- Le rapport de l’Agence internationale de l’énergie sur les perspectives énergétiques mondiales 2025 indique que la demande énergétique devrait augmenter de plus de 50 % d’ici à 2040 sous les politiques actuelles.
- Le rapport souligne l’accélération de la croissance énergétique de l’Afrique sur fond d’inégalités.
- Le rapport indique que l’avenir énergétique de l’Afrique dépend des décisions prises aujourd’hui, de sa capacité à déployer les énergies renouvelables, à renforcer la résilience des réseaux électriques et à gravir la chaîne de valeur des minéraux, ou au contraire, à rester enfermée par la dépendance aux fossiles et le sous-investissement.
Le population africaine croît à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale et la demande énergétique devrait augmenter de plus de 50 % d’ici à 2040 sous les politiques actuelles, selon un nouveau rapport.
Publié aujourd’hui par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Rapport sur les perspectives énergétiques mondiales 2025 révèle pourtant, que 600 millions d’Africains vivent encore sans électricité, et que des millions d’autres subissent des coupures chroniques. « La croissance énergétique de l’Afrique s’accélère, mais l’accès demeure profondément inégal », note le rapport.
La consommation moyenne d’électricité par habitant sur le continent représente un sixième du niveau mondial, malgré la hausse des besoins urbains et industriels. L’AIE avertit que ce déséquilibre risque d’enfermer les communautés et les entreprises dans un cycle de pauvreté énergétique, à moins que des réformes politiques ne réduisent l’écart entre la production et l’accessibilité.

Dépendance persistante aux énergies fossiles, progrès des renouvelables
Si l’AIE reconnaît à l’Afrique une expansion sans précédent de la capacité solaire et éolienne, les combustibles fossiles restent l’épine dorsale du mix énergétique régional. Selon son Scénario des Politiques Déclarées (STEPS), la demande de pétrole et de gaz continuera de croître jusqu’en 2035, soutenue par de nouveaux projets au Nigeria, au Mozambique et au Sénégal.
Le STEPS décrit ce que serait le système énergétique mondial si les pays mettaient en œuvre les politiques énergétiques et climatiques qu’ils ont déjà annoncées, même si celles-ci ne sont pas encore pleinement adoptées ou appliquées.
Le rapport souligne néanmoins que le secteur des renouvelables en Afrique est « l’un des plus dynamiques au monde »; l’énergie solaire devant fournir près de 40 % des nouvelles capacités installées au cours de la prochaine décennie. L’Afrique du Nord, le Kenya, l’Afrique du Sud et la Namibie sont citées comme pôles émergents d’énergie propre. Le défi, selon l’AIE, consiste à s’assurer que ces avancées ne soient pas compromises par la poursuite du développement d’énergies fossiles.
Minéraux et industrie : une occasion manquée ?
L’AIE consacre une section entière de son rapport au potentiel de l’Afrique dans les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, soulignant que des pays comme la République démocratique du Congo, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud détiennent d’importants gisements de cobalt, de lithium, de nickel et des minéraux de terres rares, essentiels pour les batteries et les technologies d’énergie propre.
Cependant, la plupart de ces ressources sont encore exportées à l’état brut. « Le développement de capacités locales de raffinage, de transformation et de fabrication pourrait transformer la position de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales », indique le rapport, ajoutant que le continent pourrait capturer des bénéfices économiques bien plus importants s’il crée de la valeur sur place plutôt qu’à l’étranger.
L’AIE souligne que le financement demeure la principale contrainte. Les investissements dans les énergies propres en Afrique ont chuté d’environ un tiers au cours de la dernière décennie, pour atteindre environ 20 milliards USD par an, soit moins de 2 % du total mondial. Pour inverser la tendance, le rapport appelle les gouvernements, les banques de développement et les investisseurs à « collaborer pour réduire les risques des flux de capitaux » et à canaliser les fonds vers la production d’énergies renouvelables, les réseaux de transport et les systèmes de stockage.

Une question de justice climatique
Les militants pour la justice climatique estiment que les conclusions de l’AIE montrent à quel point l’inaction mondiale accentue les inégalités.
« La confirmation par l’AIE, qu’un dépassement de 1,5 °C est désormais ‘inévitable’, constitue un verdict dévastateur sur notre échec collectif », a déclaré Harjeet Singh, directeur fondateur de la Satat Sampada Climate Foundation. « Le monde n’atteint pas ses objectifs climatiques, et le Scénario des Politiques Déclarées nous enferme dans un monde à +2,5 °C. Le principal obstacle reste le financement ».
Alors que la COP30 se tient à Belém, Singh ajoute : « Nous devons cesser de reporter et commencer à mettre en œuvre une réponse d’urgence », qui garantit que le financement climatique parvienne aux régions en développement comme l’Afrique, désormais centre de croissance énergétique le plus rapide au monde.
L’AIE conclut que l’avenir énergétique de l’Afrique dépend des décisions prises aujourd’hui, de sa capacité à déployer les énergies renouvelables, à renforcer la résilience des réseaux électriques et à gravir la chaîne de valeur des minéraux, ou au contraire, à rester enfermée par la dépendance aux fossiles et le sous-investissement.
Le message du rapport est clair : l’Afrique n’est pas périphérique à l’histoire énergétique mondiale, elle pourrait bien en définir le cours.
Image de bannière: Nettoyage des panneaux solaires, mine d’or de Shanta, Tanzanie: L’Afrique connait une expansion de ses infrastructures en énergie solaire. Image par Deo Photographer via Wikimedia (CC BY-SA 4.0).
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