- Un projet de restauration récifale, mené par le WWF avec les communautés et les chercheurs locaux, a été initié en septembre 2024, à Itampolo, à Toliara, dans le sud-ouest de Madagascar.
- Mais, alors que les coraux en nurserie commençaient tout juste à croître, ils ont été détruits après le passage du cyclone Honde, en février 2025.
- Les équipes techniques et les villageois gardent espoir et persévèrent en reconstruisant les pépinières et en effectuant des transplantations directes.
Les récifs coralliens du sud-ouest de Madagascar font face à des décennies de pressions humaines en raison de la pauvreté de la région et de la diminution des ressources de pêcherie. Pour tenter d’y remédier, le WWF lance un projet pilote de restauration récifale, en collaboration avec les communautés et les chercheurs locaux. Le projet se heurte cependant à de nombreuses difficultés, et les communautés doivent s’armer de patience pour en tirer des avantages.
S’étendant sur environ 33 kilomètres carrés, le Grand récif de Toliara, au large de la côte sud-ouest de Madagascar, est le plus grand complexe récifal de l’île et de l’océan Indien occidental. À l’instar de la plupart des récifs coralliens dans le monde, il fait face à des perturbations naturelles faites de blanchissement et de sédimentation et des perturbations d’origine humaine donnant lieu à la pollution marine, à la surpêche, etc.
Ces facteurs de stress chronique ont entraîné un important déclin de la couverture corallienne au cours des cinq dernières décennies. D’après une étude publiée le 5 octobre 2021, dans la revue Diversity les taxons à l’architecture complexe tels qu’Acropora et Pocillopora ont enregistré une perte allant jusqu’à 50 %.
En particulier, les pressions humaines sont de plus en plus importantes. Les communautés de la région, parmi les plus pauvres du pays, sont fortement dépendantes de la pêche pour leur survie. Pour tenter de remédier à la perte du récif, le Fonds mondial pour la nature (WWF) à Madagascar, a entrepris un projet de restauration corallienne dans le sud-ouest en établissant un site pilote dans la petite commune d’Itampolo.
Financée par Blue Action Fund, l’initiative a été lancée en septembre 2024, en collaboration avec les communautés locales et des chercheurs de l’Institut halieutique et des sciences marines (IHSM) de Tuléar. « Notre objectif est d’essayer de restaurer l’écosystème récifal à un état proche de celui d’avant sa dégradation actuelle », explique, lors d’un échange téléphonique avec Mongabay, Mahery Randrianarivo, assistant technique maritime en charge du projet au WWF Madagascar.

Des débuts difficiles
Pour identifier le site pilote, WWF et ses collaborateurs scientifiques ont effectué une étude de reconnaissance et un suivi ponctuel depuis 2014, pour identifier le site récifal ayant le plus besoin d’être restauré. Le processus incluait également la demande d’approbation des villageois et des autorités locales.
« Lorsque l’on travaille dans des régions, où la communauté dépend fortement de l’écosystème marin, comme le sud-ouest de Madagascar, il est essentiel que la communauté locale participe à la prise de décision et que les projets s’alignent sur les priorités et les besoins locaux », a expliqué, dans un email, à Mongabay, Amber Carter, scientifique socio-écologiste marin à l’université d’Édimbourg.
Suite aux enquêtes, les équipes techniques ont été étonnées de constater que bien que les températures marines soient légèrement plus basses que celles du nord de Madagascar, les récifs coralliens subissent plus de blanchissement. Le site de Kapikara, un « patch reef » (un récif isolé situé au milieu d’un lagon) d’un hectare a été choisi. Le site est considéré comme l’un des plus dégradés du paysage Mahafaly et a aussi été choisi en raison de sa forte susceptibilité au blanchissement corallien.
Le choix a été finalisé en 2024, après l’épisode de blanchissement ayant frappé 84 % des récifs du monde entier la même année et l’année précédente. En utilisant l’outil Coral Reef Watch de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), les équipes ont identifié un pic de blanchissement de février à mai 2023, où 38 % des coraux de Kapikara ont montré des signes de blanchissement. 6 % des coraux ont été perdus pendant ce pic, un chiffre qui est passé de 9 % en juin, au cours de la période post-blanchissement.
« Ils nous ont montré en vidéo l’état de destruction du récif et cela nous a convaincus », a déclaré dans une interview avec Mongabay, Tsitsobo Brack Fort Folizeny, pêcheur à Itampolo et président de la coopérative de pêcheurs Soafiavy. De plus, selon Randrianarivo, le fait que plus personne ne pêche au niveau de la zone (quasiment sans poisson, car trop dégradée) a aussi facilité les choses.
Les premières pépinières ont été immergées en décembre 2024, avec environ 2000 coraux collectés sur des sites donneurs, et avec un objectif de transplantation sur 500 m2. Les fragments de coraux ont été fixés au niveau de 122 structures métalliques en forme d’arbres dans les nurseries et y restent pendant 6 à 9 mois avant la transplantation. Cette dernière est effectuée en fixant les fragments au niveau de structures en forme d’araignée pouvant supporter chacune 8 boutures.

Les communautés locales participent au projet en aidant à la construction des structures métalliques ou pour le transport des matériels. Elles attendent en retour d’obtenir davantage de ressources (subsistance) et peut-être plus tard d’attirer des touristes. Elles espèrent aussi étendre l’effort à d’autres communautés, d’après Folizeny.
Cependant, alors qu’il était initialement prévu de les transplanter au mois d’août, les coraux de la nurserie ont été intégralement détruits lors du passage du cyclone Honde, en février 2025. « L’une de nos principales limites est que nous ne disposons pas d’une base fixe sur place », explique Randrianarivo. « Il n’y a donc pas encore de protocole pour ce genre d’événement et on a dû juste attendre que le cyclone passe pour constater les dégâts après », dit-il.
Le projet présente aussi une limite dans la mesure où le Blue Action Fund s’achèvera en 2027, selon Randrianarivo. Or, selon lui, les projets de restauration corallienne nécessitent au moins 5 ans, car c’est le temps nécessaire aux coraux pour devenir adultes.
« Il est essentiel d’avoir un plan de financement à long terme et cohérent, qui ne soit pas lié à des résultats rapides et qui intègre des mesures d’urgence contre les perturbations environnementales, telles que les cyclones ou le blanchiment de masse », recommande Carter.
Un nouvel élan d’espoir
Après la destruction de la pépinière, les équipes ont décidé de la reconstruire, tout en effectuant des transplantations directes après avoir identifié, au mois de mars, un site donneur, où de nombreux fragments de coraux vivants sont tombés naturellement. Les transplantations directes consistent à transplanter directement les coraux sans passer par les pépinières. Environ 1000 fragments ont été introduits dans les nouvelles pépinières, tandis que près de 3600 ont été transplantés.
D’après Folizeny, le site de transplantation a déjà commencé à attirer des animaux. « Les pertes, suite au cyclone, ont été un coup dur pour nous, mais on garde espoir. Si maintenant, il y a déjà plus de poissons qu’avant, imaginez ce que ça aurait été s’il n’y avait pas eu le cyclone… », conclut-il avec optimisme.
Image de bannière : Le site de transplantation du WWF Madagascar à Kapikara, à Itampolo. Image de Mahery Randrianarivo, WWF Madagascar avec son aimable autorisation.
Citation :
Botosoamananto, R.L., Todinanahary, G., Razakandrainy, A., Randrianarivo, M., Penin, L., Adjeroud, M. (2021). Spatial Patterns of Coral Community Structure in the Toliara Region of Southwest Madagascar and Implications for Conservation and Management. Diversity, 13, 486. https://doi.org/10.3390/d13100486
Récifs coralliens : Vers un effondrement irréversible d’ici à la fin du siècle ?
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