- Selon une nouvelle étude, le financement international destiné à aider les pays à atteindre l’objectif « 30x30 » est déficitaire de plusieurs milliards de dollars.
- L’étude indique que les pays en développement ont besoin d’environ 6 milliards USD par an, d’ici à la fin de la décennie, pour l’atteinte de l’objectif « 30x30 ».
- Le ministre de l’Environnement de la Sierra Leone, Jiwoh Abdulai, estime que le financement de la biodiversité n’est pas un acte caritatif, mais un investissement dans l’intérêt de tous.
Une nouvelle étude lancée à l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, tenue à Nairobi, au Kenya, avertit que, bien que le financement international destiné à aider les pays à atteindre l’objectif « 30×30 » progresse, il reste encore inférieur de plusieurs milliards de dollars aux besoins réels.
Le rapport State of International 30×30 Funding, produit par le cabinet Indufor et soutenu par Campaign for Nature, The Pew Charitable Trusts et Rainforest Foundation Norway, analyse les financements publics et philanthropiques destinés aux aires protégées et conservées, dans les pays en développement, depuis 2014.
Il révèle que les financements internationaux annuels ont augmenté d’environ 150 % au cours de la dernière décennie, atteignant un peu plus de 1,1 milliard USD en 2024. Mais pour réaliser la Cible 3 du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal — conserver au moins 30 % des terres, des eaux intérieures et des océans d’ici à 2030 — les seuls pays en développement auront besoin d’environ 6 milliards USD par an d’ici à la fin de la décennie. Au rythme actuel, le rapport estime à 4 milliards USD le déficit annuel d’ici à 2030.
Les auteurs qualifient leur estimation de conservatrice, soulignant que l’analyse ne couvre que les flux clairement liés aux aires protégées et conservées, et qu’elle repose sur des données incomplètes des donateurs. Néanmoins, affirment-ils, la tendance est claire : la croissance récente ne correspond pas aux engagements pris dans le cadre du Cadre mondial pour la biodiversité.
Des disparités régionales et thématiques persistent également. L’Afrique reçoit désormais près de la moitié de tous les financements recensés, tandis que les petits États insulaires en développement ne reçoivent que 4,5 %, malgré leur statut prioritaire dans le Cadre mondial. Les écosystèmes marins ne bénéficient que de 14 % des financements, alors que l’océan couvre la majorité de la planète, et environ 82 % des fonds sont destinés au renforcement des aires protégées existantes, plutôt qu’à leur expansion ou au soutien de la conservation menée par les peuples autochtones et les communautés locales.

Le rapport souligne également la forte dépendance envers un petit groupe d’acteurs : cinq grands donateurs et mécanismes — dont l’Allemagne, la Banque mondiale, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), l’Union européenne et les États-Unis — fournissent plus de la moitié des financements recensés. Une concentration qui, prévenant les auteurs, rend l’objectif 30×30 « vulnérable aux changements politiques et aux priorités fluctuantes » d’un petit nombre de pays et d’institutions.
Pour les ministres des pays riches en biodiversité, ces conclusions sont à la fois familières et alarmantes. Le ministre de l’Environnement de la Sierra Leone, Jiwoh Abdulai, a déclaré à Mongabay Afrique que les pays en première ligne paient déjà le prix des retards.
« Je pense que nous devons simplement continuer à rappeler au monde qu’il s’agit d’une question d’urgence, » a-t-il dit. « Pour nous, pays en première ligne, l’urgence est réelle, parce que nous la ressentons maintenant. Nous en voyons les impacts sur nos vies, sur les moyens de subsistance. Ce n’est pas quelque chose d’abstrait pour nous ».
Il a averti que réduire l’aide aujourd’hui ne fera qu’augmenter les coûts demain. « Les coûts ne resteront pas constants, et ils ne sont pas linéaires. Plus nous attendons pour résoudre ces problèmes, plus les coûts augmenteront de façon exponentielle », a-t-il expliqué.
Abdulai soutient que les pays riches doivent considérer le financement de la biodiversité, non pas comme un acte caritatif, mais comme un investissement dans leur propre intérêt. C’est pourquoi, dit-il, il met l’accent sur l’économie, lorsqu’il s’adresse à ses homologues.
« Ce n’est pas de l’altruisme de leur part. Ils ne donnent pas de l’argent pour nous sauver. C’est aussi une question de leur survie. C’est la survie de leurs économies », a-t-il déclaré.
Image de bannière : Éléphants des forêts d’Afrique (Loxodonta cyclotis). Image de Jean-Paul Boerekamps via Wikimédia Commons (Domaine public).
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