- Le Programme des Nations Unies pour l'environnement a publié, hier, le septième rapport des Perspectives de l'environnement mondial (GEO-7), un constat alarmant faisant suite aux déclarations du président américain Donald Trump, qui a qualifié le changement climatique de « supercherie ».
- Dans ce contexte, Mongabay a interviewé Sir Robert Watson, co-président du GEO-7, sur la manière de répondre à un leader politique qui rejette les données scientifiques.
Lorsque le président américain, Donald Trump, a pris la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies, fin 2025, qualifiant le changement climatique de « connerie », la communauté scientifique a réagi avec inquiétude.
Quelques mois plus tôt, The Guardian avait rapporté que son programme anti-climat pourrait entraîner 1,3 million de décès supplémentaires dans le monde. En août, CNN documentait la manière dont certains scientifiques s’organisaient pour contrer les tentatives de Trump visant à effacer des archives les recherches climatiques crédibles.
Ce moment illustrait une tendance plus large : la propagation rapide de la désinformation climatique, le retour du greenwashing et un environnement politique mondial de plus en plus hostile à la science, alors même que les émissions augmentent, que la biodiversité s’effondre et que la pollution atteint des niveaux mortels.
C’est dans ce contexte que le Programme des Nations unies pour l’environnement a lancé un nouveau rapport, présenté comme une évaluation environnementale phare, intitulé « L’Avenir de l’environnement mondial 7 (GEO-7) », publié à Nairobi, le mardi 9 décembre 2025.
Rédigé par 287 scientifiques issus de 82 pays, le rapport dresse un tableau saisissant et évocateur de l’environnement mondial : les émissions de gaz à effet de serre continuent de grimper, 20 à 40 % des terres mondiales sont dégradées, la pollution tue neuf millions de personnes par an et un million d’espèces sont menacées d’extinction.
Parmi les co-présidents du GEO-7, figure Sir Robert Watson, l’un des scientifiques environnementaux les plus respectés au monde. Ancien président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organe scientifique de référence des Nations unies sur le climat. Il a passé une grande partie de sa carrière à tenter de faire en sorte que la science éclaire les décisions politiques. Watson était, à Nairobi, cette semaine, pour le lancement du GEO-7.
Alors, que dirait-il à un leader politique rejetant totalement la science ? À ce sujet, Mangabay l’a interrogé.
« Les preuves sont irréfutables », dit-il.
« Si vous aviez quelqu’un comme le président Trump ou un autre leader qui ne croit pas en la science, que lui diriez-vous ? », lui a demandé Mongabay.
Watson n’a pas hésité. « Je lui montrerais simplement que les preuves sont irréfutables. Nous sommes en train de modifier notre environnement, et il existe des moyens rentables de le sauver ».
Une réponse qui résonne fortement à une époque de doute fabriqué, de confusion entretenue et de politisation délibérée de la science.
Pour comprendre pourquoi Watson estime que les preuves sont « irréfutables », il faut regarder ce que le GEO-7 a publié cette semaine à Nairobi, affirme-t-il.

Le rapport avertit que la planète se dirige vers des chocs climatiques plus profonds, une perte accélérée de la biodiversité, une dégradation croissante des terres et une pollution mortelle, à moins que les pays ne transforment radicalement la manière dont ils produisent leur énergie, leur alimentation, et organisent leurs économies.
Invité à résumer le message central du rapport, Watson l’a formulé ainsi qu’il suit : « L’environnement est en train de changer, pas seulement le climat, mais aussi la perte de la biodiversité, la pollution, la dégradation des terres. Tous ces problèmes s’aggravent et ils sont tous liés et doivent être traités ensemble ».
Les conclusions du GEO-7 font écho à des dizaines d’autres évaluations scientifiques publiées, ces cinq dernières années, sur les zones humides, les produits chimiques, les émissions, les points de bascule et la biodiversité. Le Rapport sur l’écart d’adaptation du PNUE avertit que les financements pour l’adaptation chutent, alors que les chocs climatiques s’intensifient. Une autre analyse mondiale récente montre que la désinformation climatique transforme une crise en catastrophe, en sapant la confiance de l’opinion et en retardant l’action politique.
Pourtant, le rapport transmet aussi un message essentiel, à savoir que des solutions existent. Interrogé sur les transformations nécessaires dans la manière dont les sociétés produisent et consomment les énergies, les aliments et les matériaux, comme le recommande le rapport, Watson a répondu : « La façon, dont nous produisons aujourd’hui notre nourriture, dont nous produisons et utilisons l’énergie, entraîne la dégradation de l’environnement. Si nous voulons limiter le changement climatique et la perte de la biodiversité, nous devons nous attaquer à leurs causes profondes ».
Comme le souligne le GEO-7, il pourrait être nécessaire de repenser les systèmes économiques et financiers, qui encouragent la destruction de l’environnement.
« Nous devons examiner nos structures de gouvernance dans le monde entier. Et nous devons aussi examiner nos systèmes économiques et financiers ».

Interrogé sur la question de savoir si les gouvernements écoutent réellement la science, Watson a été prudent dans sa réponse : « Je pense que certains pays agissent clairement. D’autres pays n’agissent pas. C’est très variable ».
« Le secteur privé suit le même schéma », affirme-t-il.
« Certaines entreprises deviennent vraiment plus durables. Certaines agissent rapidement. D’autres plus lentement ».
Cette incohérence, combinée à la polarisation mondiale, a permis à la désinformation et au déni de prospérer ; influençant même certaines politiques nationales.
Beaucoup expriment aujourd’hui des doutes croissants sur la capacité de la politique à être à la hauteur des preuves scientifiques. Mongabay a demandé à Watson comment faire pour que la politique rejoigne enfin la science.
« Ils doivent commencer à croire qu’il est dans l’intérêt de tous d’agir », a-t-il indiqué.
La plupart des traités environnementaux impliquent des ministres de l’environnement qui, dans de nombreux pays, disposent de budgets limités et d’une faible influence sur les ministres des finances ou de l’économie, qui contrôlent réellement les allocations budgétaires. Pour Watson, s’adresser uniquement aux ministres de l’environnement ne suffit pas.
« Nous devons parler directement aux ministres de l’agriculture, de l’énergie, des finances. Et nous devons parler au secteur privé. Nous ne devons pas nous concentrer uniquement sur les ministres de l’environnement ».
En d’autres termes : la science doit être entendue là où se prennent les décisions réelles.
Malgré les données inquiétantes, le GEO-7 identifie des transformations déjà en cours. Watson en souligne plusieurs d’entre elles : « Il sera rentable de changer notre système énergétique.
Il sera rentable, socialement acceptable et écologiquement durable de changer notre système alimentaire », note-t-il.
Le rapport décrit des voies concrètes dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation, des matériaux et de la finance. Mais Watson insiste. Selon lui, les gouvernements doivent investir dès maintenant s’ils veulent en récolter les bénéfices à long terme.
« Vous devez investir maintenant pour obtenir ces bénéfices à long terme. Ce n’est pas gratuit aujourd’hui », a-t-il souligné.
Image de bannière : Sir Robert Watson, l’un des plus éminents scientifiques environnementaux au monde et coprésident du GEO-7, assiste au lancement du rapport à l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement à Nairobi, au Kenya. Image par Photographe/PNUE.
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