- L’ONG WildAid, engagée dans la protection des pangolins, révèle que le prix des écailles de pangolin a diminué presque de moitié au Cameroun, au cours des cinq dernières années.
- Cette baisse s’expliquerait par une diminution de la demande chinoise et une application plus stricte de la loi faunique camerounaise.
- L’organisation Last Great Ape, spécialisée dans l’application des lois sur la protection de la faune sauvage en Afrique, publie des données qui témoignent d’une baisse relative du trafic des pangolins, ces dernières années, au Cameroun.
- Le Conservationniste nigérian, Charles Emogor, spécialiste des pangolins, pense que la baisse du prix des écailles de ces animaux, a très peu d’impacts sur leur survie, car au Cameroun, ils sont davantage braconnés pour leur viande que pour leurs écailles.
Entre 2020 et 2025, le prix des écailles de pangolin (Pholidota) a connu une baisse située entre 45 et 75 %, selon les données du marché. C’est ce que révèle en substance l’ONG WildAid, engagée dans la lutte contre le braconnage de cette espèce, classée en danger critique d’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), dans un communiqué publié le 5 novembre dernier.
WildAid, qui s’est inspirée des données compilées par l’organisation Last Great Ape (LAGA), spécialisée dans l’application des lois sur la protection de la faune sauvage en Afrique, avance que cette baisse est justifiée par une réduction de la demande de viande, d’écailles et de vin de pangolin en Chine.
En effet, le gouvernement chinois a découragé la consommation de produits dérivés du pangolin et l’utilisation d’écailles dans la médecine traditionnelle. Du coup, les achats pour le marché chinois ont également diminué au Cameroun, après une série d’arrestations de trafiquants internationaux et la saisie de plusieurs tonnes d’écailles de pangolin, lors de différentes enquêtes menées entre 2017 et 2019.
Dans un courriel à Mongabay, Simon Denyer, Africa Program manager à WildAid, a dit : « Nous pensons que la baisse de la demande chinoise nous donne de l’espoir. Si nous pouvons l’associer à une réduction de la consommation de viande, alors nous aurions vraiment des raisons de croire que nous pouvons préserver ces animaux au Cameroun et en Afrique centrale ».

Entre optimisme et scepticisme
WildAid explique que cette baisse du prix des écailles de pangolin se justifie également par une application plus efficace de la loi faunique camerounaise, ainsi que les initiatives conduites par Last Great Ape (LAGA), partenaire technique du gouvernement camerounais dans la mise en application de cette loi.
Cette organisation révèle, dans un rapport, qu’au cours de l’année 2023, plus de 270 kg d’écailles de pangolin ont été saisis auprès de neuf trafiquants au Cameroun. Cette saisie était alors la plus importante des opérations de lutte contre le braconnage et le commerce illégal des animaux sauvages protégés dans le pays.
Les opérations de saisie des écailles de pangolin semblent connaitre un affaiblissement au cours des dernières années. D’après Éric Tah Kaba, Directeur adjoint et Chef des relations extérieures au sein de LAGA, depuis le début de l’année 2025, son organisation a procédé à une seule saisie d’écailles de pangolin, soit 80 kg au mois de juin dans la localité de Tibati située dans la partie nord du Cameroun.
Pour autant, il ne fait pas de rapprochement entre une régression des saisies sur le territoire camerounais et la baisse de la demande sur le marché chinois.
« Si nous n’opérant pas de nouvelles arrestations de trafiquants, cela pourrait être dû au fait qu’ils nous échappent. Ce n’est pas forcément parce que les Chinois n’achètent plus les écailles. On a vu auparavant qu’on peut passer un moment sans faire des arrestations sur un produit, et qu’après un certain temps, il y a un regain en force des interpellations liées à ce produit », explique-t-il à Mongabay, joint au téléphone.
L’optimisme de WildAid, pour une meilleure protection du pangolin à la suite de la chute du prix des écailles de cet animal au Cameroun, n’est pas également partagé par le Conservationniste nigérian, Charles Emogor, spécialiste des pangolins. Ce chercheur des universités de Cambridge (Angleterre) et de Harvard (États-Unis) pense que la baisse du prix des écailles de ces animaux a très peu d’impacts sur leur survie au Cameroun.
« Si la principale motivation pour tuer les pangolins au Cameroun est leur viande plutôt que leurs écailles, alors une baisse du prix des écailles aurait probablement peu d’impacts sur la survie des pangolins », a-t-il dit à Mongabay par courriel.
Charles Emogor d’ajouter : « À ma connaissance, des données détaillées à ce sujet n’existent que pour le sud-est du Nigeria. Nous avons besoin de données comparables provenant de toute l’Afrique avant de pouvoir tirer des conclusions fiables sur l’impact des variations du prix des écailles sur les populations de pangolins ».

Croisade contre le pangolin dans les restaurants camerounais
Denyer indique que les adultes vivant dans les villes camerounaises consomment plus de 30 millions de repas à base de viande de pangolin chaque année, et que, même en partant d’une hypothèse prudente selon laquelle les gens mangeraient environ un tiers ou un quart de viande de pangolin par repas, cela représente tout de même entre 7,5 et 10 millions de pangolins consommés chaque année dans les villes camerounaises. « C’est pourquoi nous essayons de réduire la consommation urbaine de viande de pangolin au Cameroun, et nous faisons des progrès », dit-il.
WildAid a lancé au Cameroun une campagne dénommée « Pas de pangolin dans mon assiette », et a mis à contribution des restaurants, dans certaines villes camerounaises, dans le sud du pays, où la viande de pangolin est plus prisée.
En 2024, une enquête menée par cette ONG, a révélé une baisse de 27 % du nombre de personnes déclarant consommer de la viande de pangolin, au moins une fois par mois à Yaoundé, Douala, Ebolowa et Mbalmayo, en comparaison à 2022.
Cette campagne a contribué à modifier les habitudes alimentaires des consommateurs de la viande de brousse dans les villes camerounaises, témoigne Jennifer Biffot, Représentante Afrique Francophone de WildAid.
« De plus en plus de gens sont désormais conscients que le pangolin n’est pas un plat, mais un animal protégé et que des lois existent au Cameroun pour le préserver », souligne-t-elle à Mongabay au téléphone.
Cette opération a permis d’engager plus de 350 restaurants dans les villes de Yaoundé, Douala, Bertoua, Ebolowa et Mbalmayo, lesquels se sont engagés à retirer la viande de pangolin de leurs menus, et à sensibiliser leurs clients sur l’importance de la protection de cet animal timide menacé d’extinction.
Image de bannière : Des écailles de pangolin confisquées détruites au Cameroun. Image de U.S. Fish and Wildlife Service Headquarters via Wikimédia Commons (CC BY 2.0).
Citation :
Emogor, C.A., Wasser, S.K., Coad, L. et al. (2025). Pangolin hunting in southeast Nigeria is motivated more by local meat consumption than international demand for scales. Nat Ecol Evol 9, 1349–1358 https://doi.org/10.1038/s41559-025-02734-3
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