- La République démocratique du Congo prévoit d’exporter en 2026, vers les États-Unis, près de 100 000 tonnes de cuivre provenant de la mine de Tenke Fungurume située au sud-est du pays.
- Cette exportation s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique RDC–États-Unis prévoyant un droit de première offre et une fiscalité préférentielle, pour les Américains.
La République démocratique du Congo prévoit d’exporter 100 000 tonnes de cuivre vers les États-Unis en 2026. Cette annonce a été faite le 12 janvier 2026, par la Société générale des carrières et des mines (GÉCAMINES), la compagnie nationale minière congolaise, via son site internet.
Ce cuivre proviendra de la mine de Tenke Fungurume située non loin de Kolwezi, dans le sud du pays. La mine est exploitée par la compagnie chinoise CMOC Group Limited, en partenariat avec la GÉCAMINES.
« Nous sommes heureux de cette première opération, qui concrétise un travail mené depuis plus d’une année, pour renforcer la position de la République démocratique du Congo, sur l’échiquier mondial des matières premières, et concrétiser la volonté de l’État congolais d’asseoir sa souveraineté sur son sous-sol », a déclaré, dans un communiqué, Placide Nkala Basadilua, directeur général de la GÉCAMINES.
Grâce à un accord passé en 2023 entre la GÉCAMINES et CMOC Group Limited, la RDC a le droit d’acquérir 20 % de la production minière de Tenke Fungurume et de la vendre à un partenaire au prix de son choix. La GÉCAMINES a choisi de vendre sa quote-part aux États-Unis. « Le Congo doit diversifier ses partenaires et ne pas seulement traiter avec une seule puissance au détriment des autres », explique Jean-Pierre Okenda, expert en gouvernance des ressources naturelles, joint au téléphone par Mongabay.

Priorité aux Américains
L’exportation du cuivre congolais vers les États-Unis s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de partenariat stratégique signé en décembre 2025, entre les deux pays, pour renforcer la coopération économique autour des minerais et établir une entente sur la sécurité régionale, selon la GÉCAMINES.
Cet accord, consulté par Mongabay, dit qu’il vise à garantir un « accès stable, prévisible et de long terme » aux minerais critiques congolais pour les acteurs américains et leurs partenaires.
Le terme « minerais critiques » y désigne des ressources ayant une importance stratégique élevée, car indispensables à des secteurs clés de l’économie et de la sécurité nationale. Leur caractère critique tient également à la concentration géographique de la production, aux instabilités politiques, aux contraintes logistiques, ainsi qu’à la dépendance vis-à-vis d’un nombre limité de pays producteurs.
Concrètement, l’accord crée une Strategic Asset Reserve (SAR), définie dans le document comme une liste « d’actifs de minerais critiques, d’actifs aurifères et de zones d’exploration non licenciées » désignés par l’État congolais dans le cadre du partenariat avec les États-Unis. L’accord, signé le 4 décembre 2025, prévoit que la RDC établisse cette liste « dans un délai de trente (30) jours à compter de son entrée en vigueur ».
Les projets inscrits dans cette réserve sont soumis à un régime préférentiel qui accorde un « droit de première offre » aux entreprises américaines et à leurs partenaires. L’article 7(3) de l’accord spécifie que, lorsqu’un projet relevant de la SAR est annoncé, les entreprises américaines disposent de trois mois pour déposer une proposition. Si elles le font dans ce délai, elles bénéficient ensuite d’une période exclusive de négociation de trois mois pouvant être prolongée une fois. Pendant cette période, la RDC peut demander à plusieurs entreprises américaines qualifiées d’améliorer ou de revoir leurs offres, afin de choisir la proposition la plus avantageuse pour le projet et pour le pays.
Une autre disposition de l’accord encadre les exportations et les chaînes logistiques, notamment à travers la promotion du corridor Sakania–Lobito, présenté comme une route clé pour le transport et l’exportation du cuivre, du cobalt, du zinc et d’autres minerais critiques, ainsi que d’autres biens commerciaux, depuis la RDC vers les États-Unis.
Le corridor Sakania–Lobito est un axe ferroviaire et portuaire reliant le sud-est de la RDC, zone de production minière, au port de Lobito, en Angola, sur l’océan Atlantique.
Mongabay a constaté que l’accord prévoit que « les Parties entendent coopérer, afin d’accroître la compétitivité du corridor Sakania–Lobito, notamment en augmentant, dans des conditions de marché, les volumes de minerais critiques exportés depuis la RDC en utilisant ce corridor ».
À cette fin, le texte précise que la RDC et ses entreprises publiques entendent faire en sorte que « dans un délai de cinq (5) ans, au moins 50 % des volumes de cuivre, 90 % des volumes de concentré de zinc et 30 % des volumes de cobalt que la RDC et ses entreprises publiques choisissent de commercialiser, au titre de leurs droits de participation et de commercialisation contractuelle issus de certains partenariats, soient exportés depuis la RDC via le corridor Sakania–Lobito ».
L’accord prévoit enfin que la RDC établisse des « incitations fiscales, parafiscales et réglementaires préférentielles au bénéfice des personnes américaines » investissant dans ces projets. Le pays s’engage d’ailleurs à modifier sa législation fiscale et douanière dans un délai maximal de 12 mois après l’entrée en vigueur dudit accord.
Image de bannière : Une feuille de cuivre (cathode) à la fin de la chaîne de transformation. Usines de CHEMAF, à Lubumbashi. Image de Didier Makal pour Mongabay.