité. Par contre, une réduction de la RFA pourrait amener ces entreprises, et c’est le souhait de l’Etat, à faire plus de bénéfices et à investir davantage dans la gestion durable des forêts, à travers des initiatives telles que le reboisement », explique Dr Erick Deffo.
Un pas vers la réduction des émissions de CO2
Dans la loi de finances 2026, une nouvelle taxe environnementale est aussi prévue. Même si les montants et les mécanismes d’application ne sont pour l’instant pas connus, le texte législatif indique qu’elle concerne les produits à forte empreinte écologique cités plus haut. Cette taxe entre en droite ligne avec la volonté du gouvernement camerounais de réduire ses émissions de carbone de 32 % d’ici à 2030.
En effet, ces produits contribuent significativement aux émissions de CO2, ce qui accélère le changement climatique. En 2023, selon la Banque mondiale, le Cameroun a émis 10,756 mégatonnes de CO2, soit 0,38 tonnes par habitant.

Ce chiffre n’est certes pas supérieur au seuil fixé par l’Organisation des Nations unies, qui recommande de réduire les émissions de CO2 à deux tonnes par habitant d’ici à 2050.
Toutefois, l’Etat camerounais semble conscient de la hausse du chiffre enregistrée depuis quelques années dans le pays. Ainsi, il est question, à travers cette nouvelle taxe, d’« inciter les entreprises à adopter des technologies plus propres et des processus de production plus respectueux de l’environnement (…) les recettes de la taxe pourraient aussi être utilisées pour financer des projets de protection de l’environnement et de développement durable », explique Claude Paul Tjeg, journaliste et rédacteur en chef du journal privé camerounais « Défis Actuels ».
Quant à l’instauration d’un certificat d’inspection pour les navires de pêche industrielle, il est question, selon la loi de finances 2026, de « renforcer la transparence et la traçabilité dans le secteur de la pêche ».
Un rapport de la FAO indique que le Cameroun a perdu 20 % de ses ressources halieutiques entre 2000 et 2020, en raison de la surexploitation et de la pêche illicite encouragées par l’absence d’un contrôle efficace dans le secteur.
Toutefois, même si cette mesure est saluée par certains, Bernard Eloundou, expert des politiques publiques en service au ministère des Petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, pense qu’elle n’est pas assez forte.
Pour lui, il faudrait des mesures plus radicales, notamment la « multiplication des aires marines protégées et le renforcement de la lutte contre la corruption liée à la délivrance des licences d’exploitation aux navires de pêche qui ne sont souvent pas en règle ».
La protection de l’environnement: à quel prix pour les consommateurs ?
Les mesures environnementales contenues dans la loi de finances 2026 du Cameroun ont pour objectif de renforcer la protection de l’environnement, mais aussi d’élargir l’assiette fiscale de l’Etat. Des conséquences pourraient s’ensuivre pour les consommateurs, notamment pour ce qui est de l’élargissement de l’assiette fiscale. « Il est évident que l’instauration des taxes va augmenter les recettes de l’État. Mais, les entreprises concernées pourraient aussi être motivées à augmenter le coût de leurs produits. Les navires de pêche industrielle seront appelés à dépenser un peu plus désormais, car le certificat d’inspection coûtera un million de francs CFA (1 800 USD). Le prix du poisson pourrait donc aussi augmenter, et c’est le consommateur qui en paiera les frais. Il en est de même pour la taxe sur les produits à forte empreinte écologique, qui pourrait conduire vers une hausse du prix des produits concernés. Les entreprises verront leurs coûts de production augmenter et elles voudront sans doute récupérer ces pertes quelque part », explique Claude Paul Tjeg.
Pour rappel, entre 2018 et 2023, de nombreuses taxes ont été instaurées ou modifiées au Cameroun. Il s’agit notamment de la taxe spéciale sur les produits pétroliers appliquée sur l’essence et le gazole, la taxe sur la valeur ajoutée des biens et services ou encore l’Impôt général synthétique (IGS) appliqué aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions de francs CFA (90 000 USD). Ces différentes taxes ont contribué à l’inflation, celle-ci ayant atteint un chiffre record de 7,3 % en janvier 2023, selon l’INS.
Ces nouvelles mesures viennent renforcer la lutte contre les atteintes à l’environnement avec des entrées pour l’Etat. Mais les consommateurs des produits concernés pourraient également en payer le prix fort.
Image de bannière : Grumier embourbée dans la forêt d’Eseka dans le Littoral pendant la saison des pluies. Image de Photokadaffi via Wikimedia Commons.
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.