- Soixante pour cent de la forêt tropicale du bassin du Congo se trouve en République démocratique du Congo (RDC).
- En 2024, la RDC a connu une augmentation de la perte de forêt primaire, avec 590 000 hectares de forêt détruits.
- L’agriculture de subsistance reste le principal facteur de déforestation. Des recherches récentes ont montré que l’exploitation minière artisanale dans l’Est de la RDC entraîne une déforestation plus importante qu’on ne le pensait auparavant.
- L’escalade du conflit et de l’insécurité dans l’Est de la RDC exerce également une pression croissante sur les ressources forestières.
Les grandes forêts tropicales du bassin du Congo, souvent considérée comme le second poumon de la Terre, couvre une superficie comparable à celle de l’Inde.
Des millions de personnes dépendent directement de la forêt comme source d’énergie, de revenus et de nourriture. Elle abrite nos cousins les plus proches et des espèces sauvages parmi les plus menacées au monde : gorilles (Gorilla spp.), chimpanzés (Pan troglodytes), bonobos (Pan paniscus), okapis (Okapia johnstoni) et éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis) entre autres. La forêt humide, avec ses arbres imposants et ses vastes tourbières, aide également à réguler notre climat mondial, en absorbant les gaz à effet de serre émis bien au-delà de ses limites.
Soixante pour cent de la forêt tropicale du bassin du Congo se trouve en République démocratique du Congo (RDC) et, en 2020, environ 70 % du pays était couvert de forêts naturelles, d’après les données fournies par le site Internet de Global Forest Watch (GFW). De 2002 à 2024, la RDC a perdu 7,1 % de son couvert forestier, selon les données satellites de GFW, et a connu la troisième plus grande perte absolue de forêt primaire au monde, derrière le Brésil et l’Indonésie. (Cette estimation pourrait être prudente et le chiffre réel pourrait être encore plus élevé, d’après GFW, car les méthodes précédemment utilisées pour mesurer la perte de couverture forestière entre 2001 et 2015, ont probablement conduit à des sous-estimations ).
La perte annuelle de forêt primaire en RDC a augmenté continuellement au cours des cinq dernières années, jusqu’à atteindre un record de 590 000 ha en 2024, d’après les données de GFW. Une augmentation par rapport aux 530 000 ha de 2023, et aux 510 000 ha de 2022.


Les données montrent que la perte totale de couverture forestière, qui comprend les forêts primaires et secondaires, ainsi que les plantations d’arbres, a également légèrement augmenté, avec 1,38 million d’hectares perdus en 2024, contre 1,33 million en 2023.
La province de la Tshopo, entièrement au sein de la forêt tropicale du bassin du Congo, a enregistré la perte absolue la plus importante en termes de couverture forestière totale, soit 1,93 million d’hectares, dont 63 000 hectares de forêt primaire, selon les données. La province voisine de Sankuru la suit de près avec 1,4 million d’hectares, tandis que la province de Maniema a perdu 1,39 million d’hectares.
Une analyse menée par l’organisme américain World Resources Institute (WRI), a conclu que la déforestation s’est également intensifiée dans l’Est du pays, y compris autour de la ville de Beni, ainsi que dans sa partie centrale.
L’agriculture itinérante ou culture sur brûlis, reste le principal facteur de déforestation, selon Bora Masumbuko, directrice nationale du WRI en RDC. Il y a également une forte demande en charbon de bois pour la cuisine, car seulement 10 % de la population a accès à l’électricité, ajoute-t-elle. La demande en nourriture et en énergie, et la disparition du couvert forestier qui en découle, est particulièrement importante autour des villes comme Kisangani et Lubumbashi, explique Masumbuko.
Les feux de forêt sont également devenus une préoccupation croissante en 2024, les données montrant une perte record de 95 399 hectares de forêt due aux incendies. Cela correspond à la tendance mondiale à l’augmentation des feux de forêt, même si la situation n’est pas encore aussi extrême qu’en Amérique du Sud, explique Masumbuko.
Selon elle, beaucoup des incendies se sont déclarés dans les provinces occidentales, y compris dans des zones de la cuvette centrale, une gigantesque tourbière de 145 529 km² que la RDC partage avec la République du Congo, qui est puits de carbone majeur. Ces zones sont également vulnérables face à l’agriculture, et sont couvertes par des blocs assignés à l’exploration et à l’extraction pétrolière, affirme Masumbuko.
Les fermiers congolais utilisent souvent le feu pour préparer leurs champs. Mais dans des conditions sèches et venteuses, les flammes peuvent rapidement se propager et devenir incontrôlables. Pour Masumbuko, le risque croissant de feux de forêt rend nécessaire l’élaboration de meilleurs plans de gestion des incendies ainsi qu’une plus grande sensibilisation aux dangers des feux incontrôlables.

Une analyse réalisée par le WRI a révélé que la perte forestière dans les forêts communautaires (CFCL), un zonage qui confère aux communautés des droits légaux sur les terres, était de 6,12 % entre 2015 et 2024, contre 6,64 % dans les concessions forestières. Les zones protégées ont perdu 2,44 % de leur couvert forestier total au cours de la même période. Dans les trois types d’utilisation des terres, la perte forestière a atteint des niveaux records en 2024.
« Il est vraiment nécessaire de faire respecter la loi, de renforcer les cadres juridiques, de mettre en place des politiques efficaces et de donner plus de pouvoir aux communautés locales », déclare Masumbuko, ajoutant que des plans de gestion actualisés sont également nécessaires.
L’Est de la RDC regorge de minéraux essentiels comme le coltan, le cobalt, le cuivre et l’or. Les chercheurs affirment que l’exploitation minière et les conflits, y compris la résurgence du groupe rebelle Mouvement du 23 mars (M23), continuent de complexifier des tendances de déforestation et de freiner les efforts de conservation dans la région.
L’exploitation minière provoque de la perte de forêt tant directement, lorsqu’un accès aux minerais est dégagé, qu’indirectement, lorsque l’afflux de mineurs dans une zone crée une demande accrue de ressources forestières comme le charbon de bois, la nourriture, le bois d’œuvre ou des terres sur lesquelles s’installer.
Ces impacts peuvent être difficiles à mesurer. Une étude publiée dans Nature Sustainability en 2024 révèle que les opérations minières à petite échelle et artisanales (où l’extraction de minerais est faite par des mineurs indépendants utilisant des outils basiques) représentent au moins 6,6 % de la déforestation dans l’Est de la RDC entre 2001 et 2020, un chiffre plus élevé que les estimations précédentes. L’étude signale que les impacts directs et indirects entraînent une déforestation jusqu’à au moins cinq kilomètres des sites miniers.
« Il est évident que pour créer des mines, il faut défricher la végétation… mais cette zone est généralement assez petite si on la compare à tous les effets ou autres conséquences des activités humaines autour des mines », explique Malte Ladewig, chercheur à l’Université norvégienne des sciences de la vie (NMBU) et premier auteur de l’étude.

Selon Ladewig, les schémas de déforestation varient. Il explique que lorsque des minerais sont découverts dans une région jusqu’alors inexploitée, des milliers de mineurs peuvent affluer vers cette zone en quelques semaines seulement. De même, ces zones peuvent ensuite être rapidement abandonnées. Ou, continue Ladewig, si les ressources minières sont plus importantes, des villes peuvent se développer autour du site d’extraction, ainsi que des activités économiques connexes, notamment l’agriculture, ce qui entraîne une déforestation plus soutenue et plus étendue.
L’étude a révélé que la déforestation indirecte, principalement causée par l’intensification de l’agriculture autour des mines et, dans une moindre mesure, par le déboisement pour l’implantation de villages, était 28 fois plus importante que la superficie déboisée pour le site minier proprement dit. D’après l’étude, l’exploitation minière artisanale entraîne une perte supplémentaire de 4 % de la forêt après 10 ans dans un rayon de 5 km autour du site minier.
Les chercheurs ont également découvert plus de sites miniers qu’ils ne s’y attendaient, ajoute Ladewig. L’International Peace Information Service (IPIS), un institut de recherche basé à Anvers, tient à jour un tableau de bord public sur l’exploitation minière artisanale et à petite échelle dans l’est de la RDC. Cependant, Ladewig a révélé que leurs travaux sur le terrain avaient permis de découvrir davantage de sites miniers que ce qu’indiquait le tableau de bord, suggérant que l’exploitation minière, et la déforestation qui en résulte, est plus étendue que ce que les chercheurs pensaient auparavant.
Ladewig et ses collègues ont également examiné l’impact de l’exploitation minière artisanale sur la sécurité économique des individus et des communautés. Les gens se sont tournés vers cette activité lorsqu’ils n’avaient pas d’autre choix, explique-t-il. Si l’exploitation minière a généré des gains à court terme, à long terme, la dépendance accrue à ce secteur a détourné les populations de l’agriculture, ce qui a eu des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire, d’après une étude publiée en juillet dans Resources Policy, dont Ladewig était l’auteur principal.
« Lorsque nous discutons avec les mineurs, nous constatons qu’ils ne sont pas beaucoup mieux lotis que les autres ménages », explique Ladewig.
Les défenseurs de l’environnement affirment que l’exploitation minière semi-industrielle est également à l’origine de déforestation et de pollution environnementale dans l’est de la RDC. Dans la province du Haut-Uélé, au nord-est du pays, l’exploitation minière semi-industrielle liée à des entreprises chinoises a « dévasté » plus de 250 kilomètres de cours d’eau, selon un rapport publié en septembre sur le site web de l’organisation néerlandaise à but non lucratif PAX. Les chercheurs de PAX et de l’IPIS ont identifié des zones où les activités minières avaient entraîné l’excavation de bandes de berges de 50 à 200 mètres de large, et ce sur plusieurs kilomètres. À d’autres endroits, les cours d’eau avaient été complètement détournés. Selon le rapport, cela a entraîné l’inondation de vastes zones, tandis que les routes menant aux sites miniers ont causé une déforestation supplémentaire.
Simon Schweitzer, analyste SIG à l’IPIS, qui a participé à l’analyse des images satellites pour le rapport PAX, explique que les dragues utilisées dans l’exploitation minière semi-industrielle « aspirent pratiquement tout le lit de la rivière », causant des dommages considérables et durables. Ces activités minières laissent également derrière elles des bassins de résidus toxiques, qui constituent un danger pour les personnes et la faune, ajoute-t-il.

Le conflit dans l’Est de la RDC, avec la résurgence du M23 et l’augmentation du nombre de personnes déplacées qui en résulte, continue d’exercer une pression sur les ressources forestières, notamment dans les parcs nationaux de Kahuzi-Biega et des Virunga, explique Fergus O’Leary Simpson, chercheur postdoctoral à l’UCLouvain en Belgique et ancien chercheur postdoctoral à l’université d’Anvers.
En 2023, deux grands ports ont été construits sur les rives du lac Kivu, à proximité du Parc national de Kahuzi-Biega, affirme Simpson. Chaque semaine, plusieurs navires remplis de charbon de bois et de bois d’œuvre se rendent à Goma, dont la population a dépassé les deux millions d’habitants avec l’afflux de personnes déplacées à l’intérieur du pays, tandis que des camions transportent ces mêmes matériaux vers la ville de Bukavu, explique-t-il.
Dans une analyse publiée par Mongabay plus tôt cette année, Simpson et d’autres chercheurs
ont constaté que, après la création des ports, la perte annuelle de couvert forestier dans la zone du parc, où la production illégale de charbon de bois est la plus intense, a plus que doublé en 2023, par rapport à la moyenne des trois années précédentes. L’analyse, qui a utilisé les mêmes ensembles de données visualisés sur GFW, a montré que la perte de forêt s’est poursuivie jusqu’en 2024, et qu’en 2025, elle a commencé à s’étendre à de nouvelles régions. (Simpson et ses co-auteurs ne sont pas affiliés à GFW).
« Chaque année, quand j’y retourne, je constate qu’une autre région entière a été détruite. Et ce phénomène se poursuit à un rythme accéléré en 2025, avec la détérioration de la situation sécuritaire », explique Simpson.

La situation est similaire dans le Parc national des Virunga. Les chercheurs ont constaté que la perte de couverture forestière dans la zone de production de charbon de bois du secteur sud des Virunga, près de Goma, a atteint un pic en 2023, parallèlement à une augmentation du nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Cette augmentation exerce une pression supplémentaire sur les ressources forestières, une situation difficile à résoudre compte tenu de la situation humanitaire désastreuse, ajoute-t-il.
« Ce sont des gens qui n’ont littéralement rien, et ils ont besoin d’un abri, ils ont besoin de terres agricoles », explique Simpson. « Si j’étais déplacé, si vous étiez déplacé, et que nous vivions à la lisière de la zone protégée, nous y entrerions [si cela signifiait que nous pouvions] nourrir nos enfants ».
Le 19 juillet, des représentants du gouvernement de la RDC et du M23 ont signé un accord de cessez-le-feu. Le 15 novembre, les deux parties ont signé un accord-cadre en vue d’un accord de paix. Alors que les défenseurs de l’environnement espèrent que la fin du conflit contribuera à rétablir la sécurité et à réduire la déforestation, Simpson souligne également que l’évolution de la politique internationale pourrait leur compliquer la tâche, même une fois la paix rétablie.
« Le contexte international a complètement changé. L’aide étrangère, c’est devenu un gros mot », explique Simpson. « Même si la situation se stabilise, la communauté internationale sera-t-elle disposée à fournir un soutien, financier et autre, afin de donner la priorité à la conservation dans la région ? C’est ce qui m’inquiète vraiment ».
Banner image: Un jeune bonobo (Pan paniscus) contemple un avenir incertain. Image de user DBeaune via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citations:
Ladewig, M., Angelsen, A., Masolele, R. N., & Chervier, C. (2024). Deforestation triggered by artisanal mining in eastern Democratic Republic of the Congo. Nature Sustainability, 7(11), 1452-1460. doi:10.1038/s41893-024-01421-8
Ladewig, M., Cuni-Sanchez, A., Angelsen, A., Imani, G., Baderha, G. K., Bulonvu, F., & Kalume, J. (2025). Between a rock and a hard place: Livelihood diversification through artisanal mining in the eastern DR Congo. Resources Policy, 106, 105613. doi:10.1016/j.resourpol.2025.105613
Cet article a été publié initialement ici en anglais le 26 Nov. 2025.