- Les violences armées se poursuivent dans la partie Est de la RDC en dépit des efforts diplomatiques pour faire taire les armes.
- De nombreux analystes craignent que la guerre ne s’étende à d’autres régions du pays, mettant à mal les efforts de préservation de l’environnement.
- Selon les autorités congolaises et certains experts, les conflits armés en RDC, notamment dans l'Est, ne sont pas sans conséquences dévastatrices sur l’environnement, entraînant une déforestation massive, la pollution des sols et des eaux par les mines non régulées, ainsi que la destruction des écosystèmes vulnérables.
Le 8 décembre 2025, les combattants du groupe armé M23 ont pris le contrôle de la cité stratégique de Uvira, à la frontière entre la République démocratique du Congo et le Burundi.
La perte du contrôle de Uvira a constitué, non seulement un sérieux revers militaire pour Kinshasa, mais aussi une défaite stratégique, car Uvira constituait une forteresse pour l’armée congolaise qui s’y était repliée après les batailles de Goma et de Bukavu, début 2025.
D’après un des responsables des organisations de la société civile de Uvira ayant requis l’anonymat, c’est à partir de Bujumbura, juste de l’autre côté de la frontière, que transitait toute la logistique militaire destinée à l’armée congolaise, dans la guerre contre les rebelles du groupe politico-militaire AFC-M23.
Aussi, explique au téléphone à Mongabay la même source, la prise de Uvira rend difficile la traversée des militaires burundais, qui combattent aux côtés des forces armées de la RDC contre l’AFC-M23.
Dans un communiqué publié le 31 décembre 2025, les autorités congolaises ont dénoncé « l’occupation et l’extension territoriales rwandaises dans l’Est de la RDC ». « Ces actes constituent une agression manifeste contre la souveraineté nationale, une violation grave et répétée du droit international, ainsi qu’un mépris assumé des engagements régionaux et internationaux », a fustigé le gouvernement congolais.
Des accusations balayées du revers de la main par l’AFC-M23, qui accuse Kinshasa de jouer le « pyromane » en violant « délibérément » tous les engagements de paix qu’il a signés.

La conquête de Uvira risque d’aggraver le conflit en dépit des accords de paix déjà signés entre Kinshasa et Kigali d’une part, et entre Kinshasa et le M23 d’autre part, d’autant plus que ce territoire longe le lac Tanganyika et donne directement accès à la province du Tanganyika, dans l’ancienne grande province du Katanga, une région au sol et au sous-sol riches, à en croire de nombreux analystes.
Alors que les affrontements sont proches de la province du Tanganyika, les activistes écologistes dans la région appellent à une solution rapide du conflit.
Ils craignent les conséquences « incalculables », que cela peut engendrer, quant à l’avenir de l’environnement. « Lorsqu’il y a la guerre, il y a exploitation illégale des nos minerais. Il n’y a pas l’ordre du gouvernement pour réguler le travail des exploitants miniers. Sur le plan environnemental, nous craignons que l’exploitation anarchique des minerais ne puisse contribuer à la pollution et mettre en péril les écosystèmes », souligne au téléphone à Mongabay, Chirac Issa, défenseur de l’environnement basé dans la province du Tanganyika.
Conséquences « incalculables »
Ladislas Witanene Milenge, activiste écologiste, craint que l’intensification des combats jusque dans la province du Tanganyika ne mette en péril l’avenir de la diversité biologique de la région. « La contamination des sols agricoles dans l’Est de la RDC demeure une question trop souvent oubliée, alors que même les séquelles des conflits armés ne se limitent pas aux pertes en vies humaines, ni aux destructions matérielles », dit-il, attirant l’attention de l’opinion sur les conséquences, selon lui, néfastes.
« Il y a risque que les minutions abandonnées, les explosifs non détonnés et les résidus chimiques contaminent les terres agricoles, les cours d’eau et les écosystèmes », ajoute-t-il.

La province du Tanganyika fait partie des régions de la RDC riches en ressources aquatiques, terrestres et minérales, ainsi que des forêts.
Milenge prévient que ce conflit qu’on néglige risque de mettre la RDC dans une situation « incontrôlable » à l’avenir.
« Les sols fertiles deviennent des zones de mort silencieuse, où chaque pas peut révéler un éclat de bombe enfoui ou une mine prête à exploser. Les bombardements laissent derrière eux une terre brûlée, saturée de métaux lourds, de phosphore blanc et de produits chimiques issus des armes », souligne-t-il.
Selon lui, il y a risque que ces substances s’infiltrent dans les nappes phréatiques, contaminent l’air et l’eau et s’accumulent dans les cultures vivrières dans de nombreuses régions, y compris celles du Tanganyika.
« Les conséquences peuvent être multiples et interconnectées : baisse de la fertilité des sols, destruction des écosystèmes, insécurité alimentaire chronique et risques sanitaires graves pour les communautés locales et les peuples autochtones », dit Milenge.
Chirac Issa, acteur de la société civile dans le Tanganyika, fait observer que même en situation normale, les forêts du Tanganyika connaissent une « pression énorme » comme l’atteste une étude de Global Forest Watch, qui indique qu’entre 2021 et 2024, 99 % de la perte de couverture arborée dans le Tanganyika s’est produite dans la forêt naturelle.
« Les agriculteurs qui dépendent directement de la terre pour nourrir leurs familles se retrouveront piégés dans ce cercle vicieux : abandon des champs par peur des mines, diminution des récoltes, aggravation de la pauvreté et insécurité alimentaire croissante », conclut Milenge, qui propose l’introduction des pratiques de la bioremédiation et de l’agroécologie dans les zones affectées par les combats.
Image de bannière : Sérieuses menaces sur ce splendide paysage de la réserve de Nkayamba aux abords du lac Tanganyika en cas d’extension du conflit en RDC. Image de Ntahonsigaye via Wikimedia commons.
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