- Au moins 262 sites contribuent aujourd’hui à la conservation de la biodiversité en Afrique centrale.
- L’initiative d’identification des zones clés pour la biodiversité entend aussi promouvoir la mise à disposition des ressources financières pour la sauvegarde de ces endroits exceptionnels dans le bassin du Congo.
- Les modèles économiques de ces aires protégées restent toujours fragiles au niveau de la sous-région.
- 22 pays de l’Afrique de l’Ouest et centrale abritent une riche diversité d’espèces, d’habitats et d’écosystèmes.
La région d’Afrique centrale, qui abrite une mégafaune diversifiée et emblématique, a besoin de préserver des habitats essentiels pour ces espèces menacées, affirment les experts de la conservation.
Avec une faune confrontée à diverses menaces, tous les coauteurs d’une nouvelle publication recommandent désormais la création et l’expansion des zones clés pour la biodiversité (KBA, sigle en anglais), comme un nouvel outil de financement, pour soutenir des projets visant à protéger et à restaurer la biodiversité au niveau du bassin du Congo, notamment.
Les zones clés pour la biodiversité comprennent notamment des sites abritant des espèces menacées, des écosystèmes uniques ou des populations d’espèces dont la survie est cruciale.
En 2024, le Centre International pour la Recherche en Agroforesterie (CIFOR-ICRAF) montre que l’Afrique centrale compte quelques 262 sites qui contribuent aujourd’hui à la conservation de la biodiversité au niveau de la sous-région.
La dernière édition de la Liste rouge mondiale, publiée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), montre que 48 646 espèces sont menacées sur les 172 620 espèces étudiées, au niveau de cette zone.
Parmi ces espèces, 41 % des amphibiens, 11 % des oiseaux et 26 % des mammifères sont menacés d’extinction ; la plupart ont été recensées dans la forêt tropicale du bassin du Congo.

Des stratégies innovantes
Les experts affirment qu’en Afrique centrale, la plupart de ces zones clés pour la biodiversité, sont gérées de manière différente dans chaque pays de cette région.
« La protection de ces zones fait partie des stratégies innovantes pour renforcer les efforts actuels de conservation de la faune sauvage menacée », explique Dr Andrew Plumptre, responsable du Secrétariat des Zones Clés pour la Biodiversité (KPA), une initiative globale visant à identifier, cartographier et promouvoir la conservation des lieux les plus importants pour la nature et la biodiversité.
Les résultats d’une étude publiés en septembre 2025, dans la revue scientifique Conservation Biology, révèlent que la désignation d’une réserve naturelle, comme zone clé pour la biodiversité, exige que ce site contribue à la préservation de la biodiversité à l’échelle mondiale.
« En Afrique centrale, ces zones sont indispensables à la survie de la faune et de la flore », affirme Plumptre, auteur principal de cette étude, dans une interview exclusive.
Cette recherche, réalisée par un groupe d’experts issus de différentes organisations internationales de conservation et de plusieurs universités établies au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, montre que la plupart des aires protégées d’Afrique centrale, sont gérées sous la supervision des chefs traditionnels et de la communauté locale en quête de moyens de subsistance.
« Face à ce constat alarmant, les défis de la conservation des espèces menacées dans le bassin du Congo restent énormes », explique Dr Plumptre, à Mongabay.
Par exemple, l’étude cite l’expérience de la conservation du Parc national de Kahuzi-Biega, une réserve naturelle située dans la province du Sud-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), et connue pour abriter les gorilles des plaines de l’Est dans leur habitat naturel, actuellement confronté aux pressions humaines.

Modèles économiques fragiles
Dans leurs analyses, les auteurs montrent que l’augmentation de la population reste une réalité dans les zones périphériques de cette réserve naturelle, là où plusieurs ménages démunis dépendent entièrement des ressources naturelles du parc pour leur survie.
Pour atteindre l’objectif de placer 30 % des terres dans des zones protégées d’ici à 2030, l’étude recommande de veiller à mettre en œuvre des actions de gestion urgentes, pour mettre fin à l’extinction des espèces menacées ; l’objectif étant de réduire significativement leur risque d’extinction conformément au Cadre mondial pour la biodiversité de la Convention sur la diversité biologique (CDB).
Les données de la Wildlife Conservation Society (WCS, sigle en anglais) montrent que des aires protégées, au niveau du bassin du Congo, représentent environ 16 % des terres et 6 % des mers.
Sur le plan régional, les experts soulignent toutefois que les modèles économiques de ces aires protégées restent toujours fragiles et que le respect des droits humains est l’un des principaux défis à relever.

Clé pour protéger les écosystèmes fragiles
Si les pays du bassin du Congo ont mis en place des stratégies nationales de conservation de la biodiversité, certains chercheurs soulignent que l’identification des zones clés pour la biodiversité reste un outil indispensable pour préserver la biodiversité.
Dr Fiona Maisels, chercheuse principale en conservation auprès de la Wildlife Conservation Society (WCS), qui a commandité cette étude, affirme que la cartographie de ces zones va permettre aux pays de la sous-région de mobiliser plus de financement pour la protection des espèces menacées.
D’après l’IUCN, les 22 pays de l’Afrique de l’Ouest et centrale abritent une riche diversité d’espèces, d’habitats et d’écosystèmes. De nombreuses régions, telles que les forêts du bassin du Congo, ont été également considérées pendant longtemps comme des zones prioritaires de conservation.
En Afrique centrale, plus particulièrement, les pays représentant le foyer de la biodiversité sont la République démocratique du Congo ayant enregistré le plus grand nombre de découvertes avec 259 espèces, suivie du Gabon avec 262, du Cameroun avec 238, de la Guinée équatoriale avec 591 espèces, la République du Congo avec 65 et le République centrafricaine avec 25.
« Ces écosystèmes fragiles dans le bassin du Congo, avec une faune rare menacée, nécessitent une protection accrue », confie Dr Maisels, à Mongabay.
Image de bannière : Éléphants de forêt (Loxodonta cyclotis) dans la réserve de Dzanga Sangha, en République centrafricaine. Image de GRID-Arendal via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
Citation :
Plumptre, A. J., Waliczky, Z., Baisero, D. et al. (2025). Changes in Key Biodiversity Area networks following national comprehensive assessments. Conservation Biology. https://doi.org/10.1111/cobi.70151
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