Nouvelles de l'environnement

Rwanda : Les avocatiers au service du marché du carbone

  • Les marchés du carbone représentent des mécanismes économiques essentiels conçus pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
  • Le Rwanda prévoit une plantation de 63 millions d’arbres dont des avocatiers, pour pouvoir vendre des crédits carbone sur le marché du carbone.
  • Les crédits carbone en Afrique restent moins chers à l'achat pour cause de réglementations insuffisantes et de politiques laxistes.

Aaron Makuba, propriétaire d’un vaste verger situé dans le district de Rwamagana, à l’Est du Rwanda, a décidé de tourner le dos à sa longue carrière politique, au profit de la culture de l’avocatier.

Bien que l’avocatier reste prisé pour sa rentabilité économique dans cette partie du Rwanda, la plupart des agriculteurs se plaignent de l’absence des systèmes appropriés pour le stockage, des moyens limités de transport, ainsi que de la faible chaîne du froid essentielle à l’expédition des produits périssables sur le marché.

«Les conditions climatiques ont fait que les produits agricoles, en particulier les avocats frais, étaient toujours périssables lors de leur exportation », affirme cet ancien ministre rwandais de l’Agriculture reconverti depuis 2015 en fermier.

Face aux effets du changement climatique menaçant la production d’avocats, avec des répercussions majeures sur les revenus des agriculteurs, les autorités rwandaises cherchent à mobiliser les agriculteurs dans ce secteur pour investir dans les crédits carbone et son marché au Rwanda.

« Le marché de carbone peut, sur le long terme, aider financièrement les agriculteurs ayant du mal à se tourner vers l’agriculture régénératrice et maximiser leur revenu », affirme Makuba.

Le Rwanda s’est engagé dans les mécanismes du marché du carbone et mise sur ses plantations d’avocatiers. Image de Aimable Twahirwa.

Bénéficiaires directs du marché carbone

Le Rwanda, à travers son Cadre national pour le marché du carbone, lancé en 2023, s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Les producteurs d’avocats figurent ainsi parmi les bénéficiaires directs du marché carbone, un mécanisme global finançant les projets de remédiation au changement climatique.

Dans la phase initiale de cette initiative, au moins 100 000 avocatiers ont été plantés à travers le pays, notamment dans sa partie Est. La campagne concerne principalement le financement des pépinières d’avocatiers et vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

«L’avocatier se présente comme une solution incontournable pour promouvoir une économie verte et responsable», explique Jean Pierre Nizeyimana, responsable de l’Unité chargée de carbone, au ministère rwandais de l’Environnement.

Dans l’ensemble, différentes catégories de projets de crédits carbone, y compris notamment l’afforestation, figurent parmi les initiatives prioritaires pour lesquelles le Rwanda ambitionne de planter 63 millions d’arbres d’ici à 2030.

Au titre de cette campagne nationale de reforestation, au moins 34.2 millions d’arbres sont en cours de plantation, dans des systèmes agroforestiers, là où les avocats sont cultivés, avec d’autres arbres et cultures, en vue d’améliorer la biodiversité et réduire l’érosion des sols.

Des preuves scientifiques démontrent que les avocatiers captent également du carbone, soutenant ainsi les efforts en faveur de l’environnement. Image de Aimable Twahirwa.

Financer la restauration des terres dégradées

Les crédits d’émission de carbone soutiennent les activités comme la création de pépinières d’avocatiers réduisant ou absorbant les émissions de carbone dans l’atmosphère. « Le secteur agricole et forestier, en tant qu’émetteur et capteur de gaz à effet de serre, est au cœur de la stratégie nationale bas carbone », confie Nizeyimana à Mongabay.

Selon lui, ces pratiques agricoles augmentant le stock de carbone des sols, comprennent notamment l’intégration des avocatiers dans les systèmes agroforestiers pour améliorer la santé des sols, la conservation de l’eau grâce au paillage et à une irrigation efficace, l’utilisation d’engrais organiques pour stimuler la séquestration du carbone et la sélection de variétés tolérantes à la sécheresse ou à haut rendement.

D’après les projections officielles, les crédits carbone, unités représentant une tonne de CO2 évitée ou capturée grâce à des projets climatiques, dont celui visant la plantation des avocatiers, pourraient financer la restauration des terres dégradées d’ici à 2030 au Rwanda.

Un crédit carbone équivaut à une tonne de gaz carbonique évitée ou séquestrée. Par exemple, un projet de plantation d’avocatiers qui permettra de séquestrer 10000 tonnes de CO2, pourrait donner lieu à l’attribution de 10000 crédits carbone s’il respecte les critères nécessaires de certification.

La Stratégie nationale et le Plan d’action agroforestiers (2018-2027), mis en œuvre par le gouvernement rwandais et ses partenaires, se focalisent essentiellement sur la promotion des pratiques susceptibles de contribuer à la sécurité alimentaire t à la lutte contre le changement climatique.

Dans sa phase de mise en œuvre, la priorité est accordée notamment aux avocatiers connus pour leur plus grande longévité et leur capacité de séquestration du carbone, reposant notamment sur l’augmentation de la matière organique dans les sols.

Puisque l’agriculture représente 70 % des émissions de gaz à effet de serre au Rwanda, les producteurs d’avocats sont encouragés, par le gouvernement et ses partenaires, à cultiver des avocatiers, contribuant ainsi à la séquestration du carbone et à l’atténuation des effets du changement climatique.

S’agissant du marché du carbone, 19 projets en cours, dont 13 initiatives, se focalisent notamment sur la plantation des arbres.

Bernardin Bavuge, expert Environnement et changement climatique pour l’Autorité rwandais de gestion de l’environnement, estime que la plantation des avocatiers pour le marché de carbone sera, non seulement bénéfique pour les agriculteurs, mais que cette mobilisation permettra aussi au pays de réaliser une réduction de 38 % de ses émissions de gaz à effet de serre, d’ici à 2030.

D’ici à 2028, le Rwanda s’est fixé un objectif de planter au moins 240 000 plants d’avocatiers sur 800 hectares, une culture rentable économiquement. Image de Aimable Twahirwa.

Politiques laxistes

Pour atteindre cet objectif, le Rwanda nécessite un financement de 11 milliards USD, ce qui lui permettra d’assurer sa transition écologique.

« Le marché du carbone agricole reste un outil indispensable pour atteindre ces objectifs climatiques ambitieux», dit Bernardin Bavuge à Mongabay.

L’article 6 de l’Accord de Paris régissant les marchés du carbone accorde aux pays le droit d’émettre du dioxyde de carbone à un prix convenu par tonne, mais l’un des principaux défis auxquels sont confrontés la plupart des pays africains, dont le Rwanda, est le manque de stratégies appropriées pour tirer profit de ces marchés.

Le Rwanda, l’un des pays qui s’est déclaré prêt à participer aux marchés volontaires du carbone, a identifié certains secteurs clés, où des projets de réduction des émissions de carbone pourraient être conçus, pour vendre des crédits. Les autorités mettent un accent particulier sur le secteur agricole, ainsi que sur celui des énergies renouvelables.

Toutefois, certains experts en marché du carbone, soulignent que de tels projets et programmes doivent avoir une certification appropriée, afin d’éviter la vente double d’un même crédit carbone.

Mahua Acharya, ancienne directrice générale de C-Quest Capital (CQC), l’une des principales sociétés mondiales de financement carbone, déplore que les crédits carbone en Afrique restent moins chers à l’achat, pour cause de réglementations insuffisantes et de politiques laxistes.

« Tout repose sur la mise en place d’un modèle économique adéquat (…) la capacité des gouvernements africains est essentielle pour disposer des informations pertinentes et investir dans des modèles économiques locaux », confie-t-elle à Mongabay.

Image de bannière : Des preuves scientifiques démontrent que les avocatiers captent également du carbone, soutenant ainsi les efforts en faveur de l’environnement. Image de Aimable Twahirwa.

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