- Les Monts Nimba, réserve naturelle classée patrimoine mondial de l’UNESCO, hébergent les crapauds vivipares, une espèce rare présente en Guinée.
- Cet amphibien se trouve sous la menace de plusieurs projets miniers, dont le projet Kon Kweni confié à la Société des mines de fer de Guinée.
- Les organisations de conservation de la faune sauvage redoutent la disparition définitive de cette espèce, avec ce projet minier, dont la phase d’exploitation est annoncée pour 2026.
- Le ministère guinéen de l’Environnement indique que ce projet minier n’a pas encore reçu une autorisation d’exploitation, faisant encore l’objet d’une évaluation environnementale.
Simon Pierre Lamah n’a plus le souvenir très vivace, mais il se rappelle que la dernière fois, qu’il a vu arriver des scientifiques à la réserve de biosphère des Monts Nimba, au Sud-Est de la Guinée, pour des travaux de recherche sur le crapaud vivipare (Nimbaphrynoides occidentalis), remonte à environ deux ans, ce temps où il occupait le poste de Directeur général de la Station scientifique des Monts Nimba (SSMN).
Ce hydrogéologue guinéen explique au téléphone, à Mongabay, que les hauteurs de ce massif montagneux, abritant cette espèce endémique et très peu fréquentées, sont sous le contrôle absolu de la Société des mines de fer de Guinée (SMFG), propriétaire du permis minier sur le projet Kon Kweni (« pierres de fer » en langue kono). Cette société, détenue à 85 % par la société américaine Ivanhoe Atlantic, prévoit d’y extraire jusqu’à 750 millions de tonnes de fer.
« Pour avoir accès aux crapauds vivipares, il faut remplir tout un arsenal de démarches auprès de la société. En tant que scientifique, on a des difficultés pour avoir accès physiquement à ces espèces se trouvant dans le périmètre des miniers, et dont ceux-ci en font parfois une propriété privée », dit Lamah.
Ce dernier est surtout déçu de n’avoir pas pu consulter les résultats de l’étude menée par ces chercheurs de nationalité allemande, guidés à l’époque par des exploitants miniers sur les hauteurs de Nimba.
Il affirme qu’ils se sont contentés de lui rapporter qu’« il y a une régression en termes de peuplement » des crapauds vivipares dans les montagnes, justifiées, selon eux, par la présence des « reptiles prédateurs » autour de leurs habitats.

Risque d’extinction définitive
Le crapaud vivipare est une espèce endémique rare, dont l’habitat se trouve dans les hautes altitudes des Monts Nimba, une réserve naturelle intégrale à cheval entre la Guinée et la Côte d’ivoire et classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
Contrairement aux autres amphibiens dont la procréation passe par la ponte des œufs, sa femelle donne naissance après une phase de gestation de neuf mois, comme chez l’être humain.
Selon l’Organisation de conservation et de recherche sur les amphibiens, The Amphibian Survival Alliance (ASA), le crapaud vivipare est classé comme une espèce distincte sur le plan évolutif et menacée d’extinction à l’échelle mondiale (Evolutionarily Distinct and Globally Endangered).
« Cela signifie qu’il représente une branche longue et irremplaçable de l’arbre évolutif des amphibiens, sans parent proche ; s’il disparaît, toute une lignée disparaîtra avec lui », explique Gina Della Togna, Executive Director à ASA, dans un courriel à Mongabay.
Elle indique que le crapaud vivipare joue un rôle écologique essentiel dans l’écosystème, et qu’à l’image des autres amphibiens, il aide à réguler les populations d’insectes, contribue au cycle des nutriments et fait partie de la chaîne alimentaire soutenant les oiseaux, les reptiles et les petits mammifères.
Della Togna a surtout peur que le projet Kon Kweni, dont la phase d’exploitation est annoncée pour cette année, sonne le glas de cette espèce endémique et d’autres mammifères présents dans ce milieu, à l’instar des chimpanzés.
L’étude d’impact environnemental et social du projet, réalisée par l’entreprise d’ingénierie française Biotope et consultée par Mongabay, évoque également les risques de destruction physique des habitats de l’espèce et leur disparition définitive durant la phase d’exploitation du projet.
Elle recommande comme solutions, pour sa préservation, la conservation ex situ, c’est-à-dire en dehors de son milieu naturel. Cette conservation consiste à établir plusieurs populations de secours, afin de prévenir une éventuelle extinction rapide de l’espèce. Une opération comportant des risques considérables pour la survie de cet amphibien, affirme Della Togna.
« Une « colonie de sauvegarde » ex situ pour le crapaud vivipare des Monts Nimba est techniquement possible, mais elle est complexe, risquée et doit être considérée comme une mesure d’urgence de dernier recours, et non comme un substitut à la protection de l’espèce dans son milieu naturel ».

« Il n’y a pas de projet minier autorisé aux Monts Nimba »
La société Ivanhoe Atlantic, actionnaire majoritaire du gisement de fer des Monts Nimba, a annoncé dans un communiqué, publié le 23 octobre 2025, qu’elle prévoit de démarrer ses « activités de construction », en prélude à l’exploitation de la mine au premier trimestre 2026.
Et pourtant, le gouvernement guinéen n’a pas encore rendu publique l’étude d’évaluation des impacts du projet. Ce qui est contraire à la législation guinéenne, à en croire l’ingénieur et juriste environnementaliste guinéen, Abdramane Diakite. « La non disponibilité de l’étude d’impact n’est pas légale en Guinée. La légalité voudrait que cette étude soit disponible et publiée », a-t-il souligné à Mongabay, au téléphone.
L’ONG Climate rights international (CRI), qui a pu se procurer la copie de l’étude, et l’a rendue publique, via son site internet, n’a pas mâché ses mots. « Partager au grand public cette étude d’impact, dont les constats sont pour le moins alarmants, pourra contribuer à faire prendre la mesure des enjeux sociaux et environnementaux, qui se jouent aujourd’hui dans les Monts Nimba », a indiqué Fabien Offner, Chercheur principal à CRI, par email à Mongabay.
Du côté des autorités guinéennes, on affirme que bien que des permis miniers soient octroyés pour l’exploitation des minerais dans les Monts Nimba, aucune autorisation n’est encore accordée pour l’exploitation proprement dite.
« Il n’y a pas de projet minier autorisé aux Monts Nimba (…) Le ministère des Mines n’a délivré aucune autorisation d’exploitation, parce qu’il n’y a pas d’autorisation d’exploitation s’il n’y a pas de restitution environnementale », a souligné Karim Samoura, Secrétaire général du ministère de l’Environnement et du développement durable, dans un courriel à Mongabay.
Dr Samoura assure que la SMFG a tout de même déposé son rapport d’étude d’impact environnemental et social lié au projet Kon Kweni, au ministère en charge de l’Environnement. A ses dires, ce rapport a été transmis à la Commission hollandaise de l’évaluation environnementale, partenaire technique du gouvernement guinéen, pour examen et analyse, avant que le ministère de l’Environnement ne puisse se prononcer sur la délivrance ou non d’un éventuel certificat de conformité environnementale, pour le projet.
Cette démarche résulte d’une recommandation faite à l’État guinéen par le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, lors de sa 47e session en juillet 2025, au sortir de laquelle ce comité a décidé de maintenir la Réserve naturelle intégrale des Monts Nimba, sur la liste du patrimoine mondial en péril, en raison des projets miniers menaçant son intégrité.
Image de bannière : Les Monts Nimba en Guinée, réserve naturelle classée patrimoine mondial de l’UNESCO, hébergent les crapauds vivipares, une espèce rare (Nimbaphrynoides occidentalis) sous la menace du projet Kon Kweni géré par la Société des mines de fer de Guinée. Image de mlanguy via iNaturalist (CC BY-NC 4.0).
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