- Les petites raffineries, qui transforment le cuivre et le cobalt issus de l’exploitation artisanale, sont suspendues en RDC, depuis le 19 décembre 2025.
- Elles disposent d’une dizaine de jours pour justifier leur conformité aux textes en vigueur.
- Les creuseurs artisanaux vivant de l’extraction des minerais ont violemment manifesté contre cette décision du gouvernement.
- En dépit de cette pression, les spécialistes espèrent que cette décision permettra à l’Etat de mettre de l’ordre dans le secteur, en renforçant la traçabilité des minerais exploités.
Plusieurs exploitants miniers artisanaux, appelés creuseurs artisanaux, ont manifesté dans la ville de Kolwezi, capitale provinciale du Lualaba, dans le sud-est de de la République démocratique du Congo, le 28 décembre 2025.
Une autre manifestation a eu lieu le même jour, à Kisanfu, à une trentaine de kilomètres de Kolwezi, où les manifestants s’en sont pris mortellement à un employé d’une société minière qui rentrait chez lui, selon plusieurs sources.
A l’origine de ces manifestations violentes, figure la suspension préventive par le ministre congolais des mines des activités des « entités de traitement », c’est-à-dire les petites usines de raffinerie ou d’affinage des métaux avant leur commercialisation sur le marché international.
Mais, d’après un communiqué du gouvernorat du Lualaba diffusé le même jour dans les médias locaux et sur les réseaux sociaux, « l’activité minière artisanale légale n’a jamais été interdite dès lors qu’elle s’exerce sur les sites autorisés et conformément à la législation en vigueur ».
Les autorités provinciales du Lualaba dénoncent ainsi les manipulations ayant conduit aux violences.

Les « entités de traitement », la fraude et la faible protection
D’après l’arrêté ministériel n°00964 du 19 décembre 2025, sont suspendues à titre conservatoire et préventif « les activités minières ainsi que les opérations de traitement de la filière » du cuivre et du cobalt partout sur le territoire national. Une commission spécialisée devrait, durant 15 jours, contrôler la conformité des dossiers des « entités de traitement » aux exigences légales et administratives, selon la même décision. Elles disposent de dix jours pour le faire.
Chaque entité de traitement devra fournir les renseignements sur ses sources d’approvisionnement. L’objectif étant, dans le cadre de cette décision, de renforcer la traçabilité des ressources transformées et de lutter contre la fraude et la contrebande minières.
Les entités de traitement sont également réputées évoluer dans l’illégalité, sur le plan de la sécurité environnementale de leurs employés, étant donné qu’elles évoluent parfois dans la clandestinité, explique à Mongabay, un expert ayant requis l’anonymat. Elles permettent cependant de valoriser les minerais issus de l’artisanat et que les grandes firmes évitent de payer, explique à Mongabay la même source.
En plus, les minerais approvisionnant ces « entités » sont parfois volés ou exploités sur des sites appartenant aux entreprises privées. Début décembre 2025, par exemple, des employés de la société minière Kamoto copper compagny (KCC), filiale de l’anglo-suisse Glencore, ont manifesté pour exiger des autorités congolaises de mettre fin aux intrusions violentes des artisanaux dans le but de se procurer des minerais bruts dans les carrières.
Ces entités ont tout de même permis à la filière artisanale d’être créditée de 10 à 20 % des productions congolaises de cobalt. Grâce à elles, l’artisanat a continué à fonctionner dans un contexte d’évitement de grandes sociétés dont certaines étaient engagées dans des processus de certification de la chaîne d’approvisionnements.
Le contrôle voulu cette fois par l’Etat congolais était réalisé au cas par cas ; pour chaque fonderie ou usine concernée, selon Zama, l’Etat ferait moins de remous parmi les artisanaux. « Je pense qu’il est important de revoir cette mesure pour que l’autorité revienne sur certaines exigences dans le but aussi d’aider. Parce que, comme nous l’avons mentionné, dans la ville de Kolwezi, la plupart des gens dépendent de l’exploitation minière artisanale », souligne Zama.

Une paralysie technique de la chaîne artisanale du cuivre et du cobalt
« L’arrêté ministériel du 19 décembre 2025 ne mentionne pas la suspension de l’extraction minière par les artisanaux. Mais, en suspendant les petites usines de transformation, il paralyse toute la chaîne d’approvisionnement en cobalt et en cuivre brut », explique Léonard Zama, Directeur exécutif de l’Initiative pour la protection des droits de l’homme et la réinsertion sociale (IPDHOR), une ONG basée à Kolwezi.
« On interdit les entités de traitement qui, du reste, créent beaucoup de dépôts, où ils mettent des représentants pour acheter les minerais. Après avoir acheté les minerais, ils les amènent directement à l’unité de traitement. Par conséquent, vous allez vous rendre compte qu’on interdit les unités de traitement et, en même temps, l’activité des exploitants artisanaux miniers. Ils n’ont plus personne pour acheter ces minerais. Les exploitants artisanaux miniers sont impactés indirectement », précise Zama.
C’est pratiquement l’analyse que fait le juriste Joseph Yav de cette décision du ministre des Mines, dans sa note intitulée « l’arrêté ministériel n°00946/CAB/MIN/MINES/01/2025, remède ou poison pour le secteur artisanal ? », partagée sur les réseaux sociaux.
Ce juriste, tout en soulignant la volonté du gouvernement à lutter contre la fraude et la contrebande minière et de rechercher plus de traçabilité, relève quatre faiblesses majeures.
Pour lui, « en procédant par des sanctions collectives, la procédure échappe à la proportionnalité de la sanction. Elle échappe également à l’exigence de contradiction préalable, fixe des délais irréalistes pour que certaines « entités » parviennent à se soumettre aux contrôles, et manque de mesures d’accompagnement », indique la note d’analyse de Yav, que Mongabay a consultée.
Image de bannière : Le village Kawama a attiré plusieurs creuseurs artisanaux, installés au pied des remblais de la carrière minière de Kawama, près de Lubumbashi, autour des années 2010-2015. Image de Didier Makal pour Mongabay.
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