- Le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé, lors du Conseil des ministres du vendredi 30 mai 2025, l'interdiction de l’importation du poulet de chair, dès le 1er janvier 2027.
- Cette mesure vise à stimuler l’entrepreneuriat local, à réduire la dépendance aux importations (environ 897 millions USD par an) et à améliorer la qualité du poulet consommé par les Gabonais.
- Pour mettre en œuvre cette mesure, il faudrait que les producteurs renforcent leur capacité, modernisent leurs exploitations, soient formés et cultivent le maïs et le soja. Mais le coût du poulet local et le manque d’accompagnement technique et financier représentent des obstacles à surmonter.
Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un programme de bourse et d’un partenariat entre WildAid et Mongabay Afrique.
À environ quinze kilomètres de Libreville, dans la commune de Bikélé, la ferme d’Emir s’étend modestement sur 500 m2. L’air est saturé de l’odeur du foin et de la paille fraîche, ponctué de cris de poulets. Ici, Élodie Flora Koundie Touré élève avec passion pas moins de 2 800 poules depuis six ans.
Pour l’éleveuse, la décision prise par le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, le 30 mai 2025, annonçant la fin de l’importation du poulet de chair à compter du 1er janvier 2027, représente une opportunité, mais aussi de nouveaux défis. « Cette interdiction est une chance historique, mais sans accompagnement technique et financier, nous ne pourrons pas produire suffisamment pour répondre à la forte demande », confie-t-elle à Mongabay.
Pour atteindre les objectifs nationaux de 2027, elle projette de porter sa production à 10 000 poules et s’organise en Groupement d’intérêts agricoles (GIA). Sur le long terme, elle ambitionne même de déménager pour s’installer sur un terrain plus spacieux. Mais en attendant, la formation de ses employés est essentielle, car le manque d’intérêt des jeunes pour ce secteur reste un obstacle majeur à ses yeux. « Il faudra montrer que l’agriculture peut nourrir sa population et être un vrai modèle économique. Les jeunes ont besoin de modèles », dit-elle.
Chaque matin, l’éleveuse arpente ses allées, observant les plumes dorées des poulets et l’animation de sa ferme, symbole d’un secteur qui s’émancipe.
Le président de la Coopérative des éleveurs de l’Estuaire, la première province du Gabon, Dr Wenceslas Mamboundou, rappelle que la mesure est colossale. « Produire 27 millions de tonnes de viande de poulet d’ici à 2027 demande des investissements majeurs et un accompagnement structuré », dit-il.
Il insiste sur le besoin de moderniser les exploitations, de former les entrepreneurs et les employés sur l’organisation logistique nécessaire à la mise en place d’abattoirs.
L’aviculteur souligne aussi la nécessité de produire localement le maïs et le soja, indispensables à l’alimentation des poulets, aujourd’hui importés.
Pour Mamboundou, l’échéance de 2027 soulève des questions sur l’adaptation des sols gabonais et les techniques agricoles à mettre en place.
Pour sa part, Eddie Gomes, directeur de la production animale à la direction générale de l’élevage du ministère de l’Agriculture et du développement rural, met en lumière les actions déjà menées sur le terrain pour préparer cette transition.
Il explique que la production locale actuelle ne couvre que 4 000 tonnes sur les 55 000 nécessaires chaque année et que la majorité des poulets importés « vient de l’Union européenne et du Brésil, dans une moindre mesure des États-Unis ».
L’impact de la mesure est à la fois économique, social et environnemental. La nécessité de cultiver le maïs et le soja sur les sols gabonais transforme la filière avicole en un véritable enjeu agricole national, visant à stimuler l’entrepreneuriat et à réduire la dépendance aux importations, évaluées à près de 500 milliards de francs CFA (environ 897 millions USD) par an.
Plusieurs initiatives sont déjà en cours : le forum national de concertation avec les acteurs de la filière, des enquêtes sur les besoins et les capacités des élevages, la mise en place d’un « plan stratégique » pour la production des poulets de chair, de même que l’installation d’un fonds agricole à la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (BCEG) et la recherche de partenariats publics-privés. « Avec ces mesures et les ressources adéquates, tout le monde pourra consommer du poulet local frais et de bonne qualité », dit-il.

Les défis de la transformation avicole
Pourtant, tous les Gabonais ne partagent pas cet optimisme. Car, les défis restent nombreux : investissements lourds, adaptation des sols et des exploitations, formation des acteurs et temps limité.
Marie Stéphalia, grande consommatrice de chair blanche, s’inquiète de l’accessibilité du poulet local : « Le poulet importé coûte environ 1 500 francs CFA [2,68 USD] le kilo et est accessible à tous. Le poulet de chair local, près de 5 000 francs CFA [8,96 USD] pour 2 kilos, sera trop cher pour de nombreuses familles ». Elle suggère que le gouvernement subventionne la production locale pour garantir que les populations défavorisées ne soient pas exclues. En cas de pénurie, elle se dit prête à se tourner vers des alternatives alimentaires comme les feuilles de manioc, le kumu ou les gésiers.
À Bikélé, dans la ferme d’Elodie, au parfum de grains et de paille, l’histoire de la filière avicole gabonaise s’écrit au quotidien, entre espoir, travail et défis à relever pour nourrir le pays de manière durable, qualitative et accessible à tous.
Image de bannière : Elodie Flora Koundi, dans sa ferme avicole. Image de Rodylia Diapoma, avec son aimable autorisation.
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