- Situé dans le sixième arrondissement de Libreville, l’arborétum de Sibang est l’un des plus anciens parmi les sept Instituts de recherche du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST), au Gabon.
- Large comme 11 terrains de football, l’arborétum de Sibang est l’échantillon parfait de la forêt équatoriale au cœur de Libreville. C’est un cadre naturel qui reçoit chercheurs, étudiants, touristes et autres passionnés de la nature.
- Ces dix dernières années, il subit des pressions liées à l’urbanisation.
Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un programme de bourse et d’un partenariat entre WildAid et Mongabay Afrique.
L’arborétum de Sibang est une sorte de laboratoire vivant, dont l’histoire remonte aux années 1931-1935. Son titre foncier date de l’époque coloniale, au moment où le territoire du Gabon était rattaché à l’Afrique équatoriale française (AEF).
Le sanctuaire fut créé en réponse à l’exploitation forestière à cette période, afin de préserver et d’étudier les principales essences de la forêt gabonaise. Plusieurs dizaines d’essences de bois sélectionnées parmi les plus emblématiques du pays y seront plantées. C’est le cas du très célèbre Okoumé (Aucouméa Klaineana) qui ne pousse que dans très peu de provinces, du Moabi (baillonella toxisperma), du Padouck (Pterocarpus soyaux), de l’Ebène (Tabebuia serratifolia), de l’Ozigo (Dacryodes buettnerii), du Bilinga (Nauclea gilletii) et bien d’autres plantes.
Ces arbres, qui portent des valeurs culturelles et qui sont des supports de la transmission de la tradition orale des communautés locales, ont été plantés dans cet espace, en raison, également, de l’intérêt économique qu’ils avaient déjà en ce temps-là sur le marché international. Les initiateurs du projet l’avaient baptisé Station expérimentale forestière de Sibang (SEFS). L’arboretum de Sibang compte un fromager centenaire.

Devant l’entrée principale, le visiteur peut déjà ressentir la quiétude d’un sous-bois rempli d’histoire. Son portail, avec un auvent fait de bois divers, revêtu de raphia, annonce les couleurs d’une spiritualité propre à la culture du pays.
« Cet environnement est, non seulement une pharmacie, mais aussi le poumon écologique pour ce qui est de l’absorption du Co2 pour la ville de Libreville, notamment le sixième arrondissement. Nous devons vraiment tout faire pour préserver les espèces qui sont là », a confié Prosper Ivoundza, chercheur, spécialisé en gestion des ressources forestières et environnementales en poste à l’arborétum.

L’arboretum est aujourd’hui un centre botanique ouvert aux adeptes de la recherche et du développement durable. « Ce sanctuaire est aussi un centre d’initiation à l’éducation environnementale pour les jeunes élèves des écoles primaires. C’est un bastion pour les doctorants, et dans le domaine forestier, nous recevons des étudiants qui viennent passer des stages de fin de cycle », souligne Yves Patrick Lossangoye Banfora, chercheur, responsable de la forêt de Sibang.
Et le Professeur Jean Emery Etoughé Efé, l’actuel Directeur général de la Recherche scientifique et de l’innovation au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’innovation technologique du Gabon. Tous les ans, il reçoit plusieurs dizaines de chercheurs et d’étudiants pour leurs différents travaux et inversement pour les chercheurs gabonais allant achever leurs recherches dans de grands laboratoires à travers le monde. Le représentant du gouvernement souligne le caractère international de cet arboretum : « il y a 6 000 espèces respectivement recensées qui font l’intérêt de cette forêt, au point que les partenaires internationaux, notamment le Smithsonian et d’autres laboratoires mondiaux, parce qu’en ce moment, par exemple, un des chercheurs de l’IPHAMETRA de l’herbier national est en stage aux Etats-Unis dans le cadre des études de cet espace ».

Un haut lieu de la recherche en biodiversité sous tension
Érigé originellement sur 16 hectares, soit l’équivalent de 11 terrains de football, l’arborétum de Sibang aurait perdu deux hectares de forêt ces cinq dernières années, en raison des pressions humaines venant du voisinage et des besoins d’urbanisation. Prosper Divoundza, chercheur spécialiste en gestion des ressources forestières et environnementales à l’arborétum soutient : « Lorsque le gouvernement a décidé de faire l’aménagement des bassins versants, malheureusement, l’arborétum de Sibang a été frappé de plein fouet. Ce qui fait que sur les 16 hectares que nous avions au départ, aujourd’hui, il nous en reste que 14. Donc, cette situation nous déplaît, parce que lorsque nous avons fait l’inventaire des espèces frappées par cette mesure-là, on en a trouvé 48 espèces ».
Un autre phénomène mettant à mal la survie de ce site est l’existence de centaines de squatteurs ayant élu domicile dans le domaine foncier de l’arborétum et ayant transformé certains de ses coins en décharge publique, du fait de l’absence de clôture autour du site.
La fragilisation de cet environnement se serait davantage accentuée le soir du 30 août 2016. Une aile des bureaux de l’IPHAMETRA, située devant l’arborétum, avait été incendiée par des gabonais dans le cadre d’un mouvement de contestation post électoral intervenu le lendemain de la publication des résultats de l’élection présidentielle. Le gouvernement de l’époque promettait déjà la réhabilitation et la sécurisation de ce site.

La communauté scientifique nationale et le gouvernement à la rescousse
Pour le Professeur Etoughé Efé, « du fait que c’est un patrimoine, l’État doit prendre ses responsabilités. Nous, à la Direction générale de la Recherche, notre mission est de faire de la recherche, mais préserver le patrimoine est le rôle régalien de l’État. Nous faisons le plaidoyer en essayant de défendre ce patrimoine, parce que tout le monde ne mesure pas la portée de cet espace vert en pleine ville, d’autant qu’il s’est réduit au fur et à mesure avec des constructions anarchiques qui sont autour. Donc, c’est à nous de sensibiliser l’État sur l’importance de l’arboretum, afin qu’il prenne des dispositions pour le sécuriser. Ce qui se fait déjà, parce que dans la loi de Finances qui va arriver, on a demandé un budget pour faire la barrière et sécuriser l’arboretum, étant entendu que les riverains commencent à le grignoter ».
La sécurisation du domaine de l’arborétum est un sujet de préoccupation pour la communauté scientifique nationale. Des solutions seraient attendues du côté du gouvernement dans le cadre de la loi des finances 2026.
Image de bannière : Un Okoumé vieux de 78 ans menacé par les riverains. Image de Benjamin Evine Binet.
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