- Selon le rapport 2025 de l’Agence internationale de l'énergie sur les perspectives énergétiques mondiales, le réchauffement climatique pourrait être limité à 1,5 °C d’ici à 2100, grâce à la neutralité carbone, à la réduction des autres gaz à effet de serre et à l’utilisation de technologies de capture du CO₂.
- Le rapport souligne que l’approvisionnement actuel en pétrole et gaz est suffisant, et qu’aucun nouveau projet fossile n’est nécessaire ; la priorité doit être donnée à l’efficacité énergétique, à la décarbonisation et aux énergies renouvelables, pour garantir une économie stable et protéger les populations.
- Pour atteindre cet objectif, il est crucial que les pays et les acteurs industriels mettent en œuvre des politiques ambitieuses, élaborent des contributions nationales déterminées renforcées et investissent dans les énergies propres.
Malgré la tendance à la hausse du réchauffement du climat à l’échelle de la planète, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans son rapport 2025, sur « les perspectives énergétiques mondiales » (World Energy Outlook), publié en novembre dernier, montre qu’il est encore possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C au cours de ce siècle. Une projection que l’agence fonde sur son scénario NZE « zéro émission nette d’ici 2050 ».
« Notre scénario des politiques actuelles est en ligne avec une trajectoire d’environ 3°C. Notre autre scénario, celui des politiques annoncées, est d’environ 2,5°C. Et comme nous le faisons ces dernières années, nous avons aussi un scénario de neutralité carbone, qui est bien sûr en ligne avec la trajectoire de 1,5 degré », a dit Dr Fatih Birol, Directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), lors d’une conférence de presse diffusée sur la page YouTube de l’AIE.
Selon le scénario Zéro Émission Nette (NZE) d’ici à 2050, publié par l’AIE, le réchauffement mondial devrait atteindre son maximum autour de 2050, à environ 1,65 °C. Après ce pic, la courbe commencerait à s’infléchir grâce à l’essor des technologies d’élimination du CO₂, à la baisse des émissions des autres gaz à effet de serre et au refroidissement naturel du système terrestre une fois la neutralité carbone atteinte.
Selon l’AIE, cette combinaison d’efforts marqués d’une volonté politique permettrait de ramener le réchauffement sous le seuil de 1,5 °C d’ici à 2100.
Pour parvenir à ces conclusions, les experts de l’AIE ont eu recours à différentes données et approches d’analyses, ainsi qu’à différentes étapes, dont une évaluation indépendante, menée par 175 experts.
« La préparation du World Energy Outlook prend environ un an, et nous avons toute notre équipe de modélisation. C’est donc un travail d’un an entièrement axé sur les données. Nous examinons les données, les dernières politiques, nous faisons notre exercice de modélisation et nous présentons toutes les conclusions de ces différents scénarios, et très clairement quelles sont les hypothèses qui mènent à différents scénarios », a dit Laura Cozzi, directrice Durabilité, Technologie et Perspectives à l’AIE.

Pas besoin de nouveaux projets d’énergies fossiles
Ayant focalisé ces scénarios sur le secteur de l’énergie, les experts de l’AIE indiquent que l’approvisionnement en pétrole et en gaz provenant des projets existants est largement suffisant pour répondre à la demande dans un scénario où le réchauffement est limité à 1,5 °C.
Selon leur analyse, aucun nouveau projet de production d’énergies fossiles n’est nécessaire si l’on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’énergie, et limiter le réchauffement global.
D’après Maria Pastukhova, responsable du programme Transition énergétique, chez E3G, un think tank indépendant basé à Berlin, en Allemagne, une telle orientation ne constitue pas seulement des mesures climatiques, mais aussi des impératifs économiques.
« Le World Energy Outlook de cette année fait sans ambiguïté les choix qui s’imposent pour le système énergétique mondial et l’économie mondiale. Le scénario des politiques actuelles indique une dépendance continue aux combustibles fossiles, une volatilité persistante des marchés et des prix de l’énergie structurellement élevés. Si les pays veulent développer leur économie et protéger leurs citoyens des fluctuations des prix de l’énergie, ils doivent se concentrer sans relâche sur l’efficacité énergétique et la décarbonisation de la demande énergétique », a dit Pastukhova.
Planifier avec ambitions et agir maintenant
Pour la réalisation du scénario de maintien du réchauffement climatique en deçà des 1,5°C d’ici à 2100, d’ambitieuses actions devront être initiées par les pays et les industriels pour accélérer la transition énergétique vers les énergies renouvelables.
« Le World Energy Outlook de cette année présente un choix simple et sans appel : nous pouvons protéger les populations et les communautés en visant 1,5 °C. Nous contenter d’un scénario catastrophique de 2,5 °C, ou choisir de retomber dans un futur cauchemardesque avec un réchauffement beaucoup plus important. Limiter le réchauffement à 1,5 °C signifie qu’il n’y a plus de place pour les retards, les nouveaux combustibles fossiles, et qu’il faut mettre en place une planification et un financement publics pour garantir une transition énergétique juste », a dit David Tong, responsable de la campagne mondiale pour l’industrie chez Oil Change International, dans une publication du le GSCCC partagée avec Mongabay.
Il faudra aussi, dans la même perspective, élaborer des conditions déterminées au niveau nationales (CDN) beaucoup plus ambitieuses, d’après Dr Hamndou Dorsouma Al, Directeur du Département Climat et croissance verte, à la Banque africaine de développement.
« Maintenir le réchauffement climatique à 1,5 °C, c’est l’ambition, c’est ce qu’on souhaite, mais on n’y est pas et je ne pense pas qu’on y sera. Maintenant, comment faire pour y arriver ? C’est pour ça qu’on demande que chaque pays soumette chaque cinq ans des contributions déterminées au niveau national de plus en plus ambitieuses pour élever l’ambition, mettre en œuvre des initiatives d’envergure pour pouvoir être en-dessous de la limite qui a été fixée. Mais, malheureusement, même la génération de CDN 3.0 ne nous amène pas encore à cette trajectoire de 1,5 degré, mais plutôt à 2,5 degrés », a dit Dr Dorsouma Al.
Pour Laurence Tubiana, PDG de la Fondation européenne pour le climat, il faudra faire le choix de l’action d’un développement en faible émission de carbone.
« Certains souhaiteraient peut-être revenir en arrière, mais l’orientation du système énergétique est claire. Plus de 10 000 milliards de dollars ont été investis dans les énergies propres depuis 2014, et la demande de pétrole devrait atteindre son pic avant 2030, selon le scénario principal de l’AIE. L’ère de l’électricité est bien engagée. Le choix est désormais entre accélérer ou payer plus tard pour réparer les dégâts : chaque tonne de carbone que nous évitons aujourd’hui nous permet d’économiser des coûts bien plus importants demain », a dit Tubiana.
De l’avis des experts, il est urgent d’agir, si l’on veut réaliser l’ambition de maintenir le réchauffement en deçà de 1,5°c.
« La cause directe, ce sont les émissions à gaz à effet de serre, donc il faut agir sur la cause pour réguler notre système climatique et diminuer les impacts », a dit Dr Khadija Kabidi, Chef du service Climat et Exploitation, à la Direction de la Météorologie nationale du Maroc, au cours d’une conférence de presse organisée par Africa 21 sur le bilan de la COP30.

La COP 31, une opportunité pour l’abandon des énergies fossiles
Les discussions au cours de la 30e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), tenue du 10 au 21 novembre 2025, à Belém, au Brésil, n’ont pas permis d’aboutir à un accord vers un abandon des énergies fossiles.
Toutefois, cette COP30 a offert l’opportunité de jeter les bases pouvant accélérer les actions en faveur de la transition énergétique dans les prochaines années ou encore dès la COP31.
« Il y a un processus qui a été enclenché à Bélèm sous l’impulsion de plus de 80 pays ayant marqué leur accord. Même si on ne s’entend pas, entendons-nous pour nous entendre l’année prochaine. C’est-à-dire que même s’il n’y a pas eu une décision prise cette année sur la sortie des énergies fossiles, il y a un processus qui est en place avec la Colombie qui va organiser une conférence internationale sur cette question l’année prochaine pour qu’à la COP31, on puisse avoir une décision sur la sortie des énergies fossiles », a dit Dr Dorsouma Al.
Image de bannière : Des employés d’une entreprise nigériane locale (WINDFALL ENGINEERING PROJECTS LTD) travaillant sur une installation de production pétrolière en mer dans l’océan Atlantique pour mener à bien un projet. Image de Windfallengprojectsltd via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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