- L'Afrique est confrontée à d’énormes défis énergétiques. Malgré son potentiel solaire et éolien, elle demeure dans un déficit énergétique majeur.
- Avec les impacts du changement climatique, l’accès aux énergies renouvelables durables constitue toujours un problème pour les populations rurales et semi-rurales africaines.
- L’Afrique cherche toujours les solutions pour le développement des énergies renouvelables et s’adapter aux effets du changement climatique.
- Les spécialistes préconisent la combinaison de plusieurs, notamment le déploiement de mini-réseaux et de systèmes solaires individuels pour les zones rurales et l'élargissement du réseau classique, tout promouvant l'hydroélectricité, l'énergie éolienne et la biomasse ; et en encourageant la participation du secteur privé aux financements.
Les effets du changement climatique à travers le monde, notamment en Afrique, ont mis en évidence l’importance des énergies renouvelables dans la diminution des gaz à effet de serre et provoqué un regain de mobilisation, pour sauver la planète du désastre climatique.
Pourtant, à l’heure actuelle, l’Afrique ne produit pas ses propres technologies en matière d’énergies renouvelables.
« Les énergies fossiles que l’Afrique utilise encore sont celles qui accentuent les effets du changement climatique. Il va donc falloir trouver des alternatives comme les énergies renouvelables durables », a dit, à Mongabay, Dr Cossi Georges Epiphane Dégbé, lors du sommet Climate chance Afrique 2025, tenu fin octobre, à Cotonou, au Bénin.
Cette quasi absence d’alternatives en matière d’énergies renouvelables, malgré le potentiel en énergie propre abondante, accentue l’incapacité de l’Afrique à relever les nombreux défis qui se posent à elle, quant aux énergies renouvelables.
La population croissante de l’Afrique et son progrès économique ont fait grimper la demande en énergies. Le secteur informel, pourvoyeur d’emploi à 80 %, n’a pas accès à l’électricité. Les changements climatiques ont sonné la mobilisation et les débats entre plusieurs acteurs étatiques et non-étatiques, sur des sujets allant de la finance aux investissements et à l’adaptation par le biais des énergies renouvelables, dont le continent possède 60 % des ressources sur le plan mondial.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le sommet Climate chance Afrique 2025, s’est penché sur toutes les sources d’énergies renouvelables, pour étudier la manière dont l’Afrique pourrait trouver des solutions face à ses défis, car elle subit plus les effets du changement climatique que d’autres régions du monde ; et il y a lieu, selon Dr Dégbé, de trouver « des solutions palliatives pour les effets négatifs du changement climatique ».

Au cœur aujourd’hui des débats, se trouve la question du financement des projets d’énergies vertes en Afrique. Les acteurs étatiques comme non-étatiques cherchent des solutions pour lever les obstacles financiers, afin d’accélérer la transition énergétique sur le continent. La question financière est devenue un casse-tête pour les acteurs du secteur privé et les décideurs politiques africains. Les partenaires de l’Afrique tentent d’apporter leur soutien pour développer des projets d’énergies alternatives aux énergies fossiles dans de nombreux pays sur le continent.
La « Déclaration de Cotonou », à l’issue du sommet Climate chance, demande « le maintien d’un haut niveau d’investissement public des pays développés, anciens et récents, vers le continent africain, et leur mobilisation prioritaire sur les questions climatiques et de développement des énergies renouvelables ». Elle appelle à trouver de nouveaux mécanismes de recettes, qui peuvent être fondés sur le principe pollueur-payeur.
La déclaration préconise le financement de la résilience climatique à travers les opportunités d’investissements vert basé sur les revenus issus des marchés intérieurs du carbone, pour financer des projets à impact carbone positifs, respectueux des droits locaux et des savoirs traditionnels.
Lors du Forum d’investissement sur les énergies renouvelables (APRA 2025), tenu du 20 au 23 octobre 2025, à Freetown, en Sierra Leone, les débats ont porté sur le plan à mettre en œuvre, afin de mobiliser les financements mixtes pour le développement des énergies renouvelables, et exploiter les minerais stratégiques pour les systèmes renouvelables.
En la matière, on peut citer, par exemple, des initiatives comme le projet Global Gateway de l’UE, qui vise à accélérer la transition énergétique en Afrique en vue d’un accès à l’électricité et aux énergies renouvelables durables à près de 600 millions de personnes, principalement dans les zones rurales.

Les problèmes principaux, qui entravent l’inaccessibilité aux énergies renouvelables durables sur le continent, sont liés au manque d’infrastructures de transport et de réseaux pour déployer des projets à grande échelle et au manque de financement des investissements dans le secteur de l’énergie.
Dans une interview accordée à Mongabay, Mohamed Adow, fondateur et directeur de Power Shift Africa, un think-tank basé au Kenya et spécialisé en politiques énergétiques et climatiques, affirme que l’Afrique n’a obtenu que moins de 2 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables, depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015.
Ce faible financement constitue, selon lui, un frein au déploiement des énergies renouvelables sur le continent, où l’inégalité d’accès à l’énergie est très criarde.
Combiner les solutions
Selon l’ingénieur Kuassi Valérien Martial Dossou, spécialiste eau, environnement et changement climatique, en service au ministère béninois des Mines et de l’énergie, l’adoption des énergies renouvelables en Afrique nécessite une combinaison de solutions, notamment le déploiement de mini-réseaux et de systèmes solaires individuels pour les zones rurales et l’élargissement du réseau classique ; la promotion de l’hydroélectricité, de l’énergie éolienne et de la biomasse, tout en encourageant la participation du secteur privé aux financements (y compris le capital-risque et le financement).
Comme solutions, il propose l’augmentation des investissements publics et privés, grâce à des fonds dédiés et des mécanismes d’atténuation des risques. Il met un accent sur le développement des projets d’énergie à grande échelle (centrales solaires et éoliennes) et la nécessité de les relier aux réseaux existants.
Aux dires de Dossou, il faut le déploiement des solutions décentralisées (mini-réseaux, systèmes hors réseau) pour les zones rurales et isolées, là où les grandes infrastructures sont coûteuses. Il suggère de mettre en place des politiques nationales et des cadres réglementaires qui favorisent la transition énergétique ; de soutenir des plateformes comme le marché africain de l’énergie pour faciliter le dialogue et la mise en œuvre des projets.
Il recommande de combiner les différentes technologies pour maximiser l’efficacité, comme l’association de mini-centrales hydroélectriques et de panneaux solaires, non sans soutenir des entreprises locales qui fournissent des solutions adaptées, comme des pompes d’irrigation solaires à bas prix.

Formation, coproduction d’énergie et financement des projets communautaires
Quant à Yéniko Césaire Kodjo Sonou, Président de l’Organisation des jeunes pour l’eau et les changements climatiques (OJECC-Bénin), trois axes sont essentiels pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables en Afrique.
Selon lui, il s’agit « d’investir dans des programmes de formation de base pour les communautés, les jeunes et les femmes (installation, production, maintenance). Intégrer ces notions dans les cursus scolaires, afin que la curiosité des enfants devienne un moteur d’innovation locale ».
Sonou demande d’« encourager la coproduction d’énergie via des start‑up, des coopératives ou des comités locaux de distribution de panneaux solaires, financés par la microfinance ou les tontines villageoises ».
« Les États conscients de l’ampleur des extrêmes climatiques dus au réchauffement de la planète doivent adopter des plans quinquennaux clairs, doter les administrations publiques de petites centrales solaires exemplaires, et promouvoir les métiers liés aux énergies renouvelables tout en préconisant la responsabilité des entreprises industrielles », indique-t-il.
« Les ONG et partenaires au développement doivent orienter le financement vers des projets communautaires solaires et hydroélectriques. Ces leviers, bien que nécessitant des investissements initiaux et rigoureux, rendront les énergies renouvelables à la fois plus accessibles et plus prometteuses pour nos communautés africaines », a-t-il souligné.
Sensibiliser les populations
Pour Dr Dégbé, en Afrique, l’urgence est aussi de garantir que les solutions d’accès aux énergies renouvelables durables soient abordables et viables économiquement pour les populations, en s’assurant que le développement énergétique soit lié à des utilisations productives, comme l’agriculture ou les petites entreprises.
L’universitaire soutient la mobilisation à la fois du secteur privé, des banques multilatérales de développement et des organisations communautaires pour des investissements à grande échelle, dans les énergies renouvelables.
Ces initiatives doivent s’accompagner d’une politique de sensibilisation des populations des zones, surtout rurales sur ce que constituent les avantages des énergies renouvelables durables face aux impacts du changement climatique.
Selon Dr Dégbé, les populations des zones rurales ont l’obligation de s’adapter à l’utilisation des énergies propres, notamment solaires face aux changements climatiques. « Les populations des zones rurales ont plus besoin de sensibilisations pour s’adapter à cette nouvelle technologie qu’est l’énergie renouvelable », a-t-il conclu.
Image de bannière : Éoliennes dans les collines de Ngong, au Kenya. L’énergie éolienne représente aussi une part importante des réalisations dans le domaine des énergies renouvelables en Afrique. Image de Fredrick Leica via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
L’Afrique entre explosion de la demande énergétique et piétinement de l’accès et des investissements
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