- La 30ème conférence des parties des Nations unies sur le climat (COP30), tenue du 10 au 21 novembre 2025, à Belém (Brésil), s’est achevée sur des notes de satisfaction pour l’Afrique.
- Les gains importants obtenus lors des négociations concernent les peuples autochtones et le financement de l’adaptation. Les indicateurs du Cadre mondial d’adaptation ont été adoptés, de même que l’inscription dans les textes que l’accès à l’énergie est une condition centrale de la transition juste pour notre continent.
- Si certains cadres ont progressé, notamment le guidage renforcé des fonds existant, la grande déception vient de l’achoppement des négociations sur la sortie mondiale des combustibles fossiles, amenant les experts à avertir des risques climatiques que court le continent face à l’inaction par rapport aux énergies fossiles.
La COP30 s’est achevée avec des gains importants pour l’Afrique : les peuples autochtones et le financement de l’adaptation. Mais l’incapacité du sommet à s’accorder sur une sortie mondiale des combustibles fossiles a éclipsé ses victoires, amenant les scientifiques à avertir que le continent fait face à des risques climatiques croissants.
Le sommet a abouti à plusieurs résultats notables. Les pays se sont accordés à établir un Mécanisme de transition juste Ils ont lancé à ce titre une feuille de route visant à tripler le financement de l’adaptation d’ici à 2035 et ont formellement adopté les Indicateurs d’adaptation de Belém, un ensemble d’éléments destinés à suivre les progrès mondiaux sur les objectifs d’adaptation.
Après des années de blocage, les parties ont finalement convenu d’un mécanisme reconnaissant les réalités de développement des pays du Sud. Les négociateurs africains ont salué un langage plus fort sur les trajectoires de la transition juste.
Dr Richard Muyungi, représentant du Groupe africain de négociateurs (AGN), a, dans un entretien exclusif avec Mongabay, qualifié le résultat d’« historique ». « C’est la première fois que le terme « cuisson propre » est accepté dans les négociations sur la transition juste. Nous avons également obtenu la reconnaissance, du fait que la lutte contre la pauvreté énergétique — qui touche 680 millions d’Africains — est un préalable au développement », a-t-il déclaré.
Dans une déclaration obtenue par Mongabay, le ministre de l’Environnement et du changement climatique de la Sierra Leone, Jiwoh Abdulai, a exprimé un sentiment similaire, soulignant que, même si la COP n’a pas répondu à toutes les attentes de l’Afrique, « des progrès ont été réalisés sur la transition juste, la technologie et le renforcement des capacités ».
La société civile a été prudente, quant à son soutien. Demand Climate Justice, un réseau représentant les communautés autochtones en première ligne, a salué, en réaction au résultat de la COP30, des « avancées arrachées de haute lutte », obtenues grâce à la pression constante des communautés locales. La création d’un Mécanisme de transition juste au sein de la CCNUCC, a-t-elle ajouté, offre l’espoir d’une trajectoire « juste, équitable et écologique », qui n’exclut personne.

Financement de l’adaptation : des progrès tout de même retardés
Le financement de l’adaptation, constamment sous-financé, alors qu’il figure au nombre des priorités des pays en développement, a connu des avancées, mais à un rythme jugé insuffisant par beaucoup d’observateurs. Le Rapport sur l’écart d’adaptation des Nations unies montre que les besoins des pays en développement sont de 10 à 18 fois supérieurs aux flux financiers actuels, tandis que les pays riches continuent de privilégier le financement de l’atténuation.
À ce sommet, les pays développés se sont engagés à tripler le financement de l’adaptation dans le cadre de l’engagement de 300 milliards USD pris l’an dernier à la COP29. Si certains y voient un progrès, cette promesse ne se concrétisera pas avant 2035.
« La reconnaissance du besoin d’accroître le financement de l’adaptation est la bienvenue », a déclaré Elizabeth Nsimadala, présidente de la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est, dans une déclaration obtenue par Mongabay. « Mais l’Objectif mondial en matière d’adaptation ne fait rien pour garantir que ces fonds parviennent aux petits exploitants et à l’agriculture durable ».
Le représentant de la société civile sénégalaise, Mamadou Ndong Toure, a déploré que l’engagement « ait été réduit à un simple doublement, avec un calendrier repoussé de 2030 à 2035, et la suppression du soutien sous forme de dons ».
De nombreux négociateurs africains s’inquiètent de la domination des prêts dans le financement climatique. « Les prêts aggravent la situation des pays déjà surendettés », a déclaré Muyungi à Mongabay. « Si le financement de l’adaptation repose sur des prêts, l’adaptation est impossible. »
La COP30 a également fourni des orientations aux grands fonds climatiques, dont le Fonds vert pour le climat, le Fonds pour l’environnement mondial et le Fonds pour l’adaptation, afin de renforcer leur soutien aux plans nationaux d’adaptation. Environ 135 millions dUSD ont été mobilisés pour le Fonds pour l’adaptation.
Néanmoins, les experts soulignent que les besoins de financement climatique se chiffrent désormais en milliers de milliards. Sans une adaptation à grande échelle, l’Afrique fera face à une multiplication des vagues de chaleur, des inondations, des effondrements des systèmes alimentaires et des déplacements de populations, a averti le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dans son sixième rapport d’évaluation publié en 2023. Le GIEC produit les synthèses scientifiques qui éclairent les négociations climatiques de l’ONU.
Les parties à la Convention climat de l’ONU ont déjà défini, lors de la COP29 à Bakou, un plan visant à porter le financement climatique mondial à au moins 1 300 milliards USD par an d’ici à 2035, en reconnaissance de l’ampleur croissante des besoins.

Lueur d’espoir pour le bassin du Congo
Avec le Brésil comme pays hôte, les forêts devaient occuper une place centrale. Plus de 90 pays, dont des États du bassin du Congo, ont soutenu l’appel à une feuille de route mondiale contre la déforestation, axée sur le financement, le suivi et les droits fonciers des peuples autochtones.
Le Brésil a mis en avant des progrès significatifs dans la réduction de la déforestation en Amazonie et le Fonds « Tropical Forest Forever » (TFFF), soutenu par 6,5 milliards USD d’engagements, dont 3 milliards en provenance de la Norvège. Les experts ont salué l’innovation de ce fonds tout en avertissant que la perte des forêts au niveau mondial reste « hors des clous ».
Le ministre norvégien en charge du Climat, Andreas Bjelland Eriksen, a indiqué à Mongabay que le TFFF et le nouveau Canopy Trust qui vise à mobiliser 1 milliard de dollars pour le bassin du Congo, pourraient contribuer à combler les lacunes de financement en réduisant les risques pour les investisseurs et en soutenant les chaînes de valeurs locales. Mais il a insisté sur le fait que les besoins de financement climatique en Afrique se chiffrent « en milliers de milliards ».
Une victoire discrète, mais importante pour la justice climatique
L’un des gains les plus symboliques pour l’Afrique en matière de justice climatique est passé presque inaperçu. En effet, après plus d’une décennie de résistance, la question des « besoins et circonstances particuliers de l’Afrique » a enfin été inscrite à l’ordre du jour officiel.
Eugene Nforngwa de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique a qualifié cet acquis comme « l’une des victoires les plus significatives du continent depuis des années », estimant qu’il déplace le débat de la question de savoir si l’Afrique mérite une attention particulière vers la manière de mettre en œuvre cette reconnaissance. Il a souligné que cette avancée prépare le terrain pour la COP32 à Addis-Abeba en 2027, la première COP à se tenir dans l’un des pays les moins avancés.
L’inaction sur les fossiles aggravera les sécheresses et les inondations
Il y a deux ans, lors de la COP28, tenue aux Émirats arabes unis, un pays producteur de pétrole, le texte final comportait un langage appelant à la sortie des combustibles fossiles. De nombreux experts y avaient vu une étape majeure, aucune COP n’ayant jusque-là réussi à trouver un consensus sur un sujet aussi délicat et controversé.
Mais l’incapacité de ce sommet à maintenir ce langage sur la sortie des énergies fossiles a été perçue comme une déception par plusieurs parties aux négociations.
Pour l’Afrique, qui dépend des réductions d’émissions mondiales pour éviter un réchauffement catastrophique, cette omission est lourde de conséquences. Malgré la pression des pays vulnérables et de la société civile, la COP30 s’est achevée sans engagement de réduction progressive du pétrole, du gaz et du charbon, alors même que les émissions mondiales ont atteint de nouveaux records en 2024, selon l’Agence internationale de l’énergie.
« Ce résultat honteux est le fruit d’intérêts étroits et de calculs politiques cyniques », a dénoncé Dr James Dyke de l’Institut des systèmes globaux de l’université d’Exeter, en Angleterre, dans une déclaration publiée en ligne. « Les pays riches devraient sortir des combustibles fossiles en soutenant les transitions dans les pays du Sud. Rien de tout cela n’a eu lieu ».

La société civile africaine a exprimé la même frustration. « La COP30 a maintenu le processus en vie, mais le processus, à lui seul, ne refroidira pas la planète », a déclaré Mohamed Adow, directeur fondateur de Power Shift Africa. « Les feuilles de route et les plans de travail ne signifieront rien s’ils ne se traduisent pas par de véritables financements et de vraies actions ».
Les plans nationaux actuels placent le monde sur une trajectoire de 2,2 à 2,3 °C de réchauffement, bien au-delà du seuil de 1,5 °C que de nombreux pays africains considèrent comme une limite de survie.
« Nous dépasserons 1,5 °C », a averti le professeur Chris Stokes, glaciologue à l’université de Durham, au Royaume-Uni, « mais limiter l’ampleur de ce dépassement est désormais crucial ».
Les scientifiques rappellent que chaque fraction de degré compte. Avec une concentration de CO₂ atmosphérique déjà proche de 430 ppm — bien au-dessus du seuil de 350 ppm considéré comme sûr —, l’inaction sur les énergies fossiles aggravera les sécheresses, les inondations, l’érosion côtière et les vagues de chaleur.
Lord Nicholas Stern, économiste britannique de renom, travaillant à la London School of Economics, dont les travaux ont fortement influencé les décisions prises lors des différentes COP, a décrit la COP30 comme « une base solide », tout en avertissant que les plans actuels « ne permettent toujours pas de maintenir le réchauffement qu’au-delà de 2 °C », rendant le dépassement de 1,5 °C « inévitable ».
Malgré ces lacunes, le Représentant du Groupe africain de négociateurs, Dr Muyungi, considère la COP30 comme un pas en avant. « Nous disposons enfin d’un cadre clair pour mesurer l’adaptation. Nous avons renforcé le rôle des fonds dans le soutien aux Plans nationaux d’adaptation et lancé les modalités du Fonds pour pertes et dommages », a déclaré Dr Muyungi.
Il a ajouté que la reconnaissance explicite de l’accès à l’énergie comme élément de la transition juste « place les besoins de l’Afrique au cœur du débat climatique ».
« Nous n’obtenons jamais tout ce que nous demandons lors d’une COP », a-t-il conclu. « Mais nous avons réalisé des progrès positifs et graduels, et c’est ainsi que nous avançons ».
Image de bannière : Femme cuisinant avec un fourneau amélioré au Cameroun. Image de TreesForTheFuture via Wikimedia Commons (CC BY 2.0).
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