Nouvelles de l'environnement

Mohamed Adow de Power Shift Africa : « L’Afrique peut devenir leader en matière d’énergies renouvelables »

  • Bien que l’Afrique ne contribue qu’à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, elle ne reçoit que 2 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables.
  • Mohamed Adow du think tank Power Shift Africa explique, à Mongabay, que le sommet climatique COP30, qui se tient à Belém, au Brésil, doit aboutir à un « cadre de transition énergétique juste » à même d’élargir l’accès à l’énergie propre et de renforcer l’industrialisation sur le continent africain.
  • Adow souhaite que l’Afrique tire parti de ses minéraux de transition et de son potentiel en matière d’énergies renouvelables, pour sa prospérité, plutôt que de les exporter.
  • En 2025, les pays africains ont connu une série de catastrophes climatiques, cumulativement avec la baisse de l’aide américaine.

Dans de nombreuses régions d’Afrique, l’année 2025 est marquée par des événements climatiques extrêmes. Entre les inondations meurtrières ayant frappé la République démocratique du Congo et la Somalie, et la grave sécheresse ayant touché le Tchad, les pays du continent subissent de plein fouet les effets du changement climatique. Beaucoup d’entre eux ont également été affectés par le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, son élection ayant été suivie d’une baisse significative des financements destinés aux programmes de santé et aux efforts d’adaptation au changement climatique.

Le pétrole est redevenu une ressource prisée par la première puissance économique mondiale, qui, sous Trump, s’est retirée pour la seconde fois de l’Accord de Paris — un accord par lequel les pays s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique, en misant notamment sur les énergies renouvelables.

Le 10 novembre, le sommet climatique des Nations unies – COP30 – s’est ouvert à Belém, au Brésil. Au nombre des nombreux délégués africains présents dans la région amazonienne, figure Mohamed Adow, fondateur et directeur de Power Shift Africa, un think-tank basé au Kenya et qui travaille sur les politiques énergétiques et climatiques, dans le but d’atteindre la neutralité carbone.

Egalement Membre du consortium Allied for Climate Transformation by 2025 (ACT2025), qui rassemble des experts et voix influentes issus de pays vulnérables au changement climatique, Mohamed Adow s’est entretenu avec Mongabay, pour partager ses attentes vis-à-vis du sommet. En tablant notamment sur la transition énergétique, il nous parle des négociations en vue.

Mohamed Adow. Image courtesy of Power Shift Africa.
Mohamed Adow. Image avec l’aimable autorisation de Power Shift Africa.

Mongabay : Que souhaitez-vous voir se dégager de la COP30 ?

Mohamed Adow : Nous voulons d’une transition énergétique qui permette au monde de s’éloigner du pétrole, du gaz et du charbon, qui sont responsables de la majorité des émissions et du changement climatique.

L’Afrique abrite 18 % de la population mondiale et émet moins de 4 % des émissions de gaz à effet de serre.

Nous espérons que cette COP adopte un cadre de transition juste, qui permettra de préparer nos communautés et nos travailleurs à un climat en mutation. Nous avons besoin d’argent, afin de mettre en place une finance climatique, des technologies propres et des formations.

Notre seconde attente concerne la finalisation du Cadre mondial pour l’adaptation. Nous demandons formellement que les vulnérabilités de l’Afrique soient reconnues et prises en compte dans les négociations.

Mongabay : L’Accord de Paris a été adopté, il y a 10 ans. Quel bilan en tirez-vous ?

Mohamed Adow : Nous sommes à la croisée des chemins. Nous sommes un continent qui compte 600 millions de personnes sans électricité, mais qui est aussi, incroyablement, riche en énergies renouvelables. Et pourtant, nous n’avons pas réussi à attirer suffisamment de financements pour se détourner de l’énergie fossile et devenir un leader vert.

Malheureusement, si l’on observe les flux financiers depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, l’Afrique n’a obtenu que moins de 2 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables. Ce qui crée un fossé dans la mise en œuvre, que nous souhaitons d’ailleurs combler via la COP, afin d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables sur le continent.

Mongabay : Quelles sont les priorités en matière de transition énergétique pour les pays africains ?

Mohamed Adow : Un milliard d’Africains n’ont pas accès à un mode de cuisson propre. En Afrique subsaharienne, la consommation d’électricité par habitant est d’environ 180 kilowattheures par an, contre 13 000 aux États-Unis. Il existe donc une profonde inégalité d’accès à l’énergie, et cela nécessite des changements majeurs.

Ce que nous voulons, c’est un nouveau modèle de fourniture d’énergie en Afrique capable de dynamiser le secteur privé, d’améliorer les services et de répondre aux besoins des communautés. Nous voulons libérer le potentiel des énergies renouvelables.

Au Kenya par exemple, le réseau électrique est actuellement alimenté à environ 90 % aux énergies renouvelables, mais un quart des Kényans n’a toujours pas accès à l’électricité. C’est un défi qu’il faut relever.

Les choix, que nous ferons en matière d’énergie, détermineront si nous pouvons vivre dans les limites planétaires ou pas (Les limites planétaires sont les seuils au-delà desquels les équilibres naturels se déstabilisent et les conditions de vie deviennent défavorables pour l’humanité, ndlr). Deux scénarios se présentent : soit nous continuons sur la voie du business as usual, sans résoudre la question de l’accès limité à l’énergie ; soit nous devenons un leader vert, en fournissant une énergie durable sans rejoindre le cercle des grands pollueurs. Et cela demandera un financement équitable, un transfert de technologies propres de la formation.

Ivindo river, Gabon. Image by Rhett Butler / Mongabay.
Ivindo river, Gabon. Image par Rhett Butler / Mongabay.

Mongabay : Le Kenya tire près de 90 % de son électricité des énergies renouvelables, contre seulement 20 % aux États-Unis. Comment les pays africains peuvent-ils devenir leader de la transition énergétique mondiale ?

Mohamed Adow : Imaginez un monde où les pays africains, producteurs de minerais de transition, utiliseraient ces ressources pour développer une industrie verte capable de répondre aux besoins du continent et d’exporter le surplus dans le reste du monde. Pourquoi exporter ces ressources rares, essentielles à la production et au stockage des énergies renouvelables, alors que nous pourrions générer une prospérité durable pour les Africains en leur ajoutant de la valeur ?

Une transition énergétique juste, menée par l’Afrique, se concentrerait sur des sources d’énergie abordables, fiables et renouvelables, permettant un accès universel à l’énergie tout en favorisant l’industrialisation régionale et en atteignant les objectifs climatiques.

La RDC est le plus grand producteur de minerais de transition, mais le reste du monde la considère comme une simple source de matières premières bon marché. Ensuite, l’Afrique doit importer les produits finis, souvent en utilisant des devises étrangères.

Nous voulons que ces minerais de transition soient reconnus comme essentiels à la décarbonation, mais aussi à l’industrialisation. Cet objectif ne pourra pas être atteint si nous continuons à exporter ces minerais bruts. Le système économique actuel, fondé sur un modèle extractif, profite principalement aux pays riches, et cela ne répond pas aux besoins africains. Nous devons exercer un leadership africain, en appelant nos pays à adopter les énergies renouvelables et à coopérer entre eux.

Nous voulons d’une COP qui profite à l’Afrique, en favorisant une chaîne de valeurs vertes centrée sur les pays producteurs, plutôt que sur ceux qui exploitent et exportent ces ressources.

Mongabay : Comment pourrait-on obtenir de réels progrès, pour ce qui est de la transition énergétique, lors des négociations de la COP30 ?

Mohamed Adow : Un programme de travail sur la transition juste est prévu à cette COP. Nous attendons des actions concrètes qui permettront au continent d’avoir accès à l’énergie, de promouvoir l’industrialisation verte, l’adaptation climatique et, en même temps, de créer des emplois décents pour les Africains.

Une transition juste est aussi une transition de développement. Je ne pense pas que cela puisse encore se faire uniquement moyennant descontributions volontaires. Nous devons concevoir une trajectoire énergétique basée sur les besoins des populations africaines, mais aussi sur une approche qui favorise la souveraineté énergétique africaine. Cela exige des priorités politiques claires, qui ne se concentrent pas seulement sur le climat, mais aussi sur la prospérité et le bien-être des populations africaines. Nous avons besoin d’une stratégie pour attirer suffisamment de soutiens, afin de mettre en œuvre ces actions.

Nous voyons déjà plusieurs pays africains se débarrasser de générateurs diesel coûteux et polluants. Au Nigeria, par exemple, les économies réalisées en réduisant l’utilisation du diesel pendant 6 mois sont suffisantes pour couvrir le coût d’un panneau solaire.

Les panneaux solaires produisent une importante quantité d’énergie. L’énergie solaire apporte l’électricité dans les foyers, les écoles et les cliniques, et permet aux populations de contrôler leur avenir énergétique. Et il ne s’agit donc pas seulement de climat; il s’agit aussi de développement.

Mongabay : L’objectif de limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C est menacé. Qu’est-ce que cela signifie pour la COP30 et pour l’Afrique ?

Mohamed Adow : Nous observons une aggravation des impacts causés par des émissions de gaz à effet de serre, que nous n’avons pas créées : inondations, sécheresses, pertes de moyens de subsistance, etc…

Je pense que nous avons toutes les ressources, toute la technologie. Ce qui manque aujourd’hui, c’est la volonté politique et nous devons nous battre pour y parvenir.

Image de bannière : Ivindo river, Gabon. Image par Rhett Butler / Mongabay.

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