- Le déclin des récifs coralliens sous l’effet du stress thermique est inévitable d’ici à la fin du siècle au vu du rythme de réchauffement actuel, selon une étude.
- Des techniques de transplantation de coraux, mises en œuvre pour les rendre plus résilients, offrent l’espoir de voir inverser ce déclin.
- Mais les efforts à l’échelle mondiale restent largement insuffisants, et toute mesure sera vaine sans réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre.
Alors que les récifs coralliens du monde entier font actuellement face au quatrième épisode de blanchissement massif, une étude révèle un seuil critique de blanchissement annuel, au-delà duquel les récifs subissent des dégradations irréversibles. Les données indiquent que le déclin des récifs à l’échelle mondiale est inévitable d’ici à la fin du siècle, au vu du rythme actuel de réchauffement climatique, même dans les scénarios climatiques les plus optimistes.
Comme les récifs coralliens sont extrêmement sensibles à l’élévation des températures et compte tenu de leur importance écologique, les scientifiques reconnaissent depuis longtemps que leur déclin constituera l’un des points de basculement climatiques majeurs. On estime que la couverture corallienne mondiale a diminué de moitié depuis les années 1950, principalement en raison des blanchissements massifs provoqués par le réchauffement des océans.
D’après l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), nous faisons face, depuis 2023, au quatrième épisode le plus important de blanchissement massif jamais enregistré. Le stress thermique a affecté 84,4 % des récifs de la planète entre le 1er janvier 2023 et le 11 septembre de cette année.
Bien que les coraux puissent se rétablir après un épisode de blanchissement, cela ne peut se produire qu’avec un retour rapide à des conditions normales. Si les vagues de chaleur persistent trop longtemps, la perte de coraux peut devenir irréversible. Étant donné que le processus de rétablissement des récifs peut prendre des décennies, des études prédisent que la fréquence et l’intensité des épisodes de blanchissement risquent de dépasser la capacité des récifs à se rétablir dans les décennies à venir.
Le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), indique que la Terre passera officiellement au-dessus du seuil de réchauffement de 1,5 °C (par rapport à la moyenne préindustrielle) d’ici à 2030. Or, les projections climatiques indiquent que 70 à 90 % des récifs coralliens pourraient disparaître si le réchauffement venait à dépasser ce seuil.
« Les changements climatiques ont existé depuis toujours, mais à un rythme plutôt lent. C’est la rapidité changement climatique actuel qui inquiète les scientifiques, car les coraux pourraient ne pas avoir suffisamment de temps pour s’adapter », a expliqué, lors d’une conversation avec Mongabay, Gildas Todinanahary, professeur associé et directeur de l’Institut halieutique et des sciences marines (IHSM) de l’université de Toliara, à Madagascar.
Une étude publiée, le 20 octobre dernier, dans la revue Communication Earth & Environment, prédit que le déclin des récifs coralliens est inévitable dans ces conditions. « De manière alarmante, même dans les scénarios d’atténuation les plus optimistes, une dégradation substantielle est projetée dans toutes les grandes régions marines tropicales d’ici la fin du siècle », écrivent les auteurs, Kai Zeng et ses collègues, affiliés au Département des sciences et de l’ingénierie océaniques de l’université des sciences et technologies du sud de Shenzhen (SUSTech), en Chine. L’équipe de Zeng n’a pas donné suite à la demande d’interview de Mongabay.

Un seuil critique de blanchissement des coraux de 7,9 % par an
Pour effectuer leur étude, les chercheurs de SUSTech ont identifié les facteurs clés influençant le blanchissement des coraux à l’échelle mondiale. Ils ont utilisé, à cette fin, des modélisations informatiques basées sur les données et intégrant des décennies d’observation sur le terrain pour différents scénarios climatiques.
« Si la plupart des recherches existantes étudient le blanchissement comme un phénomène isolé, le seuil critique reliant les taux de blanchissement à la dégradation à long terme des récifs reste mal compris », expliquent-ils dans leur étude. Les modèles tiennent également compte de la résilience de certaines espèces de coraux pour une évaluation à long terme de l’état des récifs.
Les résultats de l’étude ont révélé un seuil critique de blanchissement de 7,9 % par an, au-delà duquel les écosystèmes coralliens subiraient une dégradation significative. D’après l’équipe de recherche, les projections indiquent un déclin significatif de tous les récifs de la planète quasiment, même dans les scénarios de réchauffement les plus optimistes.
Todinanahary s’accorde avec cette conclusion. « Je pense même qu’on aura plus à attendre longtemps », a-t-il déclaré. D’ailleurs, « le déclin des récifs coralliens n’est pas une opinion, c’est un fait bien documenté », a ajouté, dans un courriel à Mongabay, Terry P. Hughes, professeur émérite à l’université James Cook (JCU) et directeur du Centre d’Excellence ARC pour les études sur les récifs coralliens, en Australie, connu pour ses recherches pionnières sur les récifs coralliens.
Des techniques pour stimuler la résilience des récifs
Les experts en climat et en récifs coralliens estiment qu’ils continueront à décliner, tant que le stress thermique et les autres pressions qu’ils subissent persistent. Il y a toutefois un espoir que ce déclin soit réversible, notamment en multipliant et en accélérant les efforts pour restaurer les récifs et les rendre plus résilients.
Des techniques de transplantation corallienne sont pratiquées et étudiées dans de nombreuses régions marines tropicales. Parmi les plus utilisées, figurent l’élevage en nurserie de boutures de coraux à transplanter et la transplantation directe de fragments collectés en milieux naturels. L’équipe de recherche de Todinanahary étudie également une technique d’ensemencement direct de larves de coraux au niveau des récifs dégradés. Certaines espèces peuvent, selon lui, tripler de volume en trois mois.
Des études ont aussi prouvé la faisabilité de la reproduction sélective (sélectionner les espèces les plus résistantes pour les faire reproduire elles-mêmes) pour rendre les coraux plus tolérants au stress thermique. L’une d’entre elles est, par exemple parvenue à accroître la tolérance thermique de l’espèce Acropora digitifera d’environ 1 °C au-dessus de la moyenne par semaine en une seule génération.
Des techniques de sélection génétique similaires sont actuellement étudiées par de petits groupes de biologistes marins à Madagascar, d’après Todinanahary. Ce dernier suggère en outre de constituer des banques de coraux résistants pour restaurer les récifs, qui seront dégradés à l’avenir et les rendre plus résilients.
Par ailleurs, « pour soutenir la capacité naturelle de rétablissement des récifs coralliens et de leurs populations coralliennes, une bonne gestion conventionnelle est nécessaire (garantir une bonne qualité de l’eau en gérant les sources de pollution terrestres et océaniques, en contrôlant si possible les espèces envahissantes et les maladies, en limitant l’extraction de ressources dommageables comme la pêche à l’explosif), et peut également inclure des approches plus novatrices pour améliorer la situation dans les sites à haute valeur ajoutée », a proposé, dans un courriel à Mongabay, Liam Lachs, chercheur postdoctoral à l’École environnementale de l’Université du Queensland, en Australie.

Un espoir de résilience et de refuges naturels
Ces travaux s’appuient sur d’autres recherches faisant état d’une certaine résilience chez certaines espèces comme A. digitifera. Une recherche, publiée le 22 octobre dernier dans la revue Nature, indique d’ailleurs que certains coraux durs pourraient survivre au réchauffement climatique, car leurs lignées ont déjà survécu à des changements environnementaux extrêmes survenus plusieurs fois au cours de leurs centaines de millions d’années d’existence. « Dans un monde où le réchauffement est limité à 2 °C, les modèles éco-évolutifs suggèrent que des populations coralliennes saines peuvent encore se maintenir », souligne Lachs.
« Le déclin des récifs coralliens est effectivement inévitable d’un point de vue écosystémique. Mais certaines espèces pourraient survivre de manière isolée », a également souligné Todinanahary.
D’un autre côté, la résilience des espèces dépend de nombreux paramètres, a-t-il précisé. Leur résistance à la chaleur pourrait par exemple différer selon les algues symbiotiques qui les colonisent ou des profondeurs marines où elles vivent.
« La première stratégie et solution évidentes consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre », a précisé, à Mongabay, Robert van Woesik, professeur à l’Institut technologique de Floride, aux États-Unis. « La seconde consiste à protéger les récifs susceptibles de constituer des refuges face aux changements climatiques contre de nouvelles perturbations locales et régionales », a-t-il ajouté. Une récente recherche de van Woesik et ses collègues, publiée le 17 novembre, dans la revue Globale Change Biology, suggère que certaines zones récifales pourraient constituer des refuges contre les vagues de chaleur pour les coraux.

Des efforts vains sans politiques plus ambitieuses
Les chercheurs conviennent cependant que les efforts actuels pour restaurer et sauvegarder les récifs coralliens sont loin d’être suffisants. « Il faudrait un milliard de coraux de la taille d’une assiette pour augmenter la couverture corallienne de la Grande Barrière de corail de 1 % seulement. Faites le calcul », dit Hughes.
Une étude de Hughes et de son équipe indique également que les résultats réellement positifs pour les interventions de restauration restent difficiles à atteindre et peuvent même, parfois, être contre-productifs. Dans certains cas, les transplantations coralliennes n’ont pas amélioré la couverture corallienne, même après plusieurs années, par rapport aux zones témoins, qui se sont régénérées naturellement.
« Les techniques de restauration doivent être correctement ajustées (par exemple la profondeur, l’espèce à transplanter, etc.), selon les sites à restaurer pour que ce soit vraiment efficace », souligne Todinanahary. Ce dernier rapporte en outre qu’il y a globalement une baisse significative des investissements dédiés aux efforts de restauration des récifs coralliens, surtout du côté public.
D’autre part, il faut garder à l’esprit que toutes les mesures possibles seront vaines sans réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre. « Cette étude souligne l’urgence de mettre en œuvre des politiques mondiales ambitieuses et efficaces pour préserver les écosystèmes coralliens et garantir leur pérennité face au réchauffement climatique », indiquent Kai Zeng et ses collègues dans leur étude.
« La sélection génétique, la manipulation génétique et la restauration des coraux peuvent être utiles, mais elles ne constituent pas les seules solutions, car de nombreux problèmes environnementaux persistent. Améliorez l’environnement, et la nature se rétablira », ajoute von Woesik.
Pour l’heure, les émissions de gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter malgré les ambitions annoncées et le nombre de COP tenu depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris en 2016. « Je suis de nature optimiste, mais personnellement, je n’y crois plus », a dit Todinanahary en évoquant la COP 30, tenu au Brésil, du 10 au 21 novembre. « Il y a des COP tous les ans, mais les préoccupations ne sont plus vraiment axées sur la réduction de l’utilisation des combustibles fossiles », ajoute-t-il.
Le rapport du PNUE (cité plus haut) sur le dépassement imminent du seuil de réchauffement de 1,5 °C déplore d’ailleurs que ce non-respect d’une partie de l’Accord de Paris est dû à un manque d’ambitions politiques et des mesures climatiques insuffisantes de la part des pays.
Bien que les techniques pour rendre les coraux plus résilients suscitent un certain espoir, « pour assurer l’avenir des récifs coralliens, il est impératif que les températures mondiales se stabilisent à des niveaux aussi proches que possibles des objectifs de l’Accord de Paris. Le maintien du statu quo en matière d’émissions détruira les récifs coralliens de la planète », conclut Hughes.
Image de bannière : Coraux mous du récif de Lonehill. Image de Peter Southwood via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citations :
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