- Toutes les plantes ont des vertus médicinales ; il faudrait juste les connaître et les identifier dans la nature, pour en faire bon usage.
- La connaissance personnelle des plantes dépend de sa culture et de son éducation.
- Pour sauvegarder les plantes médicinales, il faut obligatoirement les cultiver.
Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un programme de bourse et d’un partenariat entre WildAid et Mongabay Afrique.
Tradipraticienne exerçant depuis 1983 à Libreville, au Gabon, Marie Obone Obiang livre à Mongabay l’un des plus précieux secrets de son art, à savoir cultiver les plantes. Grand-mère de 30 petits-enfants, elle fait pousser, dans sa propre cour, au quartier Sogatol, diverses plantes comme l’Alstonia Boonei (Ekouk en langue Fang), reconnue pour traiter le paludisme, mais également pour favoriser la montée laiteuse chez les nourrices.
Malgré ses 68 ans, Maman Marie, comme l’appellent ses enfants spirituels, n’hésite pas à mettre son savoir au service des personnes en quête de guérison spirituelle. S’illustrant à travers des bains à base de feuilles pour purifier le corps et l’esprit des malades, de même que l’initiation à l’iboga encore appelé bois sacré, cette femme née en 1958 est une véritable bibliothèque de médecine traditionnelle.
Pour elle, il est très important de préserver les plantes médicinales. « Il est important d’avoir des plantes chez soi, car si un malade vient, je me lève rapidement et je vais dans la cour cueillir ce qu’il faut. Et les génies me montrent toujours la plante à utiliser pour que je soigne correctement le patient », indique Obone Obiang.

Plantons pour le bien-être de tous
Plusieurs citoyens gabonais, adeptes de la médecine traditionnelle, comme Herman Oke Mve, pensent que la préservation des plantes médicinales passe par leur bonne connaissance. « Pour moi, les plantes médicinales représentent un moyen d’aider à traiter et à prévenir les maladies du corps. Et, dans nos rites et traditions, ces plantes-là sont très utilisées ». Ancré dans la tradition depuis 15 ans, ce gabonais de 35 ans est un pratiquant du rite Bwiti Missoko ; sa source d’inspiration est son père. Selon lui, il est important de valoriser les plantes médicinales traditionnelles.
Née d’une mère tradipraticienne, Marianne Noungou, une autre gabonaise, pratique deux rites. Le Maboudi désigne la société initiatique féminine du Bwiti Misoko au Gabon, principalement observée dans le sud. Elle constitue le pendant féminin du Bwiti masculin, avec des frontières distinctes revendiquées entre les initiés des deux sexes. C’est un rite d’hommes qui invite à une participation de femmes, et le Mimbiris chez les femmes de l’Estuaire est catégorique. Les plantes médicinales sont des ressources naturelles ayant des vertus thérapeutiques, qui soulagent et soignent différentes maladies du corps humain. « Le ndolè (vernonia amygdalina) soigne les maux de ventre. Le « kinkéliba » (djoudjoura) est plus utilisé pour les bébés contre le rhume ; ce sont des plantes qu’on retrouvait majoritairement autour de nos maisons. Mais avec l’urbanisation, elles disparaissent, c’est pourquoi il faut planter et cultiver pour qu’elles ne disparaissent pas », a-t-elle expliqué.
Yvon Patrick Lossangoye Banfora, chercheur à l’Institut de pharmacopée et de médecine traditionnelle (IPHAMETRA) de Libreville, précise que toutes les plantes sont médicinales et que leurs usages sont culturels. « La connaissance des plantes dépend de la culture à laquelle on appartient et surtout des personnes auprès de qui on a vécu et qui les utilisaient pour soigner. Avant, derrière nos maisons, on pouvait facilement trouver des plantes, mais aujourd’hui, ce n’est plus évident. Ici, au niveau de l’Iphametra, nous mettons un accent sur la conservation du site, via la construction d’une barrière, car nous recevons régulièrement les visites des vandales », a-t-il déclaré.

Les plantes médicinales méritent une meilleure attention
Dans un article publié sur legacy.tropicos.org le 12 janvier 2024 au sujet de la flore gabonaise, les auteurs révèlent que 12 % des espèces à haute valeur pour la conservation sont considérées comme menacées, selon le critère B de la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), notamment dans la région de Libreville, où l’urbanisation grignote les milieux naturels.
Par ailleurs, il en ressort qu’au moins 20 espèces végétales présentes uniquement dans la forêt de Mondah, située au nord et au nord-ouest de Libreville, entre la ville et le Cap Estérias, sont hautement menacées d’extinction.
À l’occasion du deuxième Sommet mondial sur la médecine traditionnelle, coorganisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Inde, les Nations unies rappellent que près de 90 % des États membres, soit 170 sur 194, déclarent que 40 à 90 % de leur population utilisent la médecine traditionnelle. « L’utilisation des plantes médicinales n’est pas à banaliser, mais mérite un autre regard pour réaliser des économies et améliorer les résultats en matière de santé » indique l’OMS.
Image de bannière : Marie Obone Obiang, tradipraticienne montrant une plante qui permet de soigner les fusils nocturnes, dans son jardin dans la banlieue de Libreville, la capitale du Gabon. Image de Betines avec son aimable autorisation.
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