- Réunis avec l’ambition de renforcer le système multilatéral, de convenir de modalités de partage des avantages, les participants aux dernières négociations sur le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture (Tirpaa), tenues fin novembre, à Lima au Pérou, se sont séparés avec des frustrations, sans parvenir à un accord.
- Des points focaux des pays africains n’ont pas caché leurs indignations à la 11ème session et estiment qu’il faut des discussions plus approfondies avant la 12ème session.
La 11ème session du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (Tirpaa), s’est tenue, du 24 au 29 novembre 2025, à Lima, au Pérou, avec l’ambition de renforcer le système multilatéral, de convenir de modalités de partage des avantages. Mais les délégués se sont séparés sans aucun véritable accord.
La rencontre placée sous le thème : « Promouvoir la biodiversité et la sécurité alimentaire : préserver le patrimoine, cultiver un avenir partagé », était censée permettre de renforcer la sécurité alimentaire et la biodiversité, de discuter des nouveaux défis du numérique et du séquençage génétique, de concrétiser le partage juste et équitable des avantages, de défendre les droits des paysans et des peuples autochtones, en améliorant le fonctionnement du système multilatéral. Mais elle n’a accouché que des frustrations.
Les délégués des pays africains s’étaient rendus à ce sommet avec l’intention de protéger leurs ressources végétales et les droits des agriculteurs face à la biopiraterie. Leurs attentes étaient qu’à l’issue des travaux, qu’un traité international fonctionnel et profitable à toutes les parties, soit adopté. Mais elles ont été déçues.
Les négociations se sont achoppées sur plusieurs points compliquant l’adoption d’un accord consensuel. Les participants n’ont pas pu s’entendre sur la manière dont il faut gérer les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture et la protection des droits des agriculteurs.
De même, ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur la manière de renforcer le système multilatéral. Par exemple, le groupe Third World Network, a rejeté l’approche de la « liste négative », estimant qu’elle « inverse les principes de la Convention sur le diversité biologique et du Protocole de Nagoya, transformant les obligations internationales en défauts et reléguant le contrôle national à des exceptions ».
Cette même organisation a aussi, lors des débats, soulevé des dispositions contradictoires dans les documents du traité, qui selon elle, risque de mettre à mal le système multilatéral de gouvernance des ressources phytogénétiques.
Famara Diédhiou, Coordinateur de programme Afrique de l’Ouest de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), pense qu’ « il n’y a pas eu d’avancée, aucun changement n’a été enregistré lors de cette session ».

Les négociateurs africains sont restés sur leur soif
Selon Gertrude Ngo Bahoya Mbom, point focal national du Tirpaa Cameroun, « les principaux enjeux du sommet étaient l’adoption de l’ensemble du projet de mesures visant l’amélioration du fonctionnement du système multilatéral et les mesures à prendre pour la concrétisation des droits des agriculteurs.
Ces enjeux n’ont pas connu d’avancement, même si les discussions ont mis l’accent sur le partage équitable des avantages, le soutien aux agriculteurs, l’innovation agroécologique et la participation de la jeunesse.
La plupart des négociateurs, notamment africains sont restés sur leur soif. Selon Issa Zakari Mahaman Mourtala, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique du Niger (Inran), et point focal national Tirpaa, la rencontre s’est terminée sans l’adoption des trois points importants des négociations, notamment le système multilatéral et le rejet des travaux sur les droits des agriculteurs relatifs aux informations sur les séquençages numériques.
Mbom, à l’instar de Dr Toussaint Mikpon, point focal Tirpaa honoraire du Bénin, pense qu’il « y a eu une volonté d’améliorer le fonctionnement du système multilatéral, mais de nombreuses divergences demeurent entre les pays développés et les principaux fournisseurs des ressources génétiques ».
Les participants africains souhaitent que les activités d’intersession permettent de trouver un début de solution aux principales questions restées en suspens avant la 12ième session du Tirpaa.
Image de bannière : Semence de maïs jaune traditionnelle. Image de Patrice Soglo pour Mongabay.
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