- À Guider, dans le nord du pays, les agriculteurs bénéficient des connaissances agroécologiques transmises par la Société de développement de coton (Sodecoton) pour restaurer les sols dégradés.
- Les fumures (compost, le biochar), les jachères, le zaï, l’association ou la rotation de cultures sont entre autres techniques de restauration pratiquées au Cameroun.
- L’agro-pédologue Denis Tiki explique que l’une des meilleures techniques de restauration des sols est d’adopter la solution des jachères pour favoriser leur restauration naturelle.
- Le Cameroun compte à ce jour 12 millions d’hectares (29 millions acres) de terres dégradées, majoritairement dans sa partie septentrionale.
GUIDER, Cameroun – Dans un coin de son domicile à Guider, au nord du Cameroun, Louac Yaouba, un agriculteur à la soixantaine sonnée, a constitué un amas de détritus, composé d’ordures ménagères, de fèces d’animaux (bœufs, moutons, chèvres), de tiges mil, de cendre ou encore de feuilles mortes. Ces déchets, laissés à la merci des intempéries, vont se décomposer durant trois mois, et former ce qu’il appelle le fumier organique, un engrais utilisé par nombre d’agriculteurs de la localité pour fertiliser et restaurer les sols arides.
Le fumier organique est l’une des pratiques agroécologiques transmises aux agriculteurs de la région lors de séminaires de formation organisés par la Société de développement de coton (Sodecoton), la principale entreprise de production de coton implantée à Garoua, dans le nord du pays.
Grâce à cette technique, Yaouba a réussi à restaurer son champ de 4 hectares (10 acres), dans lequel il cultive principalement du coton, mais aussi du maïs et des arachides.
« J’ai acquis ce champ en 2002, lorsque je suis allé à la retraite. C’était un terrain stérile que tout le monde évitait d’exploiter. J’ai décidé de l’acquérir et de le viabiliser, étant donné que j’ai appris à utiliser des engrais à base de fèces de bétail pour fertiliser les sols ». « J’utilise le fumier organique, si bien que je n’ai pas besoin d’engrais chimiques », précise cet ancien fonctionnaire des douanes camerounaises, à Mongabay.
Le fumier organique est un amendement naturel issu des matières végétales et animales riches en azote, en phosphore et en potassium, des substances favorisant la fertilité et l’augmentation de la productivité du sol. Cet amendement fait partie des solutions agroécologiques utilisées pour la restauration et la fertilisation des terres dégradées au Cameroun.
L’on peut citer également d’autres solutions à l’instar du compost ou du biochar ; les jachères, la technique du zaï, l’association de cultures ou la rotation de cultures, etc.

L’agro-pédologue camerounais Denis Tiki, auteur d’une étude publiée en 2024, dans la revue African & Mediterranean Agricultural Journal, sur l’occupation et de la dégradation des sols de Yagoua dans la région de l’Extrême-nord Cameroun, a expliqué au téléphone à Mongabay « L’une des techniques qu’on recommande vivement aux paysans, c’est de laisser les sols en jachère pendant au moins 4 à 5 ans, lorsqu’ils sont déjà dégradés, pour qu’ils arrivent à se restaurer de façon naturelle ».
Ce chercheur, affilié à l’Institut de recherche agricole pour le développement du Cameroun (IRAD), explique qu’il est également important d’adopter une association de cultures en utilisant des cultures ayant une forte capacité de fixation d’azote atmosphérique telles que les légumineuses et les céréales.
Il préconise également la rotation des cultures qui permet au sol, à la prochaine campagne agricole, de récupérer les nutriments perdus pendant la précédente campagne.
Le Cameroun compte plus de 12 millions d’hectares de terres dégradées, selon les chiffres officiels du ministère de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable.
Dans une interview accordée à Mongabay en décembre 2024, en marge de la COP16 sur la désertification à Riyad, en Arabie Saoudite, le ministre camerounais de l’Environnement, Pierre Helé, a indiqué que le gouvernement est à la recherche de partenaires financiers pour mener des projets de restauration des terres dégradées dans le pays.
« À mon niveau, dans le cadre de cette convention de 12 millions d’hectares de terres dégradées au Cameroun, je vais essayer de voir, avec l’Arabie Saoudite, quel organisme peut nous aider, afin que nous puissions éradiquer ce fléau de désertification et de sécheresse. Et là, ça va s’étendre aux zones forestières », avait-il indiqué.
Mongabay a voulu en savoir un peu plus sur les ambitions du Cameroun dans le cadre du projet de restauration de 12 millions de terres dégradées, mais ses multiples demandes d’information auprès du point focal de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la Désertification (UNCCD) pour le Cameroun, sont restées sans réponse.

Combattre les effets du changement climatique
Tiki soutient également que les pratiques agroécologiques adoptées par les paysans pour restaurer les terres doivent également contribuer à lutter contre les effets du changement climatique.
« Les paysans doivent mettre en place des systèmes de cultures permettant au sol de bien maintenir l’humidité par exemple. Il y a des paysans qui, à la fin des récoltes, nettoient complètement le sol et brûlent tout ; or, le sol a besoin d’une certaine humidité pour pouvoir faciliter la décomposition de la litière. Si le sol reste complètement à nu, il est exposé au problème d’insolation et aux températures élevées comme c’est le cas dans la partie septentrionale ».
Pour faire face aux sécheresses intenses qui se prolongent parfois jusqu’à 7 mois dans l’année dans le nord du pays, Yaouba a aménagé autour de sa ferme agricole des biefs, des sortes de mini-barrages pour favoriser l’infiltration de l’eau et garantir toujours l’humidité du sol même en saison sèche.

Au nord, les variations climatiques constituent un élément perturbateur pendant la saison agricole et s’accompagnent d’incertitudes chez les paysans, n’ayant plus une réelle maitrise du calendrier agricole. Ces variations climatiques sont caractérisées par de très longues saisons sèches, et aussi par des inondations en temps de fortes pluies affectant inéluctablement les rendements agricoles.
En 2024, la Sodecoton a enregistré des pertes financières estimées à 14 milliards de francs CFA (25 millions USD), dues aux effets du changement climatique. En septembre 2025, la Sodecoton et l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC), ont signé un accord de cinq ans, qui permettra, entre autres, de faire un suivi du climat, de ses impacts, et la production des services climatologiques au profit de la Sodecoton.
Image de bannière : L’agriculteur Louac Yaouba inspecte le fumier organique déposée dans sa ferme agricole et en attente d’utilisation. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.
Citation : Tiki, D., Bitom-Mamdem, L., Danala Danala, S., Aboubakar, A., Bienvenue Achille, I., Yerima Yaya Alim, A. & Leumbe Leumbe, O. (2024). Etude et cartographie de la dynamique de l’occupation et de la dégradation des sols de Yagoua (Mayo-Danay, Extrême-Nord Cameroun). African and Mediterranean Agricultural Journal – Al Awamia, (144), 29–44. https://doi.org/10.34874/IMIST.PRSM/afrimed-i144.43947
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