- La plupart des ménages n’ont pas accès à des options de combustibles durables au Nord et au Sud-Kivu.
- La collecte de bois reste une tâche habituellement assumée par les femmes ainsi exposées à des risques de violences à l’Est de la RDC.
- L’initiative vise à réduire les risques de violences, qu’encourent les femmes lorsqu’elles s’éloignent de leur village, en quête de bois de chauffage.
- Les femmes autochtones au Nord-Kivu se sont dotées de moyens financiers, pour être à l’abri de l’exploitation et de la tromperie.
A Karisimbi, une localité périphérique de la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo), Constance Muhindo, a décidé d’abandonner la carrière d’enseignante, pour s’adonner au commerce informel de briquettes de charbon, pour faire vivre sa famille.
Dans cette région, les affrontements entre différents groupes armés ont provoqué des déplacements massifs de populations et accentué la demande de bois de chauffage, principale source d’énergie de la majorité des populations pour la cuisine.
Dans cette localité où la vente du charbon de bois a été pendant longtemps une activité florissante dans la production de l’énergie, principalement pour la cuisson des aliments, la pénurie de ce combustible, ainsi que la hausse des prix, a toujours forcé les femmes, cheffes des ménages à parcourir de longues distances, en zones de conflits, pour trouver du bois de chauffe.
Comme alternative, la bioénergie issue des déchets agricoles a été introduite par un groupe de femmes autochtones comme matière première pour la production de briquettes, afin de prévenir la déforestation et les violences sexuelles dans les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu, plongées dans la guerre depuis plusieurs années.
« La collecte de bois dans les zones éloignées a toujours eu des répercussions négatives en exposant les femmes, typiquement chargées de cette tâche, aux risques de violence sexuelle », explique Muhindo, à Mongabay.
Selon une étude réalisée par le Programme alimentaire mondiale (PAM), dans les camps de Goma, Karisimbi, Nyiragongo, Kiroshe, Mabalako, Oïcha et Beni, situés à l’Est de la RDC, entre novembre 2023 et février 2024, la plupart des ménages enquêtés n’ont pas accès à des options de combustibles durables au Nord-Kivu.
Selon les enquêtés, le type de combustible le plus utilisé pour la cuisine est le bois (54 %), suivi par le charbon de bois (44 %), tous les deux entraînant des conséquences négatives sur la santé et sur l’environnement.
L’étude montre que la collecte du bois est une activité dangereuse, là où le risque le plus fréquent est l’abus sexuel, mentionnée dans 58 % des cas, suivi de l’enlèvement ou de l’enrôlement forcé dans des groupes armés au Nord-Kivu, notamment.
Face à la cherté du bois de chauffage, les femmes autochtones misent sur transformation des déchets organiques en charbon écologique sous forme de briquettes combustibles.
Dans la ville de Goma et dans ses quartiers périphériques, le prix du sac de charbon de bois a doublé en quelques mois, passant de 40 000 francs congolais (environ 18 USD) au mois de mars à 100 000 francs congolais (environ 43 USD) en décembre 2025.
« Auparavant, la plupart des femmes de ce village étaient obligées de parcourir de longues distances pour trouver d’autres combustibles de cuisson, ce qui les rendait plus vulnérables aux agressions», souligne Muhindo.
Des briquettes écologiques produites par « Maharifa ya Wamama Vijijini » (Compétences des femmes autochtones et rurales, en langue kiswahili), une organisation non-gouvernementale regroupant des femmes autochtones à l’Est de la RDC permettent désormais aux foyers d’échapper à la dépendance au charbon et à la coupe abusive de bois, réduisant ainsi la pression sur les forêts déjà fragilisées par les conflits dans cette région.

Protection des forêts et des communautés
Depuis 2019, cette initiative qui rassemble plusieurs dizaines de femmes autochtones des provinces du Nord et du Sud-Kivu, aide les femmes exposées à de nombreuses formes de violence sexuelle, notamment celles qui vont chercher du bois de chauffage dans les forêts.
Narcisse Balingene, présidente du conseil d’administration de l’ONG « Maharifa ya Wamama Vijijini », affirme que le manque de matériaux de biomasse, pour la fabrication des briquettes, reste l’une des grandes difficultés auxquelles restent confrontées les femmes autochtones mobilisées dans cette campagne pour protéger les forêts et les communautés.
« Nous voulons inverser la tendance actuelle pour protéger les forets à l’Est de la République Démocratique du Congo […], une large quantité des braise reste toujours consommée par les gens en armes», dit-elle dans un entretien à Mongabay.
Charbon écologique
Au Nord-Kivu notamment, le charbon écologique, qui s’obtient par carbonisation incomplète des déchets biodégradables, est utilisé au même titre que le charbon de bois ordinaire.
« Pour développer une mentalité entrepreneuriale, ces briquettes écologiques ont permis aux femmes autochtones d’obtenir une autonomie financière, pour subvenir à leurs besoins de manière indépendante », affirme Balingene.

Cette opinion est partagée par Muhindo, une habitante de la ville de Goma opérant dans le commerce de distribution de briquettes, essentielles pour la cuisson et le chauffage, par substitution au bois de chauffage, dans cette zone. « La transition vers l’utilisation du charbon écologique couvre progressivement une partie des besoins énergétiques des ménages au Nord-Kivu », affirme-t-elle, à Mongabay.
Cette initiative des femmes autochtones mise par ailleurs sur la réduction de la dépendance au bois de chauffage en vue d’assurer une protection des arbres forestiers.
La Banque mondiale montre qu’en 2023, le bassin du Congo, une des zones les plus riches en biodiversité et en forêts tropicales primaires, a perdu plus de 352 000 km2 de couvert forestier entre 1990 et 2020, soit environ 8,5 % de sa superficie forestière totale, notamment en RDC.
L’institution financière internationale estime que cette tendance inquiétante met en lumière, non seulement les conséquences dramatiques de la déforestation sur l’environnement, mais aussi sur les populations locales qui en dépendent pour leur subsistance.
Mais, pour l’ONG « Maharifa ya Wamama Vijijini », les briquettes écologiques contribuent aujourd’hui à la lutte contre la déforestation, avec un mode de cuisson plus économique, tout en offrant des possibilités d’emploi aux femmes de la région.
Balingene affirme que l’initiative a également permis de réduire les risques de violences sur les femmes autochtones, lorsqu’elles tentent de s’éloigner de leur village, en quête de bois de chauffage.
« Cette activité a permis aux femmes de se doter de moyens financiers, pour être à l’abri de l’exploitation et de la tromperie, notamment dans les zones de conflits en RDC», confie Balingene, dans un entretien avec Mongabay.
Image de bannière : Un groupe de femmes autochtones utilisent les déchets agricoles a été introduite pour la produire des briquettes, afin de prévenir la déforestation et les violences sexuelles dans les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu, plongées dans la guerre depuis plusieurs années. Image fournie par Aimable Twahirwa
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