- D’après une étude des chercheurs de Climate Central, il existe un « point idéal » pour les températures du marathon, où les coureurs donnent le meilleur d’eux-mêmes. Mais, à mesure que la planète se réchauffe, ces conditions optimales deviennent moins probables, le jour de la course.
- Sur les 221 courses mondiales analysées par les chercheurs, 190, soit 86 %, verront une baisse des conditions de course optimales pour les coureurs d’ici à 2045.
- D’après les chercheurs, il serait plus adéquat de programmer les courses à des périodes plus fraîches de l’année, ainsi qu’à des heures de départ de course plus précoces pour augmenter les chances d’obtenir des températures de course optimales.
Le changement climatique affecte les performances sportives des coureurs de marathon, épreuve où les Africains sont performants. Ce, en modifiant les conditions de performance et de récupération des athlètes à cause notamment de la hausse des températures.
Telle est l’une des principales conclusions d’une étude publiée en octobre dernier, par des chercheurs du Groupe indépendant de scientifiques Climate Central, dont les travaux portent sur les évolutions du climat et la manière dont cela affecte la vie des gens.
Les chercheurs démontrent, après avoir analysé 221 courses dans le monde, qu’il existe un « point idéal » pour les températures du marathon, où les coureurs donnent le meilleur d’eux-mêmes.
L’échantillon comprend notamment les sept marathons majeurs du circuit « Abbott World Marathon Majors », les plus prestigieux que sont les marathons de New York, Boston, Chicago, Londres, Berlin, Tokyo et Sydney ; les courses du label World Athletics (considérées comme les plus importantes dans le monde) ; des courses représentatives sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique, et au moins une course dans chaque pays européen, chaque province canadienne et chaque État américain.
En analysant l’impact de la température sur la vitesse des marathoniens, les chercheurs ont constaté que, chez les coureurs de haut niveau, les hommes sont plus performants pendant les temps frais (en moyenne, environ 4 °C ou 39 °F) et les femmes pendant les temps un peu plus chauds (10 °C ou 50 °F).
Mais, à mesure que la planète se réchauffe, ces conditions optimales, le jour de la course, deviennent moins probables. Le rapport explore ainsi les courses qui devraient rester en lice pour battre des records et celles qui risquent de perdre leur avantage concurrentiel.
« Certaines courses se déroulent presque toujours dans des conditions de températures supérieures aux températures optimales [par exemple, à Miami]. Cependant, des courses comme le marathon de Tokyo ont une forte probabilité de bénéficier de bonnes conditions [69 % pour les coureurs d’élite et 78 % pour les coureuses d’élite] », déclare à Mongabay par email, Dr Andrew Pershing, Directeur des programmes à Climate Central, qui a participé à l’étude.

Les conditions de course sont également difficiles en Afrique, où l’année 2024, a été l’une des plus chaudes jamais enregistrées « Quand il fait chaud, le coureur dépense beaucoup en énergie et la récupération est très lente. La plupart des courses auxquelles j’ai participé, j’ai eu des difficultés. La majorité des compétitions courues, c’est à environ 35°C. J’ai couru à Abidjan à presque 40°C. En Afrique, il fait chaud lors des courses. Il est difficile d’y réaliser des performances », affirme à Mongabay au téléphone, Juslin Foimi, Coureur de marathon, vainqueur de l’édition 2025 du Marathon International de Douala au Cameroun, qui s’est déroulé le 30 novembre 2025.
« Notre analyse s’est concentrée sur les températures optimales pour les coureurs. Ces températures sont nettement inférieures à celles considérées comme dangereuses. Cependant, nous avons constaté que certaines courses se sont déroulées à des températures plus critiques. Le marathon de Berlin, cette année, a été marqué par une chaleur accablante, et les organisateurs ont conseillé aux participants de ralentir. Le marathon des Twin Cities [entre Minneapolis et Saint Paul aux Etats-Unis, Ndlr], a été annulé en 2023, en raison de la chaleur », dit Dr Pershing.
Par ailleurs, l’étude indique que les coureuses professionnelles sont plus résilientes. Elles arrivent malgré tout à maintenir des performances optimales à des températures plus élevées que les hommes.
Pour Dr Thom Bolivar, Médecin du sport, sous-directeur en charge de la médecine du sport au ministère des Sports et de l’éducation physique du Cameroun, il est important, dans un contexte d’élévation des températures, et si l’on est en compétition, que les mécanismes d’adaptation se mettent en place. « Si on ne prend pas les dispositions qu’il faut, l’excès de chaleur peut développer chez l’athlète des coups de chaleur (…) Il y a les méthodes d’adaptation climatique qu’il faudrait prendre en compte en fonction des zones de compétition. Il faut d’abord analyser la zone où on va compétir, relever les conditions météorologiques, et prendre une zone similaire à celle-ci pour permettre à l’athlète de s’adapter », déclare-t-il à Mongabay au téléphone.
En outre, pour éviter divers malaises, « il, faut mettre les supplémentations en place pour que, lorsque l’athlète se retrouve dans ce cadre, il ne puisse pas faire certaines pathologies comme les coups de chaleur et autres, développer les mécanismes dans le sens de la prévention des blessures, à travers les différentes supplémentations qu’on lui donne », ajoute Dr Bolivar.
Ce, sans oublier les remplissages hydriques (pour éviter la déshydratation) et énergétique, le suivi de l’alimentation sur le plan diététique et nutritionnel, etc.

Des départs plus tôt dans la journée
Pour les chercheurs, des heures de départ de course plus précoces (plus près du lever du soleil plutôt que tard le matin) augmenteraient les chances d’obtenir des températures de course optimales. « Courir pendant les heures les plus fraîches de la journée serait le plus avantageux pour les athlètes d’élite hommes, augmentant les chances de conditions optimales en 2025 de 44 points de pourcentage à Londres de [17 % à 61 %] , de 31 points de pourcentage à Tokyo [de 57 % à 88 %] , et de 27 points de pourcentage à Boston [de 53 % à 80 %] », indique l’étude. Mais pour le marathonien Foimi, cette précaution ne garantit pas forcément des conditions de course optimales en Afrique. « Même, avec des départs plus tôt, nous allons toujours souffrir. Si on lance une course à 6h du matin par exemple, dans les zones où il fait chaud, à cette heure-là, il y a déjà du soleil. Il est difficile de courir pour la performance. On court pour gagner. A partir de 22°C, c’est déjà difficile de courir et de performer. Si un coureur parvient à réaliser une bonne performance dans ces conditions, ça voudrait dire qu’il est capable de faire beaucoup mieux avec des températures plus clémentes. Il y a des Kényans qui courent le marathon en 2h10mn environ. Mais, quand ils arrivent ici [au marathon de Douala, ndlr], ils n’arrivent pas à réaliser un temps de 2h30 ou 2h40, à cause de la chaleur », dit Foimi.
Le coureur recommande de s’entraîner en altitude, où il y a peu d’oxygène, afin de réaliser de meilleures performances au marathon. « Nous avons essayé de lancer la course pas trop tard [7h41 mn, ndlr], la météo ayant justement prévu un temps chaud », déclare à Mongabay Eliane Nana, Directrice générale de Tara Sport and Entertainment, organisatrice du Marathon International de Douala avec la Ligue régionale d’athlétisme du Littoral.
Les promoteurs ont également veillé à doubler la quantité du ravitaillement, afin que les athlètes ne souffrent pas de déshydratation. En outre, pour améliorer les conditions de course, le transport des officiels s’est effectué par motos électriques. « Cette solution est bénéfique pour les coureurs puisqu’elle empêche le rejet de fumée toxique dans l’air, ce qui impacte la respiration et, partant, la performance des athlètes », dit Nana. Pour Dr Pershing, d’autres courses pourraient améliorer leurs chances de bénéficier de températures optimales en se déroulant à une période plus fraîche de l’année, par exemple, quelques semaines plus tard en automne.
Image de bannière : Le Marathon de la Paix de Kigali a été lancé en 2004 comme une course amateur visant à utiliser le sport comme outil de guérison et de réconciliation après le génocide de 1994 contre les Tutsis. L’événement est devenu l’une des manifestations sportives annuelles les plus respectées de la région et du continent, et figure parmi les événements sportifs les plus populaires du Rwanda, organisé chaque année avec le célèbre Tour du Rwanda. Image de Isma250 via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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