- Quarante-trois vautours africains à dos blanc, une espèce intégralement protégée et en danger critique d’extinction, ont été découverts morts sur un site d’exploitation de bauxite dans le septentrion du Cameroun.
- L’entreprise minière en charge du site déclare ne disposer d’aucune information sur les causes, ni sur les circonstances de ces décès massifs.
Des carcasses de 43 vautours africains à dos blanc et d’un âne sauvage ont été découvertes, le 6 janvier 2025, sur le site du projet d’exploitation de la bauxite, à Martap, dans le septentrion du Cameroun.
Le ministre camerounais des Forêts et de la faune, Jules Doret Ndongo, a confirmé cette découverte dans un communiqué rendu public, le 9 janvier 2025, et a instruit ses services compétents, quant à « l’incinération de ces dépouilles dont les causes de décès restent encore inconnues », selon le même communiqué.
L’objectif étant de prévenir toute propagation éventuelle de zoonoses, les maladies animales transmissibles aux êtres humains. Mongabay a appris qu’une enquête a été ouverte par les autorités locales, afin de faire la lumière sur les faits. L’administration de la faune qualifie la situation de « désastre écologique ».
Le projet minier devrait entrer en phase d’exploitation dès février 2026. La société Cameroon mining and alumina company (CAMALCO), filiale de la junior-minière australienne Canyon Resources, est chargée de l’exploitation, pendant 20 ans, du gisement minier de Minim-Martap, dont les réserves globales sont évaluées à un milliard de tonnes de bauxite d’une teneur de 51 % en alumine et de 2,4 % en silice.
Mongabay a adressé un mail à Canyon Resources, qui, à travers sa filiale CAMALCO, affirme n’avoir pas d’informations sur les causes et les circonstances de ces décès. « Les autorités locales enquêtent sur cette découverte. À ce jour, nous n’avons trouvé aucune information établissant un lien entre les activités de Minin-Martap ou le personnel de CAMALCO et la mort d’animaux sauvages », a dit la société par courriel.

Des soupçons d’empoisonnement
L’enquête en cours aurait déjà permis l’interpellation et le placement en garde à vue de deux individus suspectés d’être à l’origine de la mort des vautours, avec la complicité de commanditaires dans la région, a appris Mongabay auprès d’une source impliquée dans l’enquête, jointe au téléphone.
Selon l’ornithologue camerounaise Irène Blondelle Kenfack, chercheure affiliée à l’université de Dschang, à l’ouest du Cameroun, les vautours africains à dos blanc jouent un rôle écologique très important pour la biodiversité, notamment dans « l’élimination des carcasses d’animaux, ce qui contribue à limiter la propagation des maladies, afin de maintenir l’équilibre des écosystèmes ».
Au sujet des menaces qui pèsent sur les vautours africains, elle ajoute que « l’empoisonnement est la principale menace. Il peut être accidentel, mais il est le plus souvent intentionnel pour des raisons variées. Le fétichisme et les croyances traditionnelles alimentent fortement les cas d’empoisonnement intentionnel observés ».
Irène Blondelle Kenfack indique par ailleurs que les autres menaces pesant sur l’existence des vautours africains concernent la destruction de leur habitat et la rareté des ressources pour leur alimentation.
Les vautours africains à dos blanc sont une espèce intégralement protégée et classée en annexe I de la Convention internationale sur le commerce des espèces de flore et de faune menacées d’extinction (CITES).
Au Cameroun, on les retrouve principalement dans les régions septentrionales de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, mais aussi dans le Nord-Ouest du pays.
Image de bannière : Les carcasses de vautours africains retrouvés sur le site de la bauxite à Martap. Image reçue d’une source à Martap et publiée avec son autorisation.