- À Libreville, de nombreux cultivateurs constatent la baisse de l’efficacité des pesticides chimiques. Faute de formation et de temps, les alternatives biologiques restent encore peu adoptées.
- À l’Institut gabonais d’appui au développement (IGAD), les pesticides biologiques fabriqués à partir de ressources locales prouvent leur efficacité. Leur succès repose sur le respect strict des méthodes et des formations régulières.
- Selon l’ingénieur agronome Fabrice Raymond Ella Ntougou, les pesticides bio sont moins nocifs pour la santé et l’environnement. Leur efficacité dépend toutefois d’un usage rigoureux et d’un accompagnement technique adapté.
Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un programme de bourse et d’un partenariat entre WildAid et Mongabay Afrique.
Ousmane Zonko, cultivateur burkinabè installé à Libreville, produit du folon, de la tomate et du piment depuis plusieurs années. Depuis plus de deux ans, il constate une dégradation de l’efficacité des insecticides chimiques utilisés sur ses parcelles. Chenilles, insectes et rongeurs détruisent une grande partie de ses cultures, malgré des traitements réguliers.
Selon lui, les produits chimiques disponibles sur le marché ne donnent plus les résultats attendus. « On pompe, mais les insectes reviennent. Les produits ne font plus vraiment effet », explique-t-il.
« Nous n’avons pas appris ces méthodes ». En effet, s’il connaît l’existence de pesticides bio fabriqués à base de feuilles, d’ail ou de bananiers fermentés, il n’en maîtrise pas l’usage. Pour lui, l’agriculture reste avant tout un travail épuisant au quotidien, où la nécessité de produire limite les possibilités d’expérimentation ou de formation.

Entre savoir empirique et résistance au changement
À un kilomètre de la parcelle de Zonko, Gordon, cultivateur de laitue, partage un constat similaire. Il utilise principalement des produits chimiques, complétés par des apports organiques comme les fientes de volaille. S’il admet avoir entendu parler de pesticides non chimiques, il affirme ne pas disposer des connaissances nécessaires : « On n’a pas forcément l’idée pour créer des produits bio. Nous, on achète simplement ce qu’on nous vend et on travaille avec. On n’a pas eu de formation pour connaître les plantes adéquates avec lesquelles on pourrait faire des pesticides biologiques ».
À l’IGAD, les pesticides bio déjà intégrés aux pratiques agricoles
À l’Institut gabonais d’appui au développement (IGAD), la situation est différente. Nestor Engouang, exploitant agricole au sein de l’institution, utilise exclusivement des pesticides biologiques à base de plantes naturelles dans ses cultures. Selon lui, ces produits présentent de nombreux avantages : ils sont peu coûteux, faciles à produire localement et sans danger pour la santé humaine et l’environnement.
« On peut consommer les légumes dès le lendemain du traitement. Il n’y a pas de risque pour la santé et les produits coûtent moins cher », affirme-t-il. « Fabriqués localement à partir de feuilles de papayer, d’ail et de fibres de palmier, ces pesticides sont efficaces grâce à un strict respect des méthodes d’application et à des formations régulières », poursuit-il.

Les pesticides bio pour améliorer les rendements
Pour Raymond Fabrice Ella Ntougou, ingénieur agronome et Président du Conseil d’administration du Réseau gabonais des services agricoles (REGASA), les pesticides biologiques sont des substances issues de sources naturelles, capables de lutter efficacement contre les ravageurs, à condition d’être bien utilisés. « Ils se dégradent plus rapidement que les pesticides chimiques et sont moins toxiques pour l’environnement et les cultivateurs, mais nécessitent plus de traitements », précise-t-il.
Selon lui, près de 30 % des pertes agricoles mondiales sont dues aux ravageurs. Les pesticides biologiques peuvent améliorer les rendements, à condition de respecter les normes d’application et le calendrier des traitements.
Il insiste sur le fait que « le pesticide biologique n’est pas une solution miracle, mais un outil efficace s’il est bien compris et correctement utilisé ». Un enjeu central pour l’avenir de l’agriculture urbaine au Gabon.

Une méthode de travail fortement ancrée dans les traditions
Le principal obstacle à l’adoption des pesticides bio reste donc moins leur efficacité que la persistance des méthodes traditionnelles et le manque de temps pour se former. Pour de nombreux cultivateurs, apprendre de nouvelles techniques apparaît comme un luxe difficilement compatible avec les réalités quotidiennes.
En comparaison, au Cameroun, le changement est en cours. Les cultivateurs recourent de plus en plus à des pesticides bio, souvent à base de plantes locales comme le neem, le goyavier, etc. Ces pesticides ont pu se développer grâce à des initiatives étatiques et des ONG, visant l’agroécologie et la sécurité alimentaire.
Image de bannière : Ousmane Zonko arrose ses planches. Image de Michael Mengoué pour Mongabay.
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