- Une nouvelle espèce de musaraigne a été découverte en Éthiopie. Ses caractéristiques morphologiques font d’elle l’un des plus petits mammifères jamais recensés.
- Les scientifiques estiment que cette découverte va permettre de mieux documenter la biodiversité, de comprendre l’évolution des espèces et d’améliorer l’étude des maladies transmises aux humains par les animaux.
Une minuscule nouvelle musaraigne, découverte en Éthiopie, figure désormais parmi les plus petits mammifères au monde. Evan Craig, chercheur à l’université de Massachusetts Boston, aux États-Unis, l’un des scientifiques ayant participé à la description de l’espèce, a confirmé cette découverte, le 16 janvier 2026, à Mongabay, au cours d’un entretien.
Nommée Crocidura stanleyi en hommage à Bill Stanley, mammalogiste américain décédé, dont les travaux ont contribué à la connaissance de petits mammifères africains, la nouvelle espèce pèse environ 3 grammes, soit l’équivalent d’un morceau de sucre. Ce qui n’est pas le cas de la musaraigne précédemment connue.
Petit mammifère insectivore appartenant à la famille des Soricidés, la musaraigne commune ressemble plutôt à une souris, sans être pour autant un rongeur. Elle pèse en général entre 5 et 15 grammes, et mesure le plus souvent plus de 7 centimètres avec une queue proportionnelle au corps.
La nouvelle espèce, quant à elle, mesure 5 centimètres de long, auxquels s’ajoutent une courte queue poilue d’environ 3 centimètres et une tête légèrement aplatie, d’après la description faite par l’équipe de Craig.
Par ailleurs, alors que les musaraignes communes vivent en Afrique, en Europe et en Asie, la nouvelle espèce ne se trouve que dans les hauts plateaux éthiopiens, et uniquement en altitude.
Cette morphologie a amené à conclure que Crocidura stanleyi figure parmi les mammifères les plus petits jamais recensés.

Un long processus
Crocidura stanleyi a été formellement identifiée comme une nouvelle espèce à l’issue d’une dizaine d’années de recherches et d’analyses génétiques menées par des scientifiques du Field Museum of Natural History de Chicago, un musée scientifique et de recherche aux États-Unis, en collaboration avec des scientifiques de l’université suédoise Swedish University of Agricultural Sciences (SLU) et ceux de l’université du Massachusetts Boston, aux États-Unis.
En 2015, Bill Stanley, chercheur au Field Museum of Natural History de Chicago, capture un spécimen de cette musaraigne dans les monts Simien, en Éthiopie.
Selon un article publié par la Swedish University of Agricultural Sciences, le mammalogiste américain soupçonne qu’il pourrait s’agir d’une espèce inconnue. Il décède neuf jours après le début de la mission de terrain, ce qui ralentit les recherches sans toutefois les interrompre. « Vers 2020, nous étions assez sûrs qu’il s’agissait probablement d’une espèce nouvelle, après des comparaisons préliminaires avec des musaraignes similaires », dit Craig, à Mongabay.
En 2023, Yonas Meheretu, chercheur éthiopien affilié à la SLU, capture un nouveau spécimen de la même espèce, accélérant ainsi les recherches. « Entre 2023 et 2024, des analyses morphologiques et génétiques plus approfondies nous ont permis d’être certain qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce. Celle-ci a été alors formellement décrite comme une nouvelle espèce, à la fin de l’année 2025 », ajoute Craig.

Le scientifique explique à Mongabay que la description formelle d’une nouvelle espèce est un processus long et rigoureux. « Elle exige des analyses morphologiques détaillées, des comparaisons avec des spécimens de musées historiques, provenant d’Afrique et d’Europe, ainsi que des données génétiques, afin de garantir la spécificité de l’espèce. L’adoption de cette approche intégrée assure une description solide et utile à la science et à la conservation », indique Craig.
L’article de la SLU indique que cette découverte est importante, car elle permet de « mieux documenter la biodiversité encore largement méconnue ».
De plus, l’identification d’une nouvelle espèce, en particulier chez les petits mammifères difficiles à observer, améliore la compréhension de l’évolution et de l’adaptation des espèces à des environnements de haute altitude.
La découverte fournit également des informations sur leurs rôles écologiques et constitue une base scientifique pour orienter des stratégies de conservation.
Enfin, les chercheurs « vont étudier si la nouvelle musaraigne et d’autres petits mammifères de la région sont porteurs d’agents pathogènes zoonotiques susceptibles d’être transmis à l’être humain », souligne la SLU.
Chaque année, des millions de personnes sont victimes de zoonoses, parmi lesquelles des maladies mortelles comme la rage, la grippe aviaire et Ebola. Les Nations unies estiment que 60 % des nouvelles infections émergentes dans le monde sont d’origine animale.
Image de bannière : La nouvelle musaraigne. Photo SLU. Avec son autorisation.
Citations :
Craig, E. W., Bryjová, A., Bryja, J., Meheretu, Y., Lavrenchenko, L. A. & Kerbis Peterhans, J. C. (2025). Integrative taxonomic revision of endemic dwarf shrews from the Ethiopian Highlands. Journal of Vertebrate Biology, 74, 25031. https://doi.org/10.25225/jvb.25031
Swedish University of Agricultural Sciences. (2026, 8 janvier). New species discovered: One of the world’s smallest mammals. SLU. https://www.slu.se/en/news/2026/01/new-species-discovered-one-of-the-worlds-smallest-mammals/
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.