- Une foresterie communautaire va permettre à la sous-région de s’affranchir de l'aide extérieure.
- L’approche de la foresterie communautaire peut aider à remédier à cette lacune de financement profonde.
- La tendance à exclure les communautés locales de leurs propres terres se poursuit en Afrique centrale et de l’Ouest.
- Les gouvernements doivent être innovants et renforcer leurs initiatives d'autosuffisance.
Face à la récente annonce officielle du retrait des États-Unis de la coopération climatique, Jonathan Yiah, chef d’équipe du Programme de gouvernance forestière à l’Institut du développement durable (SDI, sigle en anglais), souligne l’impérieuse nécessité d’adopter les modes autonomes de gouvernance forestière en Afrique centrale et de l’Ouest.
En Afrique centrale, plus particulièrement, le Service forestier des États-Unis (USFS) fournissait jusqu’ici une assistance ciblée aux gouvernements des pays membres du bassin du Congo pour les aider à mieux mesurer, surveiller et gérer les forêts et leurs stocks de carbone, mais les experts soulignent la nécessité d’adopter une foresterie communautaire pour s’affranchir de l’aide extérieure.

Mongabay : Quelles sont les alternatives pour que le système global d’incitation de Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation forestière (REDD+) puisse permettre aux régions d’Afrique centrale et de l’Ouest de mieux réduire la déforestation après le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris?
Jonathan Yiah : La récente annonce du retrait des États-Unis de la coopération climatique, en sa qualité de grand émetteur de gaz à effet de serre, est une décision regrettable, mais les pays d’Afrique centrale et de l’Ouest ont besoin de trouver des alternatives en travaillant d’arrache-pied, cette fois-ci, pour s’assurer que la foresterie communautaire marche. Cette approche peut aider à remédier à cette lacune de financement profonde.
L’Afrique centrale, en particulier, abrite la forêt du bassin du Congo avec un immense puits de carbone et un potentiel d’absorption annuelle d’1,5 milliard de tonnes de CO2. Dans cette région, par exemple, les pays ont réussi à mobiliser des fonds pour soutenir la gestion durable des forêts, et un programme similaire pourrait être mis en œuvre en Afrique de l’Ouest, pour réduire cette dépendance étrangère. Les pays ont besoin de dépasser l’assistance climatique pour bâtir des partenariats en réciprocité, entre acteurs internationaux et nationaux.
Mongabay : Pensez-vous qu’avec ce retrait, les États-Unis manquent à leur obligation de fournir une aide financière pour les projets de reforestation dans les pays en développement, conformément à l’Accord de Paris?
Jonathan Yiah : Tout d’abord, il faut noter qu’au niveau du bassin du Congo, une infime partie de la superficie totale des forêts est gérée par les communautés locales. Si la tendance actuelle à exclure les communautés locales de leurs propres terres se poursuit, les forêts africaines pourraient disparaître rapidement dans les années à venir.
Il faut privilégier l’innovation au lieu de dépendre entièrement de l’aide étrangère, pour une bonne gestion forestière en Afrique centrale et de l’Ouest.
Nos gouvernements doivent être innovants et renforcer leurs initiatives d’autosuffisance. Certains pays sont déjà sur la bonne voie. Le tourisme reste l’une des solutions alternatives qui peuvent contribuer de manière significative à la hausse des revenus nationaux. Par exemple, le Libéria pourrait adopter des stratégies similaires au moment où le monde évolue vers l’autoritarisme. Il est crucial pour la sous-région de se tourner vers des solutions locales pour agir efficacement.

Mongabay : Comment la finance peut-elle favoriser la gestion forestière durable en recourant aux initiatives de gouvernance forestière pilotées par les communautés locales, au niveau de la sous-région ?
Jonathan Yiah : Toutes les initiatives de gestion forestière pilotées par la communauté doivent se reposer sur les principes de transparence, de participation, de responsabilisation et de renforcement des capacités locales. En Afrique centrale et de l’Ouest, ces solutions constituent le seul mécanisme susceptible d’apporter une réponse efficace aux communautés isolées et vulnérables.
Au Libéria, par exemple, la forêt subit actuellement des pressions croissantes, notamment dans la partie sud-est, où les fermiers du Burkina Faso voisin cultivent du cacao jusqu’à la frontière avec la Côte d’Ivoire, et à l’ouest, à la frontière avec la Sierra Leone, en raison de l’exploitation forestière illégale et de l’utilisation des tronçonneuses.
Les communautés, établies au niveau de ces zones frontalières reculées, vulnérables à la corruption compte tenu de leur situation économique précaire, sont parfois contraintes de recevoir de modestes dons provenant de l’étranger pour détruire la forêt.
Le gouvernement libérien est confronté à un défi sécuritaire de taille pour sécuriser ses frontières, et cette situation est aggravée par de nombreux problèmes de développement. Le retrait des États-Unis de la coopération climatique ne fera qu’exacerber la situation qui pourrait s’apparenter à la gestion forestière d’autres régions d’Afrique centrale et de l’Ouest.
Mongabay : Quel espoir pour la gouvernance forestière en Afrique centrale dans le contexte actuel ?
En matière de conservation des forêts, le retrait américain va créer une lacune au niveau de la sous-région. Comme vous le savez peut-être, la forêt libérienne est soumise à une forte pression, car elle abrite la majeure partie des forêts restantes d’Afrique de l’Ouest comme c’est le cas pour le bassin du Congo. La conservation des forêts sera donc moins prise en compte, suite à la décision américaine.
Image de bannière : Une rivière serpente majestueusement au cœur d’un tapis de jungle préservée proche de la réserve de faune à okapis d’Epulu. Image de MONUSCO/Abel Kavanagh via Wikimedia Commons.
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