- Du 8 au 12 décembre, Nairobi, la capitale kényane, accueille l’Assemblée des Nations unies pour l'environnement, dans un contexte de profondes incertitudes environnementales et géopolitiques.
- Les enjeux de cette rencontre pour l’avenir du continent africain tournent autour de l’action climatique, la protection de la biodiversité, la réponse à la sécheresse et la lutte contre la pollution.
- La diplomatie seule ne suffira pas à protéger les communautés africaines des vagues de chaleur, des sécheresses ou de la pollution toxique.
Lorsque des délégations de gouvernements, d’organisations de la société civile, de scientifiques, d’entreprises, de médias et d’autres acteurs du monde entier se réuniront à Nairobi, du 8 au 12 décembre, l’Afrique accueillera le monde à un moment de profondes incertitudes environnementales et géopolitiques. Plus tôt, en 2024, les dirigeants mondiaux avaient conclu leur précédent cycle de négociations par de belles promesses pour agir ensemble en vue de lutter contre le changement climatique, de protéger la biodiversité et de réduire la pollution.
Mais, depuis, les émissions mondiales continuent d’augmenter, les objectifs de la biodiversité ne sont toujours pas atteints, et les négociations sur la pollution plastique sont dans l’impasse. Les grandes tensions géopolitiques — des conflits commerciaux aux guerres — menacent d’affaiblir les efforts internationaux de protection de l’environnement.
Même la directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Inger Andersen, reconnait l’ampleur de la situation.. S’exprimant récemment devant des experts réunis à Nairobi, pour préparer les discussions, elle a décrit 2025, comme une « année mitigée », saluant les progrès accomplis, quant à la protection de la biodiversité marine en haute mer, tout en avertissant que le monde reste à la traîne sur le changement climatique, la perte de la biodiversité, la dégradation des terres et la pollution plastique.
Pour l’Afrique — déjà confrontée aux sécheresses, aux inondations, à l’effondrement des écosystèmes et à une pollution croissante — ces négociations permettent de savoir si l’action mondiale peut être à la hauteur de l’urgence des crises environnementales du continent.
Les leaders de la société civile affirment que l’écart entre les promesses et la réalité est devenu intolérable. « L’Afrique attend des solutions concrètes aux problèmes du monde », a déclaré Dr Augustine Njamnshi de l’Alliance Panafricaine pour la Justice Climatique. « Nous ne pouvons pas envisager de faire avancer des solutions durables pour une planète au repos, alors que notre propre partie de la Terre-Mère brûle et est inondée en même temps ».
Des priorités claires, des progrès lents
Les ministres africains ont passé l’année à harmoniser leurs priorités, soulignant que l’action climatique, la protection de la biodiversité, la réponse à la sécheresse et la lutte contre la pollution sont essentielles pour l’avenir du continent.
Lors d’une réunion en juillet 2025, Elizabeth Maruma Mrema, un haute responsable du PNUE, a rappelé aux ministres réunis à Nairobi, que des problèmes, autrefois vus comme « des nuages à l’horizon », sont désormais « au centre de la tempête ».
Les ministres africains de l’environnement se réunissent dans le cadre de la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (AMCEN-20), dont la 20ᵉ session s’est tenue en juillet 2025, à Nairobi.
Entre-temps, les organisations communautaires et de la société civile affirment que le problème n’est plus de diagnostiquer la crise, mais d’y répondre. Dr Njamnshi estime que les pays africains ne doivent plus continuer à attendre des promesses, qui ne se matérialisent jamais. « Les promesses, les engagements, qui ont été faits, n’ont pas été tenus. C’est le fond du problème », a-t-il déclaré à Mongabay. « L’Afrique continue d’être déçue. C’est devenu presque une mode : on fait des déclarations, puis personne ne fait le nécessaire pour tenir ses engagements ».
Des centaines d’organisations de la société civile sont accréditées comme observatrices aux négociations de l’ONU. En préparation de l’assemblée générale de cette année, des groupes communautaires et des réseaux citoyens ont mis en garde contre « des lacunes persistantes dans la mise en œuvre, des mécanismes de responsabilité insuffisants et un soutien inadéquat des pays développés ». Ils veulent que les promesses de 2024 se traduisent enfin en actions concrètes.

Financement climatique et adaptation : une question vitale pour l’Afrique
L’Afrique arrive à Nairobi frustrée par le système mondial censé financer l’action climatique. Si les récentes négociations climatiques des Nations unies, à Belém, ont permis de tripler les financements de l’adaptation, il reste encore beaucoup à faire avant que ces fonds ne soient réellement disponibles et n’atteignent les communautés.
Les ministres du continent ont également souligné les « obstacles structurels » qui rendent difficile l’accès aux financements nécessaires, pour protéger les populations face à l’aggravation des impacts climatiques. Dans de nombreux cas, ces soutiens sont accordés sous forme de prêts qui « aggravent encore les charges de la dette ».
Les pays africains perdent déjà jusqu’à 15 % de leur Produit intérieur brut, chaque année, en raison des impacts climatiques. Le président kényan, William Ruto, a résumé l’urgence en affirmant, devant les ministres africains de l’environnement, à Nairobi, en juillet 2025, que la menace climatique exige des financements urgents et prévisibles pour les pays en développement.
Dr Njamnshi affirme que le manque de progrès, depuis début 2024, montre que l’action climatique mondiale « n’est même pas abordée de manière vraiment conséquente », avec des conséquences dévastatrices pour les communautés africaines confrontées à « cette triple crise planétaire ». Son message est clair : « L’Afrique est un continent qui brûle et qui est inondé en même temps. Que peut faire l’Afrique seule ? ».
La nature en déclin et ses impacts en Afrique
Lors de la dernière réunion de l’UNEA-7, les gouvernements se sont engagés à « stopper et inverser la perte de la biodiversité d’ici à 2030 ». Pour l’Afrique, riche en forêts, en zones humides, en savanes, en littoraux et systèmes d’eau douce, cet objectif est essentiel.
Mais le rapport 2024 du Fonds mondial pour la nature, en réalité montre une dégradation croissante : plus de 70 % des populations mondiales de faune sauvage ont été perdues depuis 1970, selon le rapport Planète Vivante.
Les ministres africains en charge de l’environnment ont souligné l’importance des zones humides, des forêts, des mangroves et d’autres paysages, pour la résilience et les moyens de subsistance. Les négociateurs africains ont appelé à des lois environnementales plus strictes et à un financement plus prévisible pour la biodiversité.
Mais de nombreux pays n’ont toujours pas finalisé les plans nationaux nécessaires à la mise en œuvre de ces engagements, et les financements disponibles restent très insuffisants.
Dr Njamnshi avertit que la perte de la biodiversité s’accélère : « Même la perte de la biodiversité continue d’augmenter », dit-il. « La pollution a augmenté plus que jamais auparavant ».
Pollution plastique : une impasse lourde de conséquences
Les engagements précédents prévoyaient de finaliser un traité mondial sur les plastiques avant fin 2024. L’échéance n’a pas été tenue. De nombreux gouvernements africains soutiennent des règles couvrant tout le cycle de vie des plastiques — « de la production des polymères à l’élimination » — affirmant qu’une approche partielle serait inefficace.
Mais les négociations sont bloquées. Pendant ce temps, les montagnes de déchets, les polluants toxiques et les rivières étouffées aux plastiques continuent de menacer les communautés.
Les groupes de la société civile mettent en garde contre le « partage inéquitable des ressources minérales, la dégradation de l’environnement et le manque de transparence » dans les industries liées aux plastiques, à la pétrochimie et aux déchets.
Dr Njamnshi note que la pollution atteint désormais des niveaux sans précédent. « La pollution a même augmenté plus que jamais auparavant », dit-il, estimant que l’Afrique doit donner la priorité à ses propres solutions, même si les négociations mondiales traînent.
Pollution et produits chimiques : une urgence de santé publique
Les pays africains sont confrontés à des menaces croissantes liées au mercure utilisé dans l’orpaillage, aux produits chimiques toxiques dans les biens de consommation et à la pollution atmosphérique dans les villes. Les ministres ont tiré la sonnette d’alarme, qualifiant le mercure de menace majeure pour la santé publique.
Le brûlage à ciel ouvert des déchets reste l’une des sources de pollution les plus courantes sur le continent, affectant les habitants des villes et des quartiers informels. Pour Dr Njamnshi, c’est l’un des signes les plus clairs de l’échec global : « Si le monde traverse toujours cette triple crise planétaire, alors il ne peut pas s’agir d’une planète au repos ».
La sécheresse est désormais le choc climatique le plus meurtrier du continent. La pénurie d’eau provoque des déplacements, des conflits, des mauvaises récoltes et l’effondrement des écosystèmes. Les responsables avertissent que la désertification progresse rapidement — un constat qui reflète l’avertissement de Dr Njamnshi, selon lequel « les déserts augmentent en Afrique ».
Les discussions de Nairobi incluent des propositions sur la gestion de l’eau et la pollution des rivières et des lacs. Si ces dossiers sont retardés ou affaiblis, l’Afrique aura du mal à obtenir une action mondiale plus robuste, l’an prochain.

« La diplomatie seule ne protégera pas l’Afrique »
Inger Andersen a rappelé aux délégués que « Nairobi reste le cœur battant de la diplomatie environnementale ».
Mais la diplomatie seule ne suffira pas à protéger les communautés africaines des vagues de chaleur, des sécheresses ou de la pollution toxique. Ce qui compte désormais, c’est de savoir si les gouvernements prendront des mesures significatives.
Les engagements antérieurs indiquent que chacun a droit à un « environnement propre, sain et durable ». Nairobi est l’endroit où l’Afrique cherchera à transformer ce droit en réalité.
L’avertissement du Dr Njamnshi résume l’urgence : « C’est un moment de réflexion pour l’Afrique… Nous devrions réfléchir à ce que nous pouvons faire pour nous sauver du danger ».
La question, que se posent de nombreux observateurs, est de savoir si les pays, réunis à Nairobi, adopteront un programme réellement aligné sur les priorités africaines. Plus encore, si les pays africains pourront prendre en main leur propre destin, puisque les précédentes négociations mondiales ne leur ont pas apporté ce dont ils avaient besoin.
Les résultats de l’UNEA-7 détermineront si le continent pourra protéger ses populations, ses terres, son eau et sa faune, dans les années à venir.
Image de bannière: À proximité des aires protégées comme le Parc national de Dzanga-Ndoki, en République centrafricaine, la déforestation et les conflits d’usage des terres constituent un problème majeur. Image de GRID-Arendal via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
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