- En 2020, l’ONG African Parks, basée en Afrique du Sud, a signé un accord de 20 ans pour assurer la gestion du parc national de Nyungwe au Rwanda, l’une des plus vastes forêts tropicales montagneuses d’Afrique.
- Nyungwe compte parmi les 24 aires protégées gérées par African Parks à travers 13 pays du continent.
- Fondée par un industriel néerlandais, African Parks s’impose comme pionnière du modèle de partenariat « public-privé » pour la gestion des aires protégées en Afrique.
- Mongabay s’est rendu à Nyungwe afin d’analyser le modèle de conservation d’African Parks sur le terrain.
PARC NATIONAL DE NYUNGWE, Rwanda – À l’ouest du Rwanda, la forêt tropicale de montagne du Parc national de Nyungwe s’éveille dans la fraîcheur du matin. Les rayons du soleil traversent la canopée et se mêlent à la brume. Soudain, le chant des oiseaux vient rompre le silence. Jacques Habimana, notre guide local de 23 ans au visage juvénile, s’arrête brusquement, porte un doigt à ses lèvres et indique du regard la cime des arbres.
Une douzaine de singes bleus s’agitent dans le feuillage et bondissent de branche en branche, leurs mystérieux yeux noisette cerclés de gris braqués vers le bas, avant de disparaître dans l’ombre. Quelques mètres plus loin, le sentier s’ouvre sur un panorama de collines brunes et ondulantes qui s’étendent à perte de vue.

S’aventurer à travers les sous-bois vert émeraude de Nyungwe, c’est se laisser envelopper par la grandeur paisible de la nature. Comptant parmi les plus vastes forêts tropicales de montagne d’Afrique, Nyungwe abrite dans sa canopée des chimpanzés de l’Est, des colobes, ainsi que 11 autres espèces de primates. On y recense également 200 espèces d’orchidées différentes et jusqu’à 300 variétés de papillons. Véritable paradis pour l’observation des oiseaux, Nyungwe abrite près de 350 espèces différentes, dont une trentaine sont endémiques du rift Albertin en Afrique de l’Est. En 2023, le parc, couvrant 1 019 kilomètres carrés (km2), soit 393 miles carrés (mi2), a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
À tous points de vue, c’est un lieu exceptionnel
Habimana, notre guide, porte une chemise arborant un écusson sur la manche, brodé des lettres A et P. Il s’agit du logo d’African Parks, le nouveau gardien de Nyungwe. En 2020, l’organisation non gouvernementale (ONG) de conservation basée en Afrique du Sud a signé un accord de 20 ans avec le gouvernement rwandais pour assurer le développement du parc, grâce à son modèle économique axé sur la génération de revenus et à son expertise de gestionnaire. Ce modèle de partenariat public-privé est de plus en plus répandu au sein des aires protégées du continent, et African Parks en est le précurseur.

Depuis sa création il y a 25 ans à l’initiative d’un industriel néerlandais, African Parks s’est imposée comme l’une des organisations de conservation les plus influentes en Afrique. Avec 24 aires protégées réparties dans 13 pays, du Bénin au Zimbabwe, l’organisation compte plus de 2 000 gardes forestiers et dispose d’un budget annuel de 175 millions de dollars. Son conseil d’administration réunit d’anciens chefs d’État, des magnats des affaires et des membres de la royauté européenne.
Agissant à la fois comme gardienne de la nature, consultante en biodiversité et organisme responsable de l’application des lois et des réglementations, African Parks redéfinit la conservation au Rwanda et au-delà. Elle a déjà transformé le Parc national de l’Akagera, une autre aire protégée située dans les savanes orientales du pays, en une destination touristique internationale. Le gouvernement du président Paul Kagame espère bien reproduire ce succès à Nyungwe.
Si tout se passe comme prévu, ce joyau écologique deviendra un symbole de l’empire d’African Parks, actuellement en plein essor.
Une véritable entreprise de conservation de la nature
Dans les hauteurs reculées de la forêt, les dirigeants de Nyungwe sont réunis autour d’une table au sein d’un édifice en béton décrépi. Il s’agit de l’ancien siège du parc, la construction du nouveau bâtiment devant être finalisée par African Parks d’ici quelques mois. Tandis que la pluie s’abat à l’extérieur, Kambojo Ildephonse, alors responsable du développement commercial du parc (il a depuis quitté ses fonctions), expose à ses visiteurs les projets à venir.
« Le parc a longtemps représenté une charge pour l’État, mais aujourd’hui l’un des objectifs du nouveau programme de gestion est de le transformer en un actif rentable. Les plans d’action sont en place, la vision est définie », affirme-t-il.

Le modèle d’African Parks repose sur trois « piliers » : la protection de la biodiversité, le développement communautaire et la génération de revenus. Ildephonse insiste sur ce dernier point.
« African Parks travaille en partenariat avec les gouvernements pour garantir une gestion durable, efficace et pérenne et relever les principaux enjeux des aires protégées. Le défi majeur demeure le financement, car la gestion des parcs est coûteuse », souligne-t-il.
Forte de plusieurs décennies d’expérience en marketing et dans le secteur touristique, l’organisation soutient qu’une aire protégée ne doit pas être considérée comme une charge, mais comme un véritable atout. Pour les gouvernements désireux de diversifier leur économie et d’attirer les investissements étrangers, l’idée est particulièrement séduisante.

Pourtant, la plupart des parcs placés sous sa gestion sont déficitaires. Ils sont souvent situés dans des zones reculées et difficiles d’accès, ou dans des pays marqués par l’instabilité politique et les conflits, ce qui les rend peu attrayants aux yeux de la majorité des touristes.
Les bailleurs de fonds américains et européens comblent une grande partie du déficit. Deux des parcs ont commencé à générer des revenus grâce à la vente de crédits carbone, tandis que quatre autres expérimentent un nouvel instrument de financement, les « Verifiable Nature Units» (VNU) ou « unités de nature vérifiables », une forme de crédit biodiversité permettant aux entreprises et aux institutions de compenser leurs impacts négatifs sur l’environnement.
Mais c’est au Rwanda que le modèle de gestion de l’organisation – faisant du tourisme le moteur de durabilité des aires protégées – a rencontré son plus grand succès.
« Ce parc est désormais géré comme une véritable entreprise de conservation de la nature », déclare Ildephonse.
Naissance d’un géant
African Parks a fait son entrée au Rwanda en 2010 en signant un accord lui confiant la gestion du parc de l’Akagera, une aire protégée de 1 122 km2 située à l’autre extrémité du pays. Après la guerre civile et le génocide des années 1990, les zones situées en marge de l’Akagera ont été dégradées par les personnes déplacées à la recherche de terres cultivables. Face à cette situation, le gouvernement de Kagame s’est alors mis en quête d’un partenaire pour redonner vie au parc. Avec l’appui de l’Union européenne (UE), African Parks a obtenu le feu vert et s’est vu confier la gestion de l’Akagera.
Cet accord a marqué une étape importante pour l’organisation, qui venait de se retirer de deux parcs en Éthiopie après s’être retrouvée impliquée dans un conflit avec les communautés locales. Cette étape a également coïncidé avec une phase d’expansion rapide : la même année, African Parks a conclu des accords pour gérer le parc national de Zakouma, une zone désertique de 3 000 km² au Tchad, et le parc national d’Odzala-Kokoua, une vaste forêt tropicale de 13 500 km² en République du Congo (RDC). Ces accords s’inscrivent dans une dynamique plus large de partenariats entre les gouvernements et les acteurs privés pour assurer la gestion des services et des biens publics sur le continent africain.
« [Nous] rassemblons les acteurs majeurs du public et du privé, chacun apportant ses atouts respectifs », explique Jean Labuschagne, directrice de la conservation chez African Parks, jointe par un appel vidéo au siège de l’organisation, à Johannesburg.

La culture du secteur privé, centrée sur les résultats, est profondément ancrée dans l’ADN d’African Parks. L’organisation a été fondée par Paul van Vlissingen, un entrepreneur néerlandais. Sa société SHV Holdings a fait ses débuts dans le secteur de l’énergie avant de se diversifier vers le transport maritime, la grande distribution et les services financiers. Selon certains récits, l’idée d’African Parks serait née d’une conversation lors d’un dîner officiel aux Pays-Bas en l’honneur de Nelson Mandela, premier président sud-africain après l’apartheid. Au cours du repas, Vlissingen, défenseur de l’environnement et chasseur, aurait déploré l’état dégradé des aires protégées du continent.
Mandela aurait alors exhorté Vlissingen à agir et à mobiliser des ressources.
Vlissingen a relevé le défi lancé par Mandela en créant African Parks en 2000. Après des débuts timides, le groupe a remporté un contrat en 2005 pour assurer la gestion du parc national de la Garamba en RDC. À cette époque, la Garamba, l’une des plus anciennes aires protégées du continent, traversait une période difficile, marquée par le braconnage des éléphants et les incursions de groupes rebelles.
Vlissingen est décédé en 2006, laissant la direction de l’organisation à l’un de ses adjoints, Peter Fearnhead, ancien consultant chez Deloitte et ex-responsable du développement commercial au sein de l’agence chargée de la supervision des parcs nationaux sud-africains. Vingt ans plus tard, Fearnhead est toujours président-directeur général de l’organisation et, sous sa direction, African Parks a connu une ascension fulgurante dans le monde de la conservation.

Le modèle de partenariat public-privé qui fait la renommée d’African Parks s’impose comme une pratique de plus en plus courante sur le continent. Cette année, l’ONG Sahara Conservation a conclu un accord avec le gouvernement tchadien pour assurer la gestion d’une réserve naturelle de 80 000 km² (30 900 mi²). En RDC, le Parc national d’Upemba est géré par Forgotten Parks, tandis que le Fonds mondial pour la nature (WWF) assure la cogestion du Parc national de la Salonga [avec l’Institut congolais pour la Conservation de la Nature]. La Fondation privée du philanthrope américain Gregory C. Carr exerce une fonction analogue au sein du Parc national de Gorongosa au Mozambique.
African Parks se démarque toutefois des autres organisations par l’ampleur de ses activités sur le terrain. Aucune autre organisation n’égale l’étendue de son portefeuille, de ses responsabilités ou de son envergure. African Parks assure la protection de plus de 200 000 km2 (ou 77 200 mi2) en Afrique, soit une superficie supérieure à deux fois celle de l’Autriche. L’organisation déploie des gardes forestiers dans chacune des 24 aires protégées placées sous sa gestion. À Nyungwe, ils sont 93 à patrouiller dans la forêt. Parmi ses donateurs figurent l’UE, le département d’État américain et, jusqu’à sa dissolution cette année, l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Ces dernières années, les fondations de Rob Walton, fondateur de Walmart, et du milliardaire suisse Hansjörg Wyss ont chacune promis plus de 100 millions de dollars à l’organisation.
En quelques années seulement, African Parks a réussi à rallier des acteurs influents à travers le monde, capables de lui ouvrir des portes sur tout le continent. Et ces portes se sont bel et bien ouvertes. Au fil de son expansion, African Parks a pris les rênes d’aires protégées aussi diverses que la réserve marine du Parc national de l’archipel de Bazaruto au Mozambique, le Parc national aride d’Iona en Angola et, plus récemment, les zones humides du Parc national de Gambella en Éthiopie.

« Notre rôle consiste à dégager le maximum de valeur et de bénéfices tout en assurant une gestion durable de ces parcs », explique Labuschagne.
En complément de son solide portefeuille de donateurs, African Parks offre aux États hôtes son modèle de conservation exclusif et met à leur disposition des supports marketing sophistiqués, une expertise dans la translocation d’animaux sauvages et une stratégie axée sur le financement. L’offre est généralement alléchante pour les États qui préfèrent consacrer leur temps et leur énergie à d’autres priorités que la protection de la nature.
En complément de son solide portefeuille de donateurs, African Parks offre aux États hôtes son modèle de conservation exclusif et met à leur disposition des supports marketing sophistiqués, une expertise dans la translocation d’animaux sauvages et une stratégie axée sur le financement. L’offre est généralement alléchante pour les États qui préfèrent consacrer leur temps et leur énergie à d’autres priorités que la protection de la nature.
L’objectif est que ce modèle profite à la fois aux gouvernements, via la réduction des contraintes budgétaires liées à la conservation, et à la nature, via la réhabilitation des paysages et la préservation de la faune sauvage. African Parks procède régulièrement à la translocation et à la réintroduction d’espèces dans les aires protégées placées sous sa protection, notamment à travers son programme de « réensauvagement des rhinocéros », tout en déployant ses gardes forestiers pour lutter contre le braconnage et veiller à l’application des lois. Tous les deux ans, elle réalise un recensement ou une étude afin de suivre les tendances démographiques de la faune sauvage et met en place des initiatives pour réduire les conflits entre la faune et les communautés locales.
Le développement d’African Parks n’a toutefois pas été sans difficulté. Début octobre, le gouvernement du Tchad, où l’organisation assure la gestion de deux grandes aires protégées, a pris la décision de résilier unilatéralement les accords en vigueur. Dans une lettre cinglante, obtenue par le média Africa Intelligence, le ministre tchadien de l’Environnement, Hassan Bakhit Djamous, accuse African Parks de « manquer de transparence » dans sa gestion financière et de privilégier le tourisme au détriment de la conservation.
Cette décision n’a toutefois été qu’un épisode de courte durée et a été révoquée moins de deux semaines plus tard, à la suite d’une lettre que le représentant de l’Union européenne au Tchad aurait adressée au président Idriss Déby. Il aurait menacé de suspendre 20 millions d’euros (soit 23 millions de dollars) d’aide à la conservation en cas de rupture du partenariat avec African Parks – preuve du poids et de l’influence de ses donateurs.
Fort de ce soutien, le groupe s’est fixé des objectifs bien plus ambitieux que ce qu’il a accompli jusqu’à présent. L’an dernier, à New York, l’organisation a dévoilé son objectif : mobiliser 1 milliard de dollars afin d’accroître son portefeuille à la gestion de 30 aires protégées en Afrique d’ici à 2030. Un examen attentif de sa « stratégie 161 », ainsi baptisée en référence aux 161 « zones phares » de conservation identifiées par l’organisation à travers le continent, laisse entrevoir des aspirations encore plus grandes.
« Nous considérons la conservation comme un projet sur 100, 200, 300 ans, voire plus », explique Labuschagne. « C’est pourquoi il est essentiel que notre action s’inscrive dans le long terme. On ne peut pas se contenter d’intervenir pendant cinq ans et espérer un réel impact. »

Une croissance verte
Pour les gestionnaires rwandais de Nyungwe, les priorités immédiates sont davantage axées sur le court terme. La gestion du parc est supervisée par un conseil de sept membres, réunissant des représentants d’African Parks, du gouvernement rwandais et du secteur du tourisme. Ce conseil a établi que Nyungwe devrait couvrir 80 % de ses dépenses d’ici à 2028.
L’objectif est ambitieux, certes, mais pas irréalisable. En 2024, Akagera a accueilli 56 000 visiteurs, dont 45 % de Rwandais. Les revenus générés ont permis de financer 97 % de ses coûts d’exploitation – une performance rare pour les aires protégées africaines, généralement perçues comme des gouffres financiers dépendant fortement des donateurs étrangers. Selon les chiffres communiqués par African Parks dans son rapport annuel 2024, le nombre de visites touristiques à Nyungwe a bondi de 16 % entre 2023 et 2024, générant près de 2,5 millions de dollars de revenus, soit environ la moitié des coûts du parc.
« Pour chaque aire protégée, nous avons élaboré un plan d’affaires et défini des objectifs écologiques, sociaux et financiers ou commerciaux pour chacun de nos parcs », souligne Labuschagne. « Nyungwe suit bien entendu la même dynamique, mais cherche aussi à réduire peu à peu sa dépendance vis-à-vis des bailleurs », ajoute-t-elle.

Pour atteindre leur objectif, les gestionnaires de Nyungwe devront attirer davantage de visiteurs dans la forêt, en élargissant le nombre et l’éventail d’activités proposées. En juillet, un nouvel écolodge au style authentique et intégré à la nature a ouvert ses portes. Dans le même temps, une tyrolienne de 2 000 mètres de long (6 600 pieds) a accueilli ses premiers aventuriers. La célèbre passerelle suspendue, à 70 mètres de hauteur (230 pieds), reste l’une des attractions phares, et les plus fortunés peuvent même participer à des excursions quotidiennes et partir à la rencontre des chimpanzés. Afin d’accueillir les ornithologues amateurs et les passionnés de randonnée, de nouveaux sentiers et des espaces de bivouac sont peu à peu tracés et aménagés en plein cœur de la forêt.
« Je pense que les visiteurs dépensent actuellement en moyenne 80 dollars par jour. Nous aimerions vraiment augmenter ce montant en leur offrant davantage d’activités au sein du parc, afin qu’ils restent un peu plus longtemps », indique Labuschagne.

Si une hausse de la fréquentation à Nyungwe serait accueillie favorablement à Kigali et à Johannesburg, cette perspective n’est pas sans susciter une inquiétude chez certains biologistes de la conservation. Le tourisme exerce déjà une pression croissante sur d’autres paysages emblématiques d’Afrique de l’Est, et une augmentation du nombre de visiteurs ne ferait qu’alourdir la gestion de leurs impacts environnementaux. Sur la route principale du parc de l’Akagera, les 4×4 bondés de touristes se livrent à une course poursuite pour capturer les clichés les plus spectaculaires d’éléphants et de lions. L’essor vertigineux du parc suscite même des réserves chez certains de ses administrateurs.
« Dans d’autres parcs ayant connu une fréquentation élevée, on observe des changements dans le comportement de la faune, auxquels s’ajoutent des problèmes de gestion des déchets et de propagation des maladies. La situation est vraiment préoccupante », fait remarquer Beth Kaplin, scientifique spécialisée dans la conservation qui se rend régulièrement à Nyungwe depuis le milieu des années 1990.
Labuschagne souligne qu’African Parks est consciente des risques écologiques liés à un essor du tourisme et qu’elle surveille de près chacun de ses parcs afin d’en prévenir les effets négatifs. C’est pourquoi, certaines activités, comme les sorties à la rencontre avec les chimpanzés, sont limitées à de petits groupes – et proposées à un prix très élevé.
« Nous disposons d’indicateurs très précis sur les aspects sociaux, écologiques et financiers, que nous suivons en permanence afin de détecter rapidement la moindre faille », assure-t-elle.

Quels que soient les compromis, le gouvernement rwandais a affirmé, par son partenariat avec African Parks, que Nyungwe devait assurer sa rentabilité. Le parc est, comme le souligne Ildephonse, un « actif » de l’État, et à ce titre, il doit en tirer le plus grand profit.
C’est là l’essence même du service offert par African Parks à un pays comme le Rwanda. Que ce soit par le biais de ses donateurs, de la vente de crédits carbone et biodiversité ou d’initiatives touristiques, l’organisation promet de libérer les gouvernements du fardeau coûteux de la conservation et de concevoir des mécanismes permettant à la nature de financer sa propre protection.
« Le Rwanda s’oriente clairement vers un tourisme haut de gamme, ce qui fait d’African Parks un partenaire idéal », explique Kaplin.
Piliers et mécanismes de contrôle
Devant la richesse écologique de la forêt de Nyungwe, les projections de revenus annuels pour le parc paraissent à la fois incroyablement simplistes et parfaitement fondées. Il est indéniable que la forêt mérite d’être protégée d’une manière ou d’une autre.
Le directeur du parc de Nyungwe, Protais Niyigaba, nous confie qu’il est tombé amoureux du parc au cours d’une excursion universitaire, lorsqu’il était étudiant en biologie. En se réveillant au petit matin, les étudiants avaient découvert leur campement grouillant de fourmis. Ses camarades n’étaient guère enchantés, lui, au contraire, s’était senti fasciné et conquis.
« C’est vraiment une expérience sans demi-mesure : soit on adore, soit on déteste », dit-il en riant.

Le parc est à la fois sous contrôle rwandais et hors de son emprise : le modèle en vigueur a été conçu par les hauts dirigeants d’African Parks à Johannesburg, qui supervisent les parcs et définissent les politiques, tandis que Kigali conserve le dernier mot sur la planification et le recrutement. Niyigaba, originaire de la région, a grandi tout près de Nyungwe et il incarne parfaitement cette dualité : il est salarié de l’organisation sud-africaine, tout en restant profondément lié à sa forêt rwandaise.
« Quand je me promène dans la forêt, il y a certains endroits où je ressens comme une impression de déjà-vu », confie-t-il d’une voix posée. « Alors je me dis que peut-être, dans une vie antérieure, j’ai déjà marché, quelque part dans le monde, dans une forêt comme celle-ci. Il y a une sorte de connexion entre Nyungwe et moi-même, nourrie de passion et d’amour ».
Niyigaba n’est pas un cas isolé ; nombre de personnes qui travaillent dans le parc ont le même sentiment, comme le guide local Habimana, originaire de Banda, une petite ville située dans une vallée nichée à la frontière nord du parc. Habimana fait partie des quelques personnes travaillant à plein temps à Nyungwe. Tout comme Nyungwe, il affirme être très attaché à son travail.
« J’adore mon métier de guide, car il me permet de rencontrer des personnes de nationalités et d’horizons variés, tout en restant informé sur les animaux et la nature », explique-t-il en descendant le sentier d’un pas assuré.
Toutefois, la plupart de ses voisins n’ont pas la chance de pouvoir profiter de ce que la forêt a à offrir. À quelques exceptions près, l’accès leur est interdit – sauf s’ils s’acquittent d’un droit d’entrée. Banda a toujours constitué un lieu privilégié pour les chasseurs de rats des bois et de céphalophes à Nyungwe. Depuis qu’African Parks assure la gestion de la forêt, certains d’entre eux ont été engagés comme travailleurs temporaires ou écogardes, dans le cadre de la mise en œuvre de son pilier « développement communautaire ». D’autres ont simplement été invités à rester à l’écart.
« Le parc apprend aux gens à cohabiter avec les animaux », explique Habimana. « Ils n’ont pas le droit de les tuer ni de leur faire du mal ; le braconnage a nettement reculé ».

Ceux qui ne se plient pas au règlement s’exposent à la facette plus sévère d’African Parks, beaucoup moins visible aux yeux des touristes.
Un peu plus loin sur le sentier, sous un abri en bois ombragé, deux hommes au visage impassible, en tenue de camouflage, sont assis, leur AK-47 posé à côté d’eux. Il s’agit du contingent de Nyungwe, faisant partie d’une unité de 2 000 gardes forestiers placés sous l’autorité d’African Parks – la plus grande jamais dirigée par une ONG en Afrique.
Cette unité assure la sécurité au sein du parc, comme dans l’ensemble des aires protégées gérées par African Parks, en surveillant les périmètres des parcs, en retirant les pièges et en arrêtant les contrevenants. Elle représente, selon les propres termes de l’organisation, « l’élément le plus crucial et le plus fondamental » de son travail en matière de conservation.
Mais ces dernières années, elle a également causé à African Parks ses plus gros soucis.
Image de bannière : Un singe bleu (Cercopithecus mitis) dans le parc national de Nyungwe au Rwanda. Image d’Ashoka Mukpo pour Mongabay.
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