- Selon Dustin Crummett, coauteur d’une récente étude, les avantages environnementaux de l’élevage d’insectes ont été largement surestimés et dépendent d’hypothèses rarement observées dans la pratique.
- L’élevage à grande échelle dépend souvent d’intrants de haute qualité, consomme beaucoup d’énergie et reste inefficace lorsque les insectes servent à nourrir d’autres animaux. Les impacts environnementaux peuvent être plus élevés que ceux d’alternatives végétales.
- Pour Crummett, des risques de biosécurité et de sécurité alimentaire liés à cet élevage sont documentés mais insuffisamment encadrés. Il juge les réglementations insuffisantes, en particulier dans les contextes où les insectes sont nourris avec des déchets.
Titulaire d’un doctorat de philosophie de l’université de Notre Dame aux États-Unis, Dustin Crummett est enseignant à l’université de Washington Tacoma et directeur exécutif de l’Insect Institute, une organisation qui analyse la production d’insectes destinés à l’alimentation humaine et animale. Son travail vise à fournir des données fiables pour orienter les choix des industriels, des pouvoirs publics et des agriculteurs.
Au cours de cette dernière décennie, les insectes ont été présentés comme une solution prometteuse pour diversifier les sources de protéines. Pourtant, malgré un soutien institutionnel important et un fort engouement médiatique, le marché de l’alimentation humaine peine à décoller, surtout en Occident. Dans cette interview accordée à Mongabay, Crummett revient sur les raisons de cet échec, les limites de l’acceptabilité sociale, les différences observées dans les régions où l’entomophagie est culturellement ancrée. Il analyse aussi le repositionnement des entreprises vers l’alimentation animale et les enseignements tirés de ses missions en Afrique.
Mongabay : Le rapport de 2013 de la FAO, quant au rôle des insectes comestibles dans la sécurité alimentaire, a mis le sujet à l’agenda des médias, des chercheurs et des décideurs. 12 ans plus tard, malgré de nombreuses avancées législatives pour favoriser la consommation humaine, on a l’impression qu’on s’oriente beaucoup plus vers l’utilisation des insectes dans la consommation animale. Est-ce une réalité ou cette impression serait-elle liée à un déficit de communication ?
Dustin Crummett : Oui, c’est la réalité. Les grandes entreprises d’élevage d’insectes n’ont pas trouvé un marché important pour les insectes d’élevage destinés à l’alimentation humaine. Dans les sociétés occidentales et d’autres sociétés sans tradition d’entomophagie, les consommateurs ont tendance à être très réticents à l’idée de manger des insectes, et les efforts déployés, au cours de cette dernière décennie, pour les séduire, n’ont tout simplement pas fonctionné. Un article scientifique, évalué par des pairs, que j’ai coécrit précédemment, en était arrivé à la conclusion qu’il est peu probable que cela fonctionne dans un avenir prévisible non plus.
Même dans les sociétés ayant une tradition d’entomophagie, certains facteurs ont limité l’adoption des insectes d’élevage comme nourriture humaine. Par exemple, le coût de l’élevage d’insectes, comparé à leur capture dans la nature, peut poser problème. Un autre facteur est que les insectes, qui s’adaptent le mieux aux conditions d’élevage, ne sont souvent pas ceux que les gens préfèrent consommer. Les mouches soldates noires, l’insecte le plus couramment élevé pour ses protéines, ne sont, à ma connaissance, pratiquement pas utilisées pour l’alimentation humaine. Les vers de farine sont les deuxièmes insectes les plus couramment élevés, et dans nos recherches antérieures, nous avons mentionné le fait que, par exemple, en Thaïlande, où certains insectes sont couramment consommés, certains consommateurs sont néanmoins rebutés à l’idée de manger des vers de farine, car ils leur associent des connotations négatives.
En 2021, un rapport influent de la Rabobank indiquait que la part du marché des insectes d’élevage, destinés à la consommation humaine, était « négligeable, et que les perspectives, du moins pour le moment, sont limitées ». J’admets qu’il existe certaines exceptions, mais dans l’ensemble, si l’on considère le marché mondial, cela reste plus ou moins vrai, et il semble probable que cela le demeure à l’avenir.
En conséquence, les grandes entreprises d’élevage d’insectes se sont plutôt concentrées sur la production d’aliments pour animaux d’élevage et pour animaux de compagnie. Malheureusement, nos recherches suggèrent que les arguments environnementaux en faveur de l’élevage d’insectes sont discutables lorsque ceux-ci sont utilisés à ces fins. En outre, il est très difficile de produire des insectes à grande échelle d’une manière compétitive en termes de prix, par rapport aux ingrédients conventionnels des aliments pour animaux et pour animaux de compagnie. Pour cette raison, les ventes ont été assez faibles, ce qui constitue, entre autres, l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses entreprises, y compris celles ayant reçu des dizaines ou des centaines de millions de dollars d’investissement, peinent ou même font faillite. Les entreprises ayant rencontré des difficultés comprennent celles d’Europe et celles d’Amérique du Nord, comme Ynsect, Aspire ou ENORM, ainsi que celles d’Afrique, telles qu’Agriprotein ou, plus récemment, Inseco.

Mongabay : Les approches de durabilité appliquées à la production et à la consommation de viande animale reposent sur les principes de réduction de la consommation, le passage à des méthodes d’élevage plus durables et l’adoption d’alternatives alimentaires. Votre étude publiée le 28 octobre 2025 révèle que l’élevage d’insectes à grande échelle pourrait avoir un impact environnemental plus important que les alternatives conventionnelles. Que faut-il en conclure pour la stratégie de durabilité qui mise sur les alternatives à la viande ?
Dustin Crummett : Les sources de protéines les plus durables, tout en étant largement disponibles et évolutives dans la plupart des contextes, sont probablement les aliments végétaux ordinaires et peu transformés, comme les lentilles, les haricots, les pois chiches, etc. Dans certains contextes, les protéines alternatives comme les viandes à base de plantes sont également prometteuses. Ces deux options présentent en outre l’avantage d’éviter bon nombre de problèmes d’acceptation par les consommateurs, auxquels les aliments à base d’insectes sont confrontés, dans les sociétés sans tradition d’entomophagie.
Lorsque nous réfléchissons à des alternatives à la viande, c’est généralement par-là que nous devrions commencer. Dans le contexte européen, le plan du gouvernement danois visant à promouvoir les aliments d’origine végétale offre des exemples prometteurs de la manière, dont les décideurs politiques peuvent encourager une transition vers des alternatives plus durables à la viande.
Mongabay : Lors de la publication de votre précédente étude « Beyond the buzz : insect-based foods are unlikely to significantly reduce meat consumption », en juin 2025, Mongabay avait émis des réserves en précisant qu’il ne faut pas idéaliser ces alternatives à la viande, sans tenir compte de leur impact environnemental global. Votre étude publiée en octobre 2025 analyse justement l’impact environnemental global de la production à grande échelle des insectes. Que révèle-t-elle à ce sujet ?
Dustin Crummett : En résumé, la réponse à la question posée, dans le titre, est « oui » : les avantages environnementaux de l’élevage d’insectes ont été exagérés, et de nombreuses questions de recherche restent sans réponse. Les facteurs décrits ci-dessus ont conduit les grands producteurs à s’éloigner de la substitution de la viande, pour se tourner vers des marchés où l’utilisation des insectes n’a souvent que peu de sens.
Bien qu’il existe un intérêt pour l’alimentation des insectes à partir de déchets organiques, des problèmes liés à la sécurité, à la logistique, à la teneur nutritionnelle, à la disponibilité et à d’autres facteurs en limitent l’application à grande échelle. Cela signifie que les plus grandes entreprises dépendent principalement des ingrédients, qui pourraient être directement utilisés pour nourrir d’autres animaux d’élevage. Or, nourrir des insectes avec des ingrédients destinés à l’alimentation animale, pour ensuite les utiliser comme nourriture pour d’autres animaux, ajoute un niveau supplémentaire à la chaîne alimentaire, ce qui est inefficace.
Des processus, tels que la transformation, peuvent nécessiter une quantité importante d’énergie, tout comme le chauffage lorsque les insectes sont élevés dans des climats non tropicaux. De plus, le maintien de l’hygiène des installations peut consommer d’importantes quantités d’eau. En outre, lorsque des insectes s’échappent des élevages, ils peuvent menacer les écosystèmes locaux en propageant des agents pathogènes ou des parasites, en s’établissant comme des espèces envahissantes ou nuisibles, ou en diffusant des gènes issus de la sélection ou de la modification génétique, et très peu de mesures sont prises pour résoudre ces problèmes.
Mongabay : Je reviens sur la précédente étude. Vous disiez que « la production des insectes peut avoir une empreinte plus faible que l’élevage animal pour certains critères comme les gaz à effet de serre ». On note une évolution de votre pensée. Ce nouvel article va dans le sens opposé et identifie clairement des limites environnementales à la production d’insectes. Pouvez-vous clarifier cet aspect ?
Dustin Crummett : Nous continuons de penser que les insectes sont capables d’avoir un impact plus faible que le bétail conventionnel tel que les vaches, les porcs, les poulets, etc. Le problème est que cette comparaison n’a de sens que si les insectes d’élevage sont consommés à la place de la viande provenant du bétail conventionnel. Au contraire, dans le monde entier, la grande majorité des insectes d’élevage sont utilisés comme aliments pour d’autres animaux d’élevage ou comme nourriture pour animaux de compagnie, et là, nos recherches montrent que l’impact environnemental semble, le cas échéant, être généralement pire que celui des alternatives conventionnelles.
De plus, dans les pays occidentaux, lorsque les insectes sont utilisés comme nourriture pour les humains, on a tendance à les utiliser, après les avoir transformés, par exemple, en chips, en biscuits salés, en pâtes, en poudres, etc. Ici, ils ne sont pas en concurrence avec la viande, mais avec des ingrédients à base de plantes ayant un impact plus faible. Ces produits aussi auraient un impact environnemental plus faible sans les insectes.
Mongabay : Mongabay avait noté qu’il est pertinent de considérer la consommation d’insectes comme une alternative à la viande dans une optique environnementaliste. Toutefois, cette approche doit s’inscrire dans une réflexion plus large sur la durabilité des systèmes alimentaires. Toute solution alimentaire doit rechercher un équilibre entre les bénéfices économiques, la satisfaction nutritionnelle et la préservation de l’environnement. Cette nouvelle étude aborde explicitement la question de l’équilibre entre les bénéfices économiques, la satisfaction nutritionnelle et la préservation de l’environnement, et conclut que cet équilibre est plus complexe qu’on ne le pense souvent. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Dustin Crummett : Une chose que nos recherches illustrent est que, malheureusement, la réalité économique peut entrer en conflit avec la durabilité environnementale. Une grande partie des premières recherches, qui montraient un potentiel environnemental pour l’élevage d’insectes, reposaient sur des hypothèses idéalisées, qui pouvaient fonctionner à une échelle pilote, mais qui, en général, ne s’appliquent pas à la production commerciale à grande échelle. Ainsi, par exemple, l’élevage d’insectes a un impact environnemental plus faible si l’on nourrit les insectes avec des déchets organiques, mais il est extrêmement difficile de le faire tout en atteignant des volumes importants, constants et la qualité nutritionnelle fiable nécessaires pour susciter l’intérêt des entreprises d’alimentation animale. C’est l’un des nombreux facteurs qui ont poussé les grandes entreprises d’élevage d’insectes à utiliser des ingrédients d’alimentation de meilleure qualité, même si cela aggrave l’empreinte environnementale.

Mongabay : En parlant de l’empreinte environnementale des aliments à base d’insectes, vous faites une distinction en présentant les résultats pour la production d’un kilogramme de protéines d’insectes et d’un kilogramme d’insectes entiers. Que vouliez-vous démontrer à travers cette distinction ?
Dustin Crummett : Différents ingrédients d’alimentation contiennent différentes quantités de protéines. En conséquence, si un ingrédient fournit des protéines, la comparaison la plus significative concerne souvent l’impact de la production d’une quantité donnée de protéines, plutôt que d’une quantité donnée du produit entier. Par exemple, puisque la farine de poisson contient plus de protéines que la farine de soja, comparer l’impact environnemental de la production d’un kilogramme entier de chacun de ces produits surestimerait l’impact environnemental de la farine de poisson par rapport à celui de la farine de soja, puisque davantage de soja serait nécessaire pour fournir une quantité donnée de protéines dans le régime alimentaire. Cela peut être pris en compte en comparant l’impact de la production d’un kilogramme de protéines par le biais de la farine de poisson à celui de la production d’un kilogramme de protéines par le biais de la farine de soja.
En conséquence, il est courant dans la littérature scientifique de comparer l’impact de la production d’un kilogramme de protéines d’insectes à celui d’un kilogramme de protéines de soja, et ainsi de suite. Cependant, toutes les études ne procèdent pas de cette manière. Comme certaines des études, que nous avons examinées, le faisaient et d’autres non, nous voulions nous assurer qu’il était clair que chacune des études, que nous évoquions, procédait réellement à cette comparaison.
Un problème pertinent que nous soulignons dans notre étude est que la teneur en protéines des insectes est connue pour être généralement surestimée, y compris sur les étiquettes nutritionnelles, d’environ 20 à 30 %. Cela s’explique par le fait que la teneur en protéines est généralement extrapolée à partir de la quantité d’azote présente, mais comme il y a beaucoup d’azote dans les exosquelettes des insectes qui ne fait pas partie des protéines, l’utilisation de cette méthode sans correction conduit à surestimer la quantité de protéines contenue dans les insectes. Lors du calcul de l’impact de la production d’un kilogramme de protéines d’insectes, certaines études antérieures ont sous-estimé cet impact, parce qu’elles n’ont pas pris ce fait en compte et ont donc sous-estimé la quantité d’insectes nécessaire pour produire une quantité donnée de protéines.
Mongabay : Mongabay avait également souligné que les problèmes de biosécurité doivent être intégrés dans l’évaluation des insectes comme alternative à la viande ou aux végétaux. Le présent article mentionne que la biosécurité reste souvent insuffisante. Dites-nous davantage à ce sujet, s’il vous plait.
Dustin Crummett : Les insectes s’échappent fréquemment des élevages et, lorsque des insectes malades sont éliminés, ils peuvent, par exemple, simplement être jetés dans une benne à ordures à l’extérieur sans que des précautions adéquates soient prises. Cela soulève une série de préoccupations. Premièrement, élever un grand nombre d’insectes dans des espaces restreints favorise la propagation d’agents pathogènes et de parasites. Ceux-ci peuvent se propager aux insectes sauvages si les insectes s’échappent ou ne sont pas éliminés de manière hygiénique. Cela est similaire à la façon, dont la grippe aviaire peut se développer chez les oiseaux élevés de manière intensive, et se propager aux oiseaux sauvages, ou à la manière dont les abeilles domestiques ont parfois transmis des agents pathogènes aux pollinisateurs sauvages.
Deuxièmement, lorsque les insectes élevés appartiennent à des espèces envahissantes ou nuisibles, les insectes échappés peuvent être capables de s’établir dans les écosystèmes locaux, causant potentiellement des dommages aux espèces indigènes ou posant des problèmes aux agriculteurs locaux. Là encore, il s’agit d’un problème bien connu dans d’autres contextes : par exemple, les papillons spongieux sont une espèce envahissante introduite aux États-Unis dans les années 1860, et ils continuent à causer des dommages écologiques et économiques importants.
Troisièmement, les insectes élevés dans les fermes sont sélectionnés pour des caractéristiques souhaitables, comme une croissance plus importante, et il existe un intérêt croissant pour la modification génétique des insectes à cette fin. Cela peut poser des problèmes s’ils s’échappent et se reproduisent dans la nature, en y diffusant ces gènes. Là encore, ce genre de chose s’est déjà produit. Par exemple, les abeilles africanisées, les « abeilles tueuses », ont été sélectionnées en captivité avant de s’échapper dans la nature et de se répandre dans de vastes régions des Amériques.
Des publications scientifiques mettent en garde contre ces problèmes depuis des années, et il existe désormais certaines preuves directes de leur survenue. Un article récent a effectué un séquençage génétique en Europe et a trouvé des preuves d’évasion et de reproduction d’insectes d’élevage, en particulier des mouches soldates noires, faisant cette observation : « Bien qu’un manque de mesures de biosécurité permettant la libération de mouches domestiquées dans la nature soulève des préoccupations en matière de conservation, cela menace également la perte potentielle non documentée et économiquement pertinente de caractéristiques provenant de populations sauvages naturellement diverses par homogénéisation génomique. En plus des préoccupations génétiques, de telles libérations incontrôlées peuvent avoir des conséquences écologiques plus larges. Les populations domestiquées peuvent abriter des menaces pathogènes uniques pour les populations sauvages localement adaptées ».
Une étude plus récente constate que « le potentiel d’évasion ou de libération d’insectes d’élevage représente un risque important d’invasion biologique, menaçant la biodiversité, le bien-être humain et les économies » et que, malgré cela, « les mesures visant à traiter le risque d’invasion biologique lié à cette industrie sont largement inexistantes » et « particulièrement insuffisantes dans les régions en développement, où le risque et l’impact des invasions biologiques sont les plus importants ». L’étude prévoit des risques élevés d’invasion biologique dans certaines parties de l’Afrique, avec une variation selon la région et les espèces élevées. Malheureusement, jusqu’à présent, ni les producteurs ni les décideurs politiques n’ont réellement pris des mesures pour résoudre ces problèmes.
Mongabay : Vous avez parcouru plusieurs pays d’Afrique pour visiter des élevages d’insectes. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
Dustin Crummett : Il existe pas mal de différences par rapport aux fermes qui existent dans des endroits comme l’Europe. Il y a également beaucoup de variations à l’intérieur même de l’Afrique, allant d’exploitations industrielles relativement grandes produisant des aliments pour animaux à de très petites exploitations produisant des insectes comestibles comme compléments nutritionnels pour les populations des communautés locales. Je pense qu’il faut beaucoup plus de recherches pour comprendre les forces et les faiblesses de l’élevage d’insectes en Afrique.
Ainsi, si nous nous concentrons sur la production commerciale à plus grande échelle, considérons que, bien que de nombreux facteurs tendent à rendre la production en Afrique moins coûteuse qu’en Europe ou en Amérique du Nord, les entreprises peuvent aussi être confrontées à des problèmes inattendus qu’elles seraient peu susceptibles de rencontrer dans ces régions. Par exemple, Inseco, qui a récemment échoué, a déclaré que le principal facteur était les coupures de courant sur le réseau électrique sud-africain. Cela serait moins susceptible de se produire dans la plupart des régions d’Europe ou d’Amérique du Nord.
Ou encore, considérons que dans de nombreux endroits en Afrique, les réglementations de sécurité, concernant ce que les insectes peuvent consommer, sont beaucoup plus souples qu’en Europe, et qu’il y a également beaucoup plus de déchets organiques qui ne sont pas déjà valorisés par d’autres moyens. Cela peut rendre plus facile l’incorporation de déchets organiques dans l’alimentation des insectes, ce qui pourrait potentiellement réduire les coûts et améliorer le profil environnemental. En même temps, incorporer des déchets peut diminuer la qualité du produit (car la qualité nutritionnelle des déchets est plus faible et plus variable que celle des ingrédients d’alimentation de plus grande valeur) et peut potentiellement poser des risques pour la sécurité alimentaire (parce que des agents pathogènes tels que des bactéries ou des virus, ou des contaminants comme des métaux lourds, des mycotoxines ou des prions, peuvent potentiellement remonter la chaîne alimentaire à partir de déchets contaminés). Les préoccupations concernant la sécurité sont la raison pour laquelle la Commission européenne a refusé d’assouplir les réglementations malgré le lobbying de l’industrie, et en fait, malgré cela, les produits sur le marché en Amérique du Nord et en Europe présentent des problèmes de qualité et de sécurité. Par exemple, une étude a trouvé des niveaux élevés de plomb et d’arsenic dans certains aliments pour poulets à base de mouches soldates noires importées et vendues aux États-Unis, et les métaux lourds semblent provenir de ce que les larves consommaient. Une autre étude sur les aliments pour animaux de compagnie à base d’insectes en Europe a constaté que 76 % des produits ne respectaient pas toutes les garanties nutritionnelles figurant sur l’étiquette, et qu’un seul produit sur 29 respectait à la fois les garanties nutritionnelles de l’étiquette et les lignes directrices nutritionnelles de la FEDIAF. Une autre étude a conclu qu’« il existe d’importantes lacunes en matière d’informations sur la sécurité et l’authenticité des aliments dans cette industrie, qui doivent être comblées avant que les insectes comestibles puissent être considérés comme une source de protéines sûre et durable par les consommateurs occidentaux ». On peut s’attendre à ce que ces problèmes soient aggravés dans les contextes où les insectes sont utilisés pour la gestion des déchets et comme nourriture ou aliment pour animaux, surtout s’il n’existe pas de réglementations strictement appliquées pour atténuer les risques. Il y a donc des compromis à considérer.
Image de bannière : Élevage de vers destinés à la consommation humaine. Image fournie par Dustin Crummett.
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