- La réintroduction des rhinocéros blancs dans le Parc national de Garamba, dans le nord-est de la RDC, a marqué une étape supplémentaire majeure, début décembre 2025, avec l’arrivée de 24 nouveaux individus.
- Exemple de coopération entre l’État, les organismes de conservation et les investissements privés, ce modèle peut inspirer d’autres opérations de repeuplement d’espèces disparues, selon les experts.
- Mais il faut plus de sécurité et des études plus approfondies en amont de telles opérations, aux dires des experts.
Le pari semble prometteur dans le Parc national de Garamba, situé dans l’extrême nord-est de la République démocratique du Congo, où sont arrivés 24 nouveaux rhinocéros blancs du sud (Ceratotherium simum), le 10 décembre 2025.
Pour la deuxième fois, après le repeuplement ayant servi de test en 2023, cette aire protégée accueille l’une de ses espèces phares, disparue il y a plus de deux décennies. En cause, le braconnage, amplifié notamment par environ trois décennies d’instabilités, et des violences armées dans la région orientale du Congo.
A l’origine de ce repeuplement, délicat tant il nécessite soins, études préalables et suivi, quatre acteurs ayant joint leurs efforts. Il s’agit de l’association sud-africaine African parks, qui mise sur le repeuplement de 2 000 individus sur le continent, le concours financier des entreprises Barrick et Kibali exploitant l’or dans l’Ituri en RDC, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et la Réserve de conservation Munwana du KwaZulu-Natal en Afrique du sud.
Le communiqué annonçant cette nouvelle souligne une étape majeure dans la restauration écologique de Garamba, classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Il note également la garantie de sécurisation de l’avenir du rhinocéros blanc en Afrique centrale. D’après le même document, Garamba offre des conditions jugées favorables à long terme, quant à l’habitat, la sécurité renforcée, l’appui de l’État et la coopération communautaire.
Pour que les animaux réintroduits ne fassent pas de nouveau l’objet de braconnage, le Responsable des relations publiques et des médias à African Parks, Helen Hancock, propose de s’appuyer sur la collaboration entre divers acteurs.
« Une sécurité éprouvée, une gestion rigoureuse et des relations étroites entre le gouvernement et les communautés locales permettront à Garamba de devenir un refuge pour l’espèce en Afrique centrale. Les solutions, pour la protection à long terme de Garamba, sont multiples et comprennent deux volets principaux : le renforcement de l’application des lois de conservation pour lutter contre le braconnage et le développement durable de la zone, afin de générer des retombées socio-économiques positives pour les communautés environnantes », explique Hancock à Mongabay.
Hancock explique, par ailleurs, que la réintroduction du rhinocéros dans cette aire protégée peut contribuer à la restauration d’autres ongulés herbivores. C’est reconnu que par le fauchage qu’il opère, cet herbivore crée des conditions favorables de pâturage pour d’autres espèces. Il s’ensuit dès lors qu’« en nombre suffisant, les rhinocéros blancs contribuent à l’hétérogénéité du paysage et influencent les régimes d’incendies en réduisant la quantité de combustible et en créant des pares-feux », explique la même personne.

Reproduire ailleurs le modèle de Garamba
Le succès de la réintroduction du rhinocéros dans le Parc national de Garamba en 2023, lors de la première opération, fait croire aux possibilités de reproduction de ce modèle. Dans le Katanga, par exemple, certaines espèces comme le guépard qui habitait la région des parcs Upemba et Kundelungu, voisins dans le Katanga, sont considérées comme disparues.
Ont également disparu de cette région, d’après les experts, le rhinocéros noir (Diceros bicornis), le buffle géant ou buffle de savane (Syncerus caffer), ainsi que l’éléphant de savane (Loxodonta africana). S’il reste à ce jour à établir rigoureusement la liste des espèces disparues, étant donné l’absence d’études exhaustives, d’après la remarque de Michaël Batakunda, expert en conservation communautaire ayant travaillé jusqu’à 2025, pour le Parc national de l’Upemba, les causes des disparitions avérées ou supposées sont les mêmes. Il s’agit de la pression humaine sur les écosystèmes à cause de l’agriculture intensive, l’expansion minière, le braconnage et les conflits.
Selon Batakunda, le modèle de Garamba peut être répliqué dans cette région ou ailleurs en RDC. Mais, selon lui, des préalables s’imposent : éliminer le braconnage, les conflits et l’insécurité ayant un impact sur la conservation.
Les conflits, qu’a connus le Katanga depuis la guerre dite de libération ayant conduit Laurent-Désiré Kabila au pouvoir en 1997, et la deuxième guerre du Congo ayant conduit à son assassinat le 16 janvier 2001, ont fortement fragilisé Upemba et Kundelungu. Les miliciens Maï-Maï, par exemple, ont plusieurs fois attaqué l’administration du Parc national de l’Upemba et sa faune.

Les herbivores d’abord, les carnivores ensuite
Pour Batakunda, lorsque persistent les menaces, le taux de reproduction des grands mammifères chute. « Il est possible de restaurer les cheptels fauniques des parcs du Katanga en suivant les mêmes modèles que Garamba, mais à condition de rétablir d’abord l’intégrité écologique et la chaîne trophique », explique Batakunda.
Mais la restauration des populations des carnivores tel que le guépard considéré comme disparu du Katanga, exige d’autres précaution. « Il faut que les densités de proie potentielle se restituent d’avantage », explique Manuel Weber du département de biomonitoring au Parc national de l’Upemba. La restauration préalable de la chaîne trophique devrait dans ce cas suivre le principe « les herbivores d’abord, et ensuite les carnivores », souligne Batakunda.
Mais pour que la conservation soit durable, Batakunda propose un modèle économique associant acteurs publics, capitaux privés et instances de conservation inspirée de la réintroduction des rhinocéros à Garamba. « Aujourd’hui, la conservation ne doit plus être vue seulement comme un patrimoine immatériel, mais comme un levier économique, notamment à travers les crédits biodiversité et les partenariats public-privé », souligne Batakunda.
Une telle perspective de gestion doit s’appuyer sur les communautés locales. Pour Jean-Luc Mwamba en charge de la communication à l’ICCN, « le retour de cette espèce longtemps disparue représente une immense fierté et un espoir transmis aux générations futures ». Puisque, explique-t-il à Mongabay, il représente l’opportunité de reprise du tourisme vers la région.
Image de bannière : Libération de rhinocéros dans le boma de rétention du Parc national de la Garamba. Image de Wiki West/African Parks.
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.