- Diverses innovations ont été proposées pour cultiver des plantes résistantes à la sécheresse.
- L’instabilité climatique a réduit les rendements et poussé les agriculteurs à quitter leurs terres à l’Est du Rwanda.
- Plusieurs pratiques agricoles, susceptibles d’améliorer la sécurité alimentaire, peuvent être adoptées au Rwanda pour faire face aux changements climatiques.
- L’adoption des techniques d’irrigation à petite échelle, dans des zones affectées par la sécheresse, peut contribuer à accroître la productivité agricole.
Françoise Nyirabunani, une agricultrice de 49 ans, originaire de Ndego, une petite localité rurale située dans le district Kayonza à l’Est du Rwanda, a l’air sérieux, mais anxieux. Elle affiche la carrure d’une agricultrice qui vit son métier, mais avec les sécheresses ayant sévèrement touché son village natal, un doute s’installe.
Dans cette région, où la majorité de la population vit de l’agriculture de subsistance, les phénomènes de sécheresse ont perturbé la régularité et l’abondance des pluies, forçant plusieurs agriculteurs à quitter leur foyer pour s’installer dans d’autres zones dotées de terres productives.
« C’était difficile de vivre ici, car les terres agricoles n’étaient plus productives », raconte cette agricultrice, mère de cinq enfants qui a décidé de migrer vers le district de Gatsibo voisin, suite à la famine due à une pénurie de nourriture dans cette localité.
Face à la sécheresse ayant frappé plusieurs villages du district de Kayonza, les responsables agricoles misent sur la valorisation des semences indigènes résistantes aux effets de changement climatique, en vue de stabiliser les productions agricoles dans cette région.
Dans la mise en œuvre de cette initiative visant le renforcement de la résilience communautaire à l’insécurité alimentaire, la priorité est accordée aux tiges de patate douce saines et aux boutures de manioc notamment.

Privilégier les plantes indigènes
L’office rwandais de Développement de l’Agriculture et des Ressources animales (RAB, sigle en anglais) travaille actuellement avec les responsables administratifs locaux, ainsi que des coopératives d’agriculteurs pour promouvoir l’adoption de ces cultures résistantes à la sécheresse.
« L’objectif est d’améliorer la valeur nutritionnelle des patates douces et d’encourager les fermiers à cultiver des variétés qui résistent à la sécheresse et aux maladies ravageuses », explique à Mongabay, Cyprien Muhayimana, directeur de l’agriculture et des ressources naturelles du district Kayonza.
Les experts agricoles soulignent l’importance de l’irrigation dans la culture du manioc, notamment dans la partie Est du Rwanda, où les précipitations sont irrégulières, pendant les saisons sèches ou en période de sécheresse.
Depuis 2014, Rwanda a décidé d’accélérer la mise en place des systèmes d’irrigation, afin d’atténuer les effets des sécheresses qui menaçaient la sécurité alimentaire.
Les petits exploitants agricoles de cette région touchée par la sécheresse sont également encouragés à adopter les techniques d’irrigation à petite échelle (TIPE) pour cultiver principalement des produits à forte valeur ajoutée tels que les fruits et légumes, conformément au plan directeur d’irrigation établi.
En adoptant des pratiques d’irrigation efficaces, l’office rwandais de Développement de l’Agriculture et des Ressources animales, préconise d’atténuer les sécheresses induites par les changements climatiques. Le pays vise à irriguer 132 171 hectares de terres d’ici à 2029.
D’ici à 2028, un projet d’irrigation en cours financé en partie par le Fonds international de développement agricole (FIDA), à hauteur de 206 millions USD et mis en œuvre par le gouvernement rwandais, accompagne les communautés dans la résilience climatique et la gestion durable des terres dans cette région affectée.

Culture indigène face aux aléas climatiques
Parmi les axes prioritaires, figurent les interventions visant notamment à améliorer la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et la résilience climatique de plus de 100 000 ménages d’agriculteurs cultivant le manioc dans 10 districts du Rwanda, dont notamment celui de Kayonza.
Le manioc, cultivé sur environ 147 320 hectares, soit 5,6 % de la superficie totale du territoire rwandais, est considéré par les experts comme une culture essentielle à la sécurité alimentaire, classée deuxième après la banane. Ce tubercule fait vivre plus de 700 000 familles, notamment dans la province Est du pays.
Césarie Kantarama, présidente d’ « Ingabo », un syndicat regroupant les coopératives d’agriculteurs dans les provinces du Sud et de l’Est du Rwanda, souligne l’urgente nécessité de renforcer la résilience alimentaire face aux aléas climatiques, en particulier la partie Est du Rwanda.
« Les cultures indigènes de manioc et de patates douces constitue à la fois une culture de rente et une culture vivrière ; les agriculteurs ont besoin d’adapter leurs pratiques à la sécheresse survenue récemment », affirme-t-elle à Mongabay.
D’autres innovations dans le domaine de l’agriculture constituent une révolution en marche au Rwanda, soutenue par des acteurs innovants et des investisseurs soucieux de renforcer la résilience des petits exploitants agricoles face aux changements climatiques.
Dr Nathan Kanuma Taremwa, chercheur rwandais et enseignant au Collège pour l’Agriculture, la Foresterie et les Sciences alimentaires de l’université du Rwanda, affirme qu’en dehors des semences indigènes, il existe plusieurs pratiques agricoles au pays, susceptibles d’améliorer la sécurité alimentaire face aux changements climatiques.
Figurant parmi les chercheurs très actifs au Rwanda, Dr Kanuma est reconnu notamment pour ses initiatives de lutte contre les changements climatiques à travers les partenariats entre le secteur de l’industrie et celui de la recherche.
« Au-delà de l’adoption semences résistantes à la sécheresse, d’autres solutions innovantes peuvent être bénéfiques tels que les systèmes d’alertes précoces pour les petits exploitants », confie-t-il à Mongabay.
Techniques modernes d’irrigation comme alternatives
Bien que ces cultures indigènes proposées soient tolérantes à la sécheresse et à haut rendement, certains experts du domaine agricole suggèrent également l’adoption des techniques d’irrigation à petite échelle dans des zones affectées par la sécheresse, pour accroître la productivité agricole.
Selon les statistiques officielles, il existe actuellement environ 148 périmètres d’irrigation à travers le pays, couvrant environ 50 000 ha de collines, de zones marécageuses et de petites surfaces irriguées, principalement dans l’Est du Rwanda.
Papias Mucyo, spécialiste du transfert de technologies en gestion des terres et irrigation au sein du Conseil rwandais de développement de l’agriculture et des ressources animales (RAB), explique que les petits exploitants agricoles peuvent lutter contre les effets de la sécheresse dans cette région, grâce à cette méthode d’irrigation qui améliore la croissance et la qualité des cultures.
« La construction de barrages reste essentielle pour faire face aux pénuries d’eau qui affectent la productivité agricole de la région », dit-il à Mongabay.
Image de bannière : Dans le district de Kayonza, le Rwanda fait recours aux plantes indigènes adaptées aux conditions de sécheresse. Image de Aimable Twahirwa.
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.