- Des organisations de la société civile internationale accusent l’entreprise française Compagnie Fruitière et sa filiale Plantations du Haut-Penja, d’atteintes graves à l’environnement et aux droits des riverains et de corruption endémique.
- Elles dénoncent également le défaut d’application des exigences du Plan de vigilance de la Compagnie fruitière Import SAS, en pointant un doigt accusateur sur les sociétés mères, la Compagnie financière de participation et la Compagnie financière de l’Oriol, pour leur laxisme.
- Ces ONG donnent trois mois aux sociétés mères pour adopter un nouveau plan de vigilance pour leur entité, la Compagnie fruitière, auquel cas, elles seront traduites devant la justice française.
- La Compagnie fruitière explique que les allégations des organisations requérantes sont fondées sur des témoignages invérifiables.
Des organisations de la société civile internationale ont adressé, le 9 décembre 2025, une mise en demeure à la Compagnie financière de participation et à la Compagnie financière de l’Oriol, deux sociétés françaises qui contrôlent le capital de la Compagnie Fruitière Import SAS, le leader de la filière banane au Cameroun, à travers sa filiale Plantations du Haut-Penja (PHP).
Ces organisations, en l’occurrence Transparency International, son appendice au Cameroun, Transparency International Cameroun, et les associations françaises Action Aid France et Intérêt à Agir, accusent la Compagnie fruitière de mauvaises conditions de travail, d’atteintes graves à l’environnement, d’usage des produits toxiques, de violation des droits des riverains et de corruption endémique dans le cadre des activités de sa filiale PHP.
Ces accusations font suite à une série d’enquêtes menées en décembre 2023, en juin et juillet 2024, et récemment en septembre 2025, dans la localité de Njombé-Penja, dans la région du Littoral, où la société produit en moyenne 150 000 tonnes de bananes par an, destinées à l’exportation vers l’Europe.
Ces accusations découlent des témoignages recueillis auprès des riverains et des personnes travaillant ou ayant travaillé à la PHP.
Au sujet des mauvaises conditions de travail au sein de la société, Paul, un ex employé, licencié en 2023 après 10 ans de service, révèle dans un dossier de presse rendu public par les ONG en décembre 2025 : « J’avais du mal à respirer, je suis allé voir le médecin du travail, (…) j’ai été opéré pour enlever une masse. C’est moi qui ai dû payer l’anesthésie. (…). Je suis revenu travailler après deux jours de repos, puis j’ai été licencié. Je n’ai jamais eu accès à mon dossier médical, je ne sais pas ce que j’ai eu, si ça peut revenir ».

Mesures correctives et Plan de vigilance contraignant
Ledit rapport renseigne également que les eaux usées sont régulièrement déversées par une des stations de la PHP, dans la localité de Maengwassa, voisine aux plantations, et que cette eau souillée cause en plus des inondations dans plusieurs maisons, des maladies aux personnes âgées et aux enfants.
Fort de ces dénonciations, la coalition d’organisations de la société civile sus-évoquées, a entrepris une démarche auprès des sociétés mères – Compagnie financière de participation et Compagnie financière de l’Oriol –, adossée sur le fondement de la loi française relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre, visant à obliger la Compagnie fruitière à utiliser son pouvoir sur sa filiale PHP, pour mettre fin aux atteintes aux droits humains, à la santé des travailleurs, et à la pollution environnementale à laquelle s’exposent les populations de Njombé-Penja et de Loum dans la même région depuis de nombreuses années.
Les requérants exigent de la société mère, l’adoption d’un nouveau Plan de vigilance contraignant, mais surtout « des mesures correctives adaptées et proportionnées aux atteintes constatées », a indiqué, dans un courriel à Mongabay, Luca d’Ambrosio, membre d’Intérêt à Agir et conseil des associations requérantes.
Ces mesures correctives se résument, selon lui, à l’établissement d’un plan visant à réparer les dommages écologiques et matériels causés aux habitants des quartiers touchés par le ruissellement des eaux usées provenant des stations de la PHP, dont le quartier de Manengwassa 1, incluant la restauration des conditions hydrogéologiques, des conditions de stabilité des maisons endommagées, et plus largement des conditions de salubrité des quartiers touchés. Le plan doit aussi prévoir la mise en œuvre d’un programme de suivi et surveillance sanitaire à destination des communautés ayant été exposées systématiquement à l’épandage de produits phytosanitaires ; et l’établissement d’un plan plus large de restauration des dommages graves causés à l’environnement, aux écosystèmes et à la biodiversité dans le territoire de Njombe-Penja, durablement endommagé par la diffusion des monocultures.

« Allégations non démontrées, fondées sur des témoignages invérifiables »
Suite aux accusations de Transparency International et de ses pairs, la Compagnie fruitière a été interrogée via un courriel par Mongabay. Elle souligne qu’un Plan de vigilance est en vigueur en son sein, et qu’il est constamment contrôlé, notamment en partenariat avec des ONG ; que les nombreuses certifications détenues, accordées par des tiers indépendants, attestent de la solidité des politiques mises en œuvre dans le cadre de ses activités.
Elle dit aussi que « le dossier de presse réalisé par ces ONG est un tissu d’allégations non démontrées, fondées sur des témoignages invérifiables ». « Ces faits ne correspondent en rien aux politiques de la Compagnie fruitière et de ses filiales qui opèrent dans le cadre des règlementations en vigueur, qu’il s’agisse des pratiques agricoles ou des politiques sociales ».
Au demeurant, les exigences contenues dans ledit plan de vigilance ne seraient pas d’application effective, à en croire Luca d’Ambrosio : « L’enjeu central est que les obligations de vigilance ne restent pas théoriques, mais se traduisent par des changements effectifs des pratiques sur le terrain ».
Ce dernier déplore par ailleurs l’absence de « coopération substantielle et transparente » de la part des sociétés mères et de la PHP, lors des enquêtes menées au cours des dernières années par les organisations de la société civile et remettant en doute les pratiques de ses filiales.
Il espère tout de même que ces sociétés s’ouvriront à un « dialogue constructif », et qu’elles prendront des engagements à la hauteur des enjeux humains, environnementaux et sanitaires identifiés sur le terrain, à l’aune de la démarche juridique initiée avec la mise en demeure comme étape préliminaire.
Les associations requérantes ont par ailleurs donné un délai de trois mois aux sociétés mères pour élaborer et adopter un nouveau plan de vigilance pour leur entité.
Elles disent que si les sociétés mises en demeure ne donnent pas suite à la mise en demeure en adoptant les mesures nécessaires pour faire cesser les manquements identifiés, une action en conformité pourra être engagée devant la juridiction civile française compétente, notamment le tribunal judiciaire de Paris, compétent pour connaître de ce type de contentieux visant des sociétés mères établies en France.
Image de bannière : Une habitante du quartier Manengwassa1, présentant des affections cutanées, résultant des activités de PHP au Cameroun. Image des ONG Action Aid France/Tansparency Internation SI/ Transparency International-Cameroun/Intérêt à Agir, publiée avec l’aimable autorisation de Chloé Rousset, Chargée de campagne Dignité au travail & Régulation des multinationales à Actions Aid France.
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