- La biomasse se positionne comme une ressource énergétique clé dans le contexte de la transition écologique au Rwanda.
- Les énergies renouvelables représentent 56 % du mix énergétique au Rwanda.
- La promotion des solutions de cuisson propres exige des espèces d'arbres fixant plus de carbone.
Une étude récente publiée, début novembre 2025, dans la revue scientifique Trees, Forests and People montre que les pratiques d’agroforesterie ne suffisent pas à elles seules, pour répondre à la demande croissante de l’énergie au Rwanda.
Dans leur analyse, cette équipe internationale de chercheurs, établis au sein des universités et institutions de recherches en Belgique, au Danemark et au Rwanda, a montré qu’il est important de promouvoir la plantation d’autres espèces d’arbres à forte croissance de biomasse, bien que l’agroforesterie contribue à la production de biomasse ligneuse.
Au Rwanda, les auteurs de cette étude ont constaté que cette méthode de plantation des arbres à fort potentiel de biomasse n’est pas courante, ce qui fait que le couvert forestier en place aujourd’hui, ne peut pas satisfaire la demande énergétique accrue dans le pays.
Au-delà des énergies renouvelables, l’agroforesterie est considérée par les experts, comme un mécanisme important pour restaurer le couvert arboré du pays et apporter des produits agricoles supplémentaires à haute valeur ajoutée, aux petits exploitants agricoles.
D’après les dernières estimations de l’Autorité forestière du Rwanda (RFA), les forêts couvrent aujourd’hui 30,4 % de la superficie totale du Rwanda représentant environ 724,662 hectares, soit environ 1.7 million de terrains de football.
Valens Uwizeyimana, chercheur au département des sciences de la terre et de l’environnement, division des forêts, de la nature et du paysage à l’Institut des plantes de Louvain, en Belgique, et auteur principal de l’étude, affirme qu’il est important de promouvoir les espèces d’arbres qui fixent le plus de carbone, pour accroitre l’accès à des solutions de cuisson propres.
« Les alternatives énergétiques telles que l’énergie solaire, le biogaz ou le gaz de pétrole liquéfié représentent des solutions prometteuses pour réduire l’empreinte carbone », affirme-t-il à Mongabay.

Stock de biomasse ligneuse
Dans leur analyse, les auteurs de cette étude se sont basés sur un échantillon de quelques 1 429 parcelles inventoriées en 2021, pour établir une comparaison avec des données recueillies en 2015.
Les résultats ont montré que le stock total de biomasse ligneuse s’élève à 5,6 millions de m³ en 2021, réparti de manière quasi égale entre l’agroforesterie (34,4 %), les forêts (32,9 %) et les zones arbustives et boisées (32,7 %).
L’étude montre que l’évolution des stocks de la biomasse et de carbone, contenus dans les forêts résultant des variations de volume et de couverture, révèle une légère tendance à la hausse.
Le stock de biomasse ligneuse a augmenté de 17,3 % en forêt et de 5,6 % dans les zones arbustives et les savanes boisées, tandis qu’il a diminué de 22,9 % en agroforesterie. Ce stock disponible a diminué, passant de 8 m³ à 6,3 m³ par ménage et de 1,8 m³à 1,5 m³ par habitant. De même, le stock utilisable pour la production d’énergie a diminué, passant de 3,7 m³ à 2,9 m³ par ménage et de 0,8 m³ à 0,7 m³ par habitant.
« La question de la place de la biomasse dans la transition énergétique est majeure pour le Rwanda », affirme Dr Athanase Mukuralinda, chercheur principal et représentant pays au Rwanda pour le Centre de recherche forestière internationale et d’agroforesterie mondiale (CIFOR-ICRAF), co-auteur de cette étude.
En se penchant notamment sur l’évaluation de l’évolution du couvert forestier dans l’Est du Rwanda, l’objectif des auteurs de l’étude, était de mesurer si la transformation de ce paysage a contribué à une augmentation de l’approvisionnement en biomasse ligneuse en tant qu’alternative à la production d’énergie renouvelable.
Bien que l’agroforesterie contribue à la production de la biomasse ligneuse, ils ont conclu que les bénéfices de l’énergie issue de la biomasse ligneuse pour l’environnement, ne peuvent pas satisfaire la demande énergétique en hausse au Rwanda.

Selon les nouvelles projections officielles, le pays vise une capacité de 615 mégawatts, les énergies renouvelables devant représenter plus de 60 % du mix énergétique national d’ici à 2030.
La capacité de production d’électricité au Rwanda est passée de 110 mégawatts en 2014, à environ 465 mégawatts en 2025 ; le secteur des énergies renouvelables représentant 56 % du mix énergétique, principalement l’hydroélectricité et le solaire.
Mais, avec l’expansion industrielle et l’accélération de l’urbanisation, les experts affirment que ce pays a besoin de se tourner plus vers les sources renouvelables. « Il y a eu des avancées significatives dans la production électrique, mais à mesure que la demande est en hausse progressive, le pays a besoin de recourir aux énergies propres », confie Jean de Dieu Uwihanganye, Secrétaire d’État rwandais au ministère de l’Infrastructure, à Mongabay.
Transition énergétique
Les résultats de cette étude montrent que les forêts au Rwanda demeurent essentielles dans divers domaines tels que l’énergie, la construction, la conservation de la biodiversité.
Afin de réduire la pression sur les forêts, la Stratégie nationale de transformation du Rwanda (NST1) visait à réduire la dépendance des ménages en bois de chauffage, pour la cuisson d’ici à 2024, avec la promotion des sources d’énergie alternatives comme le gaz de pétrole liquéfié (GPL), le biogaz et des foyers de cuisson améliorés. « Comme solution alternative, le Rwanda doit adopter la biomasse ligneuse primaire comme une autre forme de source d’énergie renouvelable », affirme Dr Mukuralinda à Mongabay.
Dr Concorde Nsengumuremyi, directeur général de l’Autorité forestière du Rwanda (RFA), affirme que l’agroforesterie représente une précieuse opportunité, notamment pour les ménages ruraux, lorsqu’elle est associée aux énergies renouvelables. « Les systèmes d’agroforesterie, au Rwanda, s’intègrent parfaitement au processus de transition énergétique », confie-t-il à Mongabay.
Toutefois, Paul Rindiro, président directeur général de l’Agence pour la protection des forêts et des produits forestiers (UFCL) au Rwanda, souligne l’importance qu’il y a à stimuler les efforts en cours pour promouvoir la gestion durable des forêts dans le pays. « Pour que l’exploitation de la biomasse soit véritablement durable, il est essentiel d’appliquer une gestion forestière adéquate », confie-t-il à Mongabay.
Image de bannière : Promouvoir la plantation des espèces d’arbres à forte croissance de biomasse pour réduire la déforestation et satisfaire la demande énergétique en augmentation au Rwanda. Image de World Agroforestry via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
Citation :
Uwizeyimana, V., Nkurikiye, J. B., Ruticumugambi, A J & al. (2025). Does increased tree cover in eastern Rwanda result in higher woody biomass availability for energy consumption ? Trees, Forests and People, Vol. 22, 101045, ISSN 2666-7193, https://doi.org/10.1016/j.tfp.2025.101045.
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