- L’intégration de la forêt classée de Séri au complexe du Parc national de la Pendjari s’inscrit dans la stratégie de sa conservation.
- Le Bénin veut protéger les écosystèmes menacés et améliorer sa résilience par la création d’un nouveau parc national.
- Faire de la protection environnementale un levier important pour le développement du pays.
En Afrique de l’Ouest, où la pression humaine sur les écosystèmes ne cesse de croître, le Bénin prend les taureaux par les cornes. Le gouvernement béninois a pris deux décisions majeures pour renforcer son réseau d’aires protégées : l’incorporation de la zone forestière de Séri au complexe du Parc national de la Pendjari et la création du Parc national des Monts Kouffè-Wari Maro.
Ces mesures, décidées en octobre et novembre dernier, ne sont pas seulement des actes administratifs ; elles représentent des solutions concrètes à la déforestation, au braconnage et aux effets du changement climatique, tout en impliquant les communautés locales.
« L’intégration de la forêt classée de Séri au complexe du Parc national de la Pendjari s’inscrit dans une logique stratégique de conservation paysagère », explique Bio Bangana, spécialiste junior en Gestion de l’environnement et activiste climat, coordonnateur de la Coalition pour les énergies renouvelables (REC-Bénin).
Selon lui, la zone forestière de Séri riche en faune aussi exceptionnelle que menacée comme des éléphants, des buffles et des damalisques (assez rares), « subit une pression croissante liée à l’installation anarchique de champs agricoles, à l’exploitation illégale d’essences forestières et au braconnage ». « Cette zone, qui constitue un maillon écologique essentiel et l’un des derniers refuges d’Afrique de l’Ouest pour les éléphants, les grands herbivores, les carnivores et une avifaune rare, est passée de 1 250 km² en 1996 à seulement 553,8 km² en 2019, soit une perte de plus de 54 % en deux décennies environ », précise Bangana.
Ce dernier voit dans la démarche du gouvernement béninois un moyen de « renforcer les corridors écologiques, réduire la fragmentation des habitats et offrir un espace additionnel plus sécurisé pour la reproduction et les déplacements saisonniers des espèces ». « L’extension permettra également de lutter contre la pression anthropique, la déforestation, le braconnage et l’invasion des zone tampons par la pratique de l’agriculture illégale en application du cadre juridique et opérationnel strict d’un parc national, incluant la surveillance renforcée, les patrouilles professionnelles et les dispositifs d’intelligence environnementale », a-t-il souligné.
Interrogé, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji assure que les autorités béninoises n’avaient rien d’autre en tête que de « préserver l’écosystème que nous avons, notre environnement, de façon générale. Grâce à cette extension, le complexe Pendjari gagne en résilience, préservant l’une des plus grandes populations d’éléphants d’Afrique de l’Ouest – environ 2 800 individus dans cette zone seule – et contribuant à la lutte contre la perte de la biodiversité ».

La création du Parc national des Monts Kouffè-Wari Maro
« La création d’un nouveau Parc National au Bénin offre une opportunité majeure pour renforcer la conservation de la biodiversité, protéger les écosystèmes menacés et améliorer la résilience du Pays face aux pressions environnementales », indique Professeur Ibouraïma Yabi, Enseignant-chercheur à l’université d’Abomey-Calavi au Bénin.
Selon lui, « le complexe Monts Kouffé-Wari Maro, situé au centre du Bénin, apparaît comme un choix stratégique en raison de sa richesse écologique, de ses forêts sèches uniques, de sa faune diversifiée et de son rôle essentiel dans l’alimentation de plusieurs cours d’eau. Cette zone constitue également un corridor biologique crucial et un espace privilégié pour la recherche scientifique et le suivi écologique ».
« L’élargissement du complexe Pendjari avec l’intégration de la zone forestière de Séri et la création du Parc national des Monts Kouffé-Wari Maro renforcent significativement la résilience du couvert forestier béninois face au changement climatique et aux pressions anthropiques. Ces initiatives visent à étendre et à reconnecter des blocs écologiques qui étaient jusque-là fragmentés, améliorant ainsi la continuité des habitats et la capacité des espèces à se déplacer, s’adapter et recoloniser des zones dégradées », a-t-il souligné.
Il a ensuite indiqué que « ces décisions visent donc à créer un espace continu, sécurisé et mieux gouverné qui offre à la faune et à la flore du Bénin, une résilience accrue face aux pressions humaines et climatiques ».
Pour le porte-parole du gouvernement, « promouvoir les parcs nationaux va également favoriser une meilleure protection de ces espaces croisés ». « Nous avons le (parc) W, nous avons la Pendjari, et nous savons aussi qu’avec tous les efforts que nous avons faits, heureusement, nous avons réussi à préserver ces parcs-là, en particulier la Pendjari de l’œuvre des braconniers et autres exploitants illégaux de nos espèces forestières. C’est ce que les études ont révélé concernant les forêts classées de Monts Kouffé et Wari-Maro, et donc, avec leur potentiel, il nous est apparu pertinent de reclassifier les deux ensembles en parc national. Cela va nécessiter d’autres actions ultérieurement, pour la préservation, pour l’entretien aussi, exactement comme ce que nous avons commencé à faire pour la Pendjari et pour le W », explique Houngbédji.
« De toute évidence, le reclassement du complexe Monts Kouffé-Wari Maro en parc national vise à mieux répondre aux menaces persistantes qui fragilisaient la zone sous son ancien statut de Forêt Classée. Le braconnage, difficile à contrôler auparavant, pourra être davantage maîtrisé grâce à une surveillance renforcée et à des sanctions plus strictes. De même, la déforestation et l’exploitation forestière illégale, alimentées par la pression en bois-énergie, seront plus efficacement limitées par un régime d’accès plus rigoureux », a souligné Professeur Yabi.
« Le parc national permettra aussi de freiner l’expansion agricole qui entraînait la dégradation et la fragmentation des habitats naturels, tout en encadrant les feux de végétation et les activités extractives non autorisées. En définitive, ce nouveau statut offre un cadre plus robuste pour protéger, restaurer et gérer durablement les ressources du massif », a-t-il précisé.

Implication des communautés
Ces décisions s’inscrivent également dans une stratégie plus large du gouvernement béninois : impliquer les communautés dès le départ, promouvoir l’écotourisme comme alternative économique, et collaborer avec des partenaires internationaux. L’option du gouvernement béninois, soutient Bangana, « facilite l’accès aux financements internationaux pour la conservation et un appui technique renforcé ». « La décision ouvre la voie à un développement mieux structuré de l’écotourisme, et consolide la gestion transfrontalière de nos parcs, indispensable pour stabiliser les populations animales migrantes et améliorer la sécurité et la conservation d’espèces emblématiques », a-t-il dit.
Impact socio-économique
Pour Yabi, la création du parc national autour des Monts Kouffé-Wari Maro et l’intégration à la Pendjari de la zone de Séri, auront « des impacts socio-économiques à la fois positifs et négatifs pour les communautés locales ». « Les restrictions d’accès au bois, aux produits forestiers, à la chasse ou à l’extension agricole pourraient limiter certaines pratiques traditionnelles et imposer des ajustements pour les ménages les plus dépendants ».
Toutefois, le chercheur souligne que « ce nouveau statut offrira aussi des opportunités, notamment à travers le développement de l’écotourisme, la création d’emplois liés à la conservation et la mise en place de programmes d’appui communautaire favorisant des activités durables. Un accompagnement adapté est tout de même nécessaire, pour que le nouveau parc puisse devenir un moteur de développement local tout en préservant les ressources naturelles ».
Même son de cloche chez le porte-parole du gouvernement qui souhaite que cette zone devienne un attrait touristique au bénéfice des localités concernées et au bénéfice du pays.
Bangana fait des recommandations pour que les communautés locales ne soient pas laissées pour compte dans la mise en œuvre des divers changements, en l’occurrence dans la zone de Séri. « L’intégration de la forêt de Séri au complexe Pendjari ne peut réussir durablement sans un dispositif solide de concertation, de reconnaissance des droits locaux et de prévention des conflits homme–faune. Les communautés riveraines pratiquent depuis des lustres des activités traditionnelles de collecte de bois et de racines médicinales, du pâturage saisonnier, des cultures périphériques et, pour certains au sein de la forêt qui doivent être prises en compte à travers des conventions locales de co-gestion, des cartographies participatives des usages et la création de comités village–parc incluant femmes et jeunes », a souligné Bangana.
Il a insisté sur le respect des droits des communautés riveraines pour une meilleure conservation de cette réserve.
« Les décisions doivent être encadrées par des textes d’application précis, définissant les droits résiduels accordés aux populations et les responsabilités du gestionnaire. Tout cela doit tenir compte de l’avis des populations riveraines et une approche de ce type garantit, non seulement la réduction des conflits, mais surtout l’adhésion des communautés, condition indispensable pour la réussite de l’intégration de Séri au Pendjari », dit-il.
Image de bannière : Un troupeau d’éléphant s’abreuvant dans un plan d’eau dans le Parc de la Pendjari. Image de African Parcks fournie par Modeste Dossou.
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